• Chapitre 11: Ménage à trois

     En effet, Opale me permit de me lever tard. Je pus dormir jusqu’à dix heures, ce qui me permit de récupérer la nuit mouvementée. Au réveil, j’eus le droit à un petit déjeuner sur ma table de chevet. D’abord, je crus qu’Erwin était vraiment très amoureux de moi, puis je pensais aux excuses d’Opale de la veille. Alors pour savoir qui était l’auteur de ce fabuleux repas, j’ouvris la petite carte posée à côté des tartines beurrées, en prenant le verre de jus d’orange.

    Merci mon amour pour cette nuit fabuleuse.

    Daphnée

     

    Je recrachai le jus. Comment avait-il pu me faire ça ?! Il devait bien rire. De mauvaise humeur, je tirai brutalement les rideaux, laissant pénétrer la lumière. Dehors, couchés dans l’herbe, Opale caressait les cheveux roux de sa conquête. Ils roucoulaient tranquillement sous le soleil. Et mes cours ? Et mes entraînements ? Il se fichait pas mal de moi lorsque cette superbe créature était là. Prise d’une fulgurante rage, j’enfilai un short et un débardeur moulant noirs, remontaient mes cheveux en queue de cheval et sortit, chaussée de baskets. Je marchais tranquillement vers la sortie, quand je fus interpelée par Elias. Il entraînait les jumeaux au yoga ce qui n’était pas très beau à voir.

    -Que fais-tu? 

    -Je sors, mon instructeur est trop occupé à se galocher avec son amour.

    J’avais parlé assez fort pour qu’il entende. Erwin pouffa tout comme Caolan, tandis qu’Opale se redressa, le visage défiguré par la colère. Puis il posa son regard sur la tenue que je portais, enfin la micro tenue, qui cachait seulement quelques parcelles de ma peau. Avant qu’il ait pu riposter, j’enfilai mes écouteurs et la musique beugla dans mes oreilles. Je sortis à petite foulée, laissant le soin aux hommes d’admirer mon fessier rebondi.

    J’étais partie courir seule, préférant l’endurance à la vitesse aujourd’hui. Je parcourus un peu plus de dix kilomètres avant d’entrer dans la bibliothèque pour chasseurs. Je voulais voir si mon interlocuteur m’avait répondue. Je fonçai donc dans le recoin sombre, sous les yeux de l’homme dégarni étonné de ma courte tenue, et cherchai le livre des yeux, celui à la couverture rouge aux bords dorés. Je le pris et l’ouvris, y découvrant une nouvelle lettre. Je la lus précipitamment.

     


    Jeune fille, votre discours respire l’innocence et la naïveté. Parsemée d’espoir et d’amour, il révèle votre jeunesse.

    Ma douce vous ressemble beaucoup. Elle est pure. Elle est charmante. Et pourtant, elle est sauvage et femme. Elle est parfois lucide, comme vous.

    Pourriez-vous aimer ce que vous détestez le plus ?

    Si vous le pouvez, elle le pourra.

     


    Je relus la lettre déconcertante. Comment savait-il que j’étais jeune ? C’était sûrement dû à ma réflexion simpliste. Mais cet homme, je l’imaginai plus âgé, peut-être avec la sagesse de la quarantaine. Alors… Pouvait-il aimer une jeune fille comme moi ? Désorientée, j’allais voir le bibliothécaire chauve avec ses yeux perçants pour lui demander de l’encre de chine, et je répondus.

     


    Je ne pourrais sûrement jamais aimer ce que je déteste le plus.

    Mais entre la haine et l’amour, il n’y a qu’un pas.

    La haine est une forme d’amour.

    Alors je pourrais aimer ce que je hais le plus.

     


    Je regardai mon écriture bavant sur le papier. J’hésitai à demander l’âge de mon interlocuteur, mais à quoi cela m’amènerait ? Je n’avais pas le droit de juger cette relation. Le plus important était le bonheur de ces deux personnes. Mais pourquoi le haïrait-elle ? Tant de questions sans réponses.

     


    L’après-midi arriva trop vite. Je rentrai enfin, mais Agate vint m’informer que j’avais loupé le déjeuner.

    -Daphnée est toujours là ?

    -Euh… Oui, mais quel rapport avec le repas ?

    -Hier, elle caressait la cuisse d’Opale, répondis-je. Et ce matin, j’ai retrouvé un mot où elle affirmait avoir passé une nuit fabuleuse.

    -Oh. Mon. Dieu, dit-elle choquée.

    -Tu ne veux pas m’héberger cette nuit ?

    Elle explosa de rire.

    -Tu as peur d’entendre leurs ébats amoureux ? Ça pourrait te donner des idées… dit-elle en faisant un clin d’œil.

    -N’importe quoi !

    -Bon, aller d’accord. Fais tes valises, tu emménages ce soir.

    Elle repartit en me faisant un large sourire. Traversant le jardin et passant la porte d’entrée, je rentrai dans la cuisine, espérant profiter du calme pour me faire un petit casse-croûte détendue. Je me préparai à manger et entrai dans le salon, pour m’installer devant la télé. Je vis Opale penché sur la table basse. Des photos de la scène d’hier étaient étalées dessus. Je n’avais plus très faim maintenant.

    -Ah, te voilà, dit-il.

    -Ouais.

    M’installant devant l’écran, je regardai à la dérobé ses yeux bleu sombre perdus dans les images. Il marmonnait sans arrêt si bien que j’entendais à peine l’émission. Je coupai donc la télévision et fixai le corps de cette femme. Puis son cou. C’était la première fois que je voyais les traces de crocs dans le cou d’une femme. Un détail me marqua.

    -Opale ?

    -Oui ?

    - Tu ne trouves pas ça bizarre que le vampire lui ait tranché la gorge ? demandai-je, devant son expression perplexe, je poursuivis : un vampire, ça ne boit pas de sang, si ? Alors pourquoi s’être fatiguée à la tuer et à vider le sang par terre alors qu’il peut le boire ? Elle n’est même pas morte après s’être faite sucée le sang.

    Ses yeux s’illuminèrent et il me remercia d’une tapette sur l’épaule. Il rangea toutes ses photos avant de s’éclipser et de téléphoner. Je pus continuer mon émission, et vers quatre heures, j’eus extrêmement faim. Je repris mon plateau repas et grignotai en somnolant. Puis, mon téléphone vibra : Agate venait de m’envoyer un message pour que je vienne avant le repas. Je me levai donc et montai dans ma chambre. Je m’arrêtai sur le palier et fixai la porte face à la mienne, celle d’Opale. Je secouai la tête en pensant à toutes les scènes qui avaient dû s’y passer. Après être entrée, je pris un petit sac dans lequel je fourrai ma trousse de maquillage, ma brosse à dents et à cheveux. Je rangeai mes sous-vêtements, lorsqu’on toqua à la porte de ma chambre.

    -Oui ?

    Opale entra. Il s’arrêta devant mon lit, fixant mon sac.

    -Oui ? répétai-je.

    -La jeune femme est morte tuée par des humains, essayant de faire croire que c’était des vampires.

    -Mais c’est horrible !

    -Ce qui est horrible, reprit-il, c’est ta valise.

    -Je pars juste chez Agate, je n’arrête pas la formation. Déçu, hein ?

    -Pourquoi vas-tu chez Agate ? se renseigna-t-il, stoïque.

    -Pour ne pas vous entendre… Toute la nuit… Enfin bref, tant qu’elle est là, je vais dormir là-bas, dis-je en mettant un jean dans le sac.

    -Je ne veux pas que tu partes.

    -Moi je veux. Je n’ai pas envie de vous entendre. Et puis, je te rappelle que nous sommes juste professeur/élève. Tu n’as aucun droit sur ma vie privée. Et le sommeil, c’est privé, tentai-je d’argumenter.

    -Ce que tu peux être rancunière ! s’exclama-t-il.

    Je soupirai en m’asseyant sur le lit. Ma vie était devenue si compliquer. Pourquoi tenait-il tant à ce que je reste ? Pourquoi m’énervait-il autant ? Pourquoi voulais-je toujours son attention sur moi ? Je cachai mon visage dans mes mains quand je sentis le souffle d’Opale sur mes doigts.

    -Révèle-moi ton passé.

    -Pourquoi veux-tu tant le connaître ? s’interrogea-t-il en replaçant une de mes mèches derrière mon oreille.

    Je relevai la tête vers lui et plantai mes yeux dans ses prunelles océans.

    -Pourquoi veux-tu tant le cacher ?


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