• Chapitre 10: Première enquête

                Je fixai mon assiette sans appétit : cette bouillasse verte me dégoûtait. Erwin mangeait goulument à ma gauche. Il me faisait un signe compatissant de la tête et j’enfournai une cuillère dans ma bouche. Cela était moins horrible que je ne le pensais puisque cela n’avait pas de goût. Bérangère était vraiment une piètre cuisinière. Je m’installais plus confortablement sur ma chaise, la faim dissipée, et regardai le plan de table : j’étais en bout de table, avec Erwin à ma gauche et Opale à ma droite. Lui-même était assis aux côtés de sa dulcinée Daphnée et Elias tenait la chandelle à sa droite. Bérangère avait pris l’autre bout de la table et avait laissé Caolan et Agate, deux nouveaux amoureux inavoués ensemble. Je soufflai en me demandant comment on en était arrivé à faire un grand dîné pour une jeune femme qu’on ne connaissait même pas. Je soupirai encore en voyant mon assiette. En plus, j’étais épuisée par cette journée et ce brouhaha n’arrangeait rien. J’attendis néanmoins le dessert, par respect.

                Quand la tarte aux fraises surgelées arriva, je ne pus la refuser. J’adorai ça et elle n’était pas si mauvaise. Je dévorai tout, surtout que je n’avais rien mangé avant. Erwin essaya de manger sensuellement une fraise mais j’explosai de rire. Il se ridiculisa plus qu’autre chose. Je tournai la tête pour ne plus rire, mais mon regard se posa sur le couple à ma droite : Daphnée chuchotait indécemment des paroles sulfureuses en caressant la cuisse d’Opale. Mon visage se décomposa et mon instructeur le vit. Il écarta brutalement la belle jeune femme mais s’en était trop pour moi. Abasourdie, je quittai la table sans un mot.

                Je courus dans ma chambre et fermai la pièce à clé pour être tranquille. Je voulais effacer la dernière image du repas que j’avais, alors je me faufilai sous la douche. L’eau fraîche m’apaisa et, après avoir enfilé un short et un t-shirt, je me glissai sous les draps frais. Le sommeil me gagna quelques minutes plus tard, malgré les cris de joie provenant du rez-de-chaussée.

     

    -Yepa, réveille-toi.

    -Hmmm, bougonnai-je.

    -Yepa, debout ou je te verse un seau d’eau.

                Un grognement effrayant sorti de mes lèvres et j’ouvris les paupières. Opale se tenait devant moi, toujours dans son jean noir et son t-shirt blanc de la journée. Je m’étonnai qu’il sente toujours aussi bon après une journée aussi chaude.

    -Quelle heure est-il ? demandai-je en somnolant.

    -Une heure du matin.

    -Pourquoi est-ce que tu m’as réveillée ? protestai-je en remontant les couvertures sur mon visage.

    -Entrainement de terrain. Tu as dix minutes.

                Et il sortit de ma chambre. Dans une certaine torpeur, j’enfilai des sous-vêtements, un jean, un t-shirt et une veste. Je ne pris pas la peine me faire une beauté : je rêvais juste de m’enrouler dans les draps. Puis je descendis les marches. Devant la porte m’attendait mon professeur avec une tasse de café et un croissant. Je pris les deux et bus rapidement la boisson chaude. Nous sortîmes hâtivement pendant que je grignotais. Installée dans la berline noire, il m’expliqua brièvement ce que nous faisions dehors à cette heure-ci.

    -La police a retrouvé une femme morte devant chez elle. Tout indique que c’est l’œuvre d’un vampire. Alors on va vérifier.

                Je mis quelques temps à comprendre le sens de ses paroles.

    -On ? couinai-je.

    -Oui, « on ».

    -Le corps ? On va vérifier le corps ? Je crois que je ne suis pas prête Opale…

    -Personne n’est jamais prêt, répliqua-t-il amèrement.

    -Je viens de me lever et de manger, tentai-je de le convaincre, et puis ça ne fait pas longtemps que je suis là…

    -Il est grand temps que tu sois confrontée à la mort.

                Bizarrement, cette idée ne me plaisait pas.

     

                Nous arrivâmes environ un quart d’heure plus tard. Il faisait sombre et j’avais dû mal à me repérer. Opale me demandait incessamment quelle était le nom de la rue, quels magasins s’y trouvaient, les vampires résidents ici, dans un périmètre de trois rues. Mes capacités intellectuelles étaient limitées, fatiguées j’avais donc beaucoup de difficulté à lui répondre. De plus, il avançait à grande foulée et je peinais à le suivre. Puis enfin, nous vîmes des hommes tapis dans l’ombre. L’un était grand, chauve et enrobé, tandis que l’autre avait la beauté pour lui. Opale ne s’en méfia même pas et serra la main à l’un des deux hommes.

    -Bonjour, où est la victime ?

    -Ici, montra l’homme disgracieux avec sa lampe torche.

                Je n’osai m’approcher mais je me rappelai que ceci était un entraînement, que je devais l’affronter. Alors je me penchai pour regarder l’horrible scène. Un cri silencieux s’échappa de mes lèvres. La femme était à moitié dénudée, seule sa pitoyable jupe déchiquetée permettait qu’elle garde un peu de décence. Ses jambes étaient pliées en un angle impossible, baignant dans une flaque rouge. Son ventre était profondément ouvert, et on apercevait quelques-unes de ses entrailles ressortant. Sa gorge avait été tranchée, près de deux petits points rouges. Ses cheveux bruns étaient emmêlés devant son visage et certaines touffes avaient été arrachées. A travers quelques mèches, on discernait deux globules blancs, écarquillés de peur.

                Je reculai, prise de dégoût. Opale sortit un carnet de note et esquissa le spectacle. Comment pouvait-il rester de marbre devant une horreur pareille ? Mon estomac se révolta et je me penchai dans le caniveau pour cracher mon petit déjeuner. Je restai accroupie à fixer la bille s’éloigner. Fermant les yeux, je tentai de me calmer. Des frissons apparurent et des larmes roulèrent. J’essayai de me maîtriser mais je ne pus. La scène de mes parents défila devant mes yeux : leurs deux corps baignant dans leur propre sang, leurs visages trop pâles et leurs expressions terrifiées. Mes tremblements s’accentuèrent et mes pleurs redoublèrent.

                Deux mains me ramenèrent à la réalité : Opale les avait posées sur mes épaules. Je faisais les exercices de respiration qu’il m’ordonna et retrouvai mon calme. Je me redressai et revint dans cette ruelle sombre. Le policier chauve m’adressa un sourire encourageant. Cela ne devait pas être la première fois qu’il voyait cette abominable scène, et son visage bien trop pâle semblait trahir son ébranlement. Ils donnèrent quelques derniers détails : aucun bruit n’a été entendu par les voisins, pas de traces de sang autre part, le corps n’a pas l’air d’avoir été déplacé, et il y eut une tentative de la part de la victime d’évasion. Finalement, après nous avoir serrés la main, ils partirent discrètement.

                Opale me demanda de bien braquer la lampe sur le corps puis il nota encore quelques commentaires sur son calepin. Le cadavre était déjà rigide, et le sang commençait à sécher. Deux petits trous sous la gorge tranchée indiquèrent qu’un vampire avait planté ses crocs dans sa gorge blanche. Je ne dis rien, me contentai d’observer le crayon dérapant sur le papier. Le dessin était plus supportable que le cadavre réel. Puis, mon professeur appela quelqu’un pour qu’il vienne récupérer le corps.

                Une heure devait être passée depuis que nous étions face à cette femme aux membres disloqués. Enfin, mon instructeur annonça notre départ. J’en fus soulagée, même si cela ne me dégoûtait plus autant. Je prenais le problème de manière plus détaché. Je m’installai sur le siège passager, prise de nouveau de frissonnements. Opale ne dit rien et démarra. J’allais mieux après que nous nous soyons éloignés de la scène. A quelques minutes de la maison, il brisa le silence.

    -Je m’excuse pour ce que tu as vu tout à l’heure.

    -La scène d’attouchements en public ? répliquai-je acerbe.

    -Oui mais aussi pour le corps, je ne savais pas que c’était si horrible. D’habitude…

    -Non, c’est bon, le coupai-je. Je préfèrerai éviter deux cadavres dans la journée… Surtout qu’elle vient juste de commencer.

    -Que dirais-tu d’une grasse matinée pour me faire pardonner ? sourit-il.

    -Excuses acceptées.

     

    Mot de l'auteur

    Evolution dans la relation Opale / Yepa avec l'arrivée de Daphnée. :) Mais rien n'est simple dans la vie. Vous aimez cette histoire? J'ai pas de commentaires, donc je sais pas trop ce que je dois améliorer. 


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