• Chapitre 1: Le choix de l'avenir

                Je cours. Je crois que je fuis. Quoi ? Mon passé, ma vie. Je cours vers l’avenir. Je cours à en perdre haleine. Mes jambes sont glacées, je ne sens plus mes pieds. Je ne sais comment je continue à engloutir les pavés sous mes baskets. Ma vue se trouble. Des larmes coulent. Ma peau blanchit et mes lèvres bleuissent.

    -YEPA !

                Je m’arrêtai doucement, histoire de ne pas faire un rouler-bouler dans le verglas. Je m’étirai, en finissant mon entrainement quotidien.

    -Aïe !

                Je me retournai et vis Ehteram furieuse. Elle venait de me frapper avec une cuillère en bois. Je lui souris pendant qu’elle me sermonnait sur le fait d’être « dans ce froid polaire » en ne portant qu’une veste légère et de courir « comme une petite écervelée » sur du verglas, dans une pente. Mes lèvres s’étirèrent alors et j’explosai de rire, si bien qu’elle partit en ronchonnant. Je savais que je l’avais vexée.

    -Tera… soupirai-je en réprimant un sourire, je suis désolée, je ne voulais pas me moquer de toi.

    - Viens-la, petite insolente. Rentre manger quelque chose, tu vas mourir effondrer, la peau sur les os !

                J’obtempérai, toujours aussi joyeuse. Il y avait des tartines déjà beurrées dans la cuisine. Tera était un amour. Lorsque je l’eus remerciée d’un bisou, je montai dans ma chambre étudier. Je passai mon temps à travailler pour pouvoir atteindre mon rêve, c’était le plus important dans ma vie. Je fus néanmoins obligée de mettre mon casque : les petits monstres de l’orphelinat couraient dans le couloir, en poussant des cris de pirates. Impossible de se concentrer. Je soupirai sans me lever pour les disputer, on était le week-end et je n’allais tout de même pas les priver de jeu.

                Je soufflai. J’étais la plus âgée ici, et parfois cela me manquait de ne pas avoir une personne de mon âge. Ehteram avait décidé d’ouvrir un orphelinat peu de temps après m’avoir recueillie. Officiellement, je fus adoptée par elle lorsque j’avais cinq ans. Tous les autres enfants ici attendent d’être adoptés, dans l’insouciance de la jeunesse. Heureusement pour eux, ils ne restent jamais au-delà de leur huit ans. Cependant c’était un endroit très chaleureux, que les enfants ronchonnaient à quitter. Souvent, les parents revenaient nous dire bonjour, où nous envoyaient des cartes pour que l’on ait des souvenirs des anciens petits. Certains me manquaient.

                Vers midi, je redescendis pour donner le biberon aux plus petits et la cuillère à ceux qui ne savaient pas encore mangé seuls. Puis, je pris mon déjeuner. J’ébouriffais les cheveux de Gabriel à côté de moi, un petit garçon turbulent de sept ans, qui m’obéissais au doigt et à l’œil. Je m’assis et mangeai entourée d’enfants. Je les surveillai et leur donnai de bonnes manières. Tera était débordée, même avec mon aide. Elle envisageait de recruter une autre éducatrice. J’étais plutôt contre : je pense qu’on perdrait ce côté « grande famille ». Mais nous ne pouvions pas accueillir beaucoup de monde, je crois que c’était ce qui faisait le plus mal à Tera…

     

                Lorsque le repas fut terminé, nous partîmes coucher les plus petits, tandis que les autres s’efforçaient à ne pas faire trop de bruits en bas, devant la télé. Tera enfila ensuite ses gants et fis la vaisselle, pendant que je l’essuyais. Nous parlions de tout et de rien, mais surtout de mon avenir.

    -As-tu reçue des réponses de tes écoles ? me demanda-t-elle.

    -Non, pas encore.

                Un silence s’installa entre nous. Elle savait que ceci m’inquiétait énormément. Nous étions à deux semaines du baccalauréat, et je ne savais toujours pas si j’allais être acceptée quelque part l’année prochaine.

    -Je dois te confier quelque chose… Je t’ai inscrite quelque part.

                Je m’arrêtai net et la regardai avec des gros yeux.

    -C’est un endroit…où tu pourrais apprendre ce que tu désires vraiment. J’ai reçu la réponse ce matin. La lettre est sur la table.

                Je me retournai et en effet, une enveloppe crème est posée au milieu de l’imposante table en chêne. Je trouvai cela tellement surprenant. Ce n’était pas le genre à Tera de faire des choses dans le dos des gens, sans leur accord. Elle faisait rarement de surprise et ne prenait aucune décision sans l’avis de tout le monde, les enfants y compris. Elle disait que la démocratie était importante, qu’elle rendait responsable et que la maison était aussi aune démocratie. Je restai pour le coup stupéfaite, en prenant la lettre. Elle était plutôt lourde, marquée avec un sceau en cire rouge sang. Je frissonnai et me retournai vers la vieille femme, qui me regarda avec un sourire encourageant.

    -Vas-y, ouvre-la !

                Je m’exécutai et la lis.

     

    Chère Dame Ehteram De Castan,

                Je vous prie d’excuser ma réponse si tardive mais il me fallait contacter Monsieur Kenan. Comme vous devez le savoir, il est le meilleur des chasseurs mais aussi le plus insolent. Je l’ai informé de la nouvelle recrue qu’il devait former.

    D’abord sceptique, il a ensuite accepté avec enthousiasme de former votre protégée, Demoiselle Yepa Kishi, suite à la lecture de votre lettre. Il y a découvert une jeune fille pleine d’entrain et de force, ainsi qu’une volonté de faire régner la justice que nous souhaitons retrouver.

    Nous acceptons donc volontiers la demande de formation au métier de chasseuse de vampires pour Yepa De Castan, si cette jeune fille a évidemment validé son diplôme de fin d’études obligatoires. Elle sera alors attendue dans notre demeure, le 12 juillet, à 9h00. Voici si joint l’adresse ainsi qu’un plan.

    Je vous présente mes sincères salutations,

                                                                                      Dame. Heartin Rosalia.

     

                Je fixai stoïquement la feuille.

                J’avais toujours voulu venger mes parents, assassinés par des vampires. Je m’entrainais tous les jours, sans relâche, pour atteindre mon but. Autant théoriquement que physiquement, que mentalement. J’espérai planter une dague en plein cœur de celui qui avait ruiné ma vie. Et voilà que mon rêve prenait vie.

    -Veux-tu en faire ton métier ? me demanda Ehtera, me sortant de ma stupeur. Seras-tu prête à tuer des êtres ressemblant à des humains ? A voir du sang couler ? A tuer des gens que tu pourrais apprécier ?

                Je relevai les yeux vers Tera. Elle semblait si hésitante à ce moment-là, elle qui protégeait toute cette maisonnée. Sa peau caramel brillait sous le soleil, parsemée de petites rides qui donne à l’âge un caractère sage. Ses cheveux noirs bouclés m’avait toujours fait penser à des ailes de corbeau, un corbeau attentionné et bienfaiteur. Et ses formes rondouillettes qui donnait tellement d’amour et de chaleur me donnèrent de la force et du courage. Et m’en donnerait toujours. C’est ici ma maison. J’y reviendrai pour me ressourcer. Ce sera dur de tuer, d’apprendre à tuer. Je serai sûrement tâchée d’hématomes, peut-être même défigurée un jour. Mais je pourrai revenir ici. Chez moi.

                Alors je répondis avec aplomb :

    -Oui.

     

                Surexcitée, j’eus du mal à trouver le sommeil ce soir-là. Pourtant, il me fallait me reprendre, je devais absolument réussir les épreuves. Les jours qui suivirent furent que les révisions, des exercices, des autocontrôles. Je demandai à Tera de me faire réciter, aux petits de m’interroger et ils adoraient cela. Le temps s’écoula lentement. Il fut peut-être encore plus long lorsque j’eus terminé toutes mes épreuves. Puis les résultats : bac mention bien. Une fierté. Pour moi mais aussi pour Tera et tous les autres petits, qui m’aimaient encore plus.

                Je crus pouvoir profiter des jours de vacances qui s’offraient à moi. Malheureusement, mon apprentissage de chasseuse de vampires commençait plus tôt que les autres cours « normaux ». Je passai donc le peu de temps que j’avais à me perfectionner en attaque, à apprendre de nouvelles techniques de combat, à courir sous un soleil de plomb. Toute la maisonnée fut ébahit devant ma motivation. Ensuite, Tera voulut m’acheter de nouvelles affaires, prétextant des « cadeaux d’adieu et de félicitations ». Cette phrase me fit sourire et pleurer. Bientôt j’allais quitter le repaire familial. Et je ne devais pas mettre en danger ce petit coin de paradis, perdu entre les champs et la forêt.

                Puis vint le 11 juillet. Tera voulait absolument m’accompagner. Alors, elle avait fait appel à quelques-unes de ses amies pour qu’elles puissent garder tous les petits. Je leur dis au revoir un par un, en leur expliquant qu’il fallait être sage avec notre « maman » à tous et l’aider en cas de besoin. Gabriel comprit rapidement et commença à diriger tout le monde. Il me fit rire à essayer de ranger la maison.

                Nous partîmes dans sa voiture. Une petite qu’elle réservait aux courses. Je rompis le silence qui venait de s’installer.

    -Merci.

    -De ? me questionna-t-elle.

    -De m’avoir protégée et éduquée.

                Elle rit de bon cœur. Je sentis dans sa voix une pointe de mélancolie et de tristesse.

    -C’est mon métier, Yepa.

    -Et désolée.

                Elle fut si surprise qu’elle tourna ses yeux noisettes vers moi. Je la trouvai très jolie, pour une femme d’une cinquantaine d’années. Tant de joie et de bonheur émanaient d’elle, j’en fus subjuguée.

    -De ne jamais t’avoir considéré comme ma mère.

                Ces paroles, je les avais tellement préparées. Je savais qu’elles feraient autant de bien que de mal. Tera sourit. Ce fut peut-être le plus beau pardon qu’elle n’eut jamais reçu. Sous cette émotion, personne n’osa ajouter quelque chose qui paraîtrait futile, et le reste du trajet se fit dans le silence.

    Mot de l'auteur:

    Ca a été très dur d'écrire à la première personne et je me suis rendue compte à la fin que j'avais écrit au présent. j'ai du tout remettre au passé. J'ai eut du mal avec ce chapitre, vraiment. J'espère que ça n'avance pas trop vite. ^_^


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