• Chapitre 2: Première évaluation

                Notre voiture finit par atteindre son but : une petite gare de ville. La nuit s’abattait sur la ville, dans les teintes orangée et rouge sang. Je fixai le ciel, qui était d’une beauté absolue.

    -Regarde Tera, le ciel est vraiment beau.

    -Oui, ce sont les merveilles de la nature, sourit-elle en descendant.

                Je l’imitai et pris ma valise dans le coffre, mes affaires étant déjà déménagées. Ehteram ferma la voiture et ouvrit la marche vers le quai. Le billet déjà composté en main, nous parlâmes de tout et de rien en attendant mon train. Il faisait de plus en plus froid lorsqu’il arriva enfin. Mon cœur se sera lorsque je pris Tera dans les bras pour lui dire au revoir. Elle allait me manquer.

    -Je t’enverrai un message dès que j’arrive à Paris.

    -Ménage-toi, me conseilla-t-elle, je te connais. Et prends soin de ta santé, ne tombe pas malade. Mange bien, tu vas en avoir besoin pour faire tout ce sport. Reviens souvent et donne-moi des nouvelles ! N’oublie pas.

    -Ehteram, rigolai-je, ne t’inquiète pas, tout ira bien. Prends soin des petits.

                Je montai dans le train et trouvai une place assez facilement. Les trains de nuit en direction de Paris étaient plutôt vides. Je me retournai vers la vitre et agitai frénétiquement la main en souriant. Elle fit de même. Puis mon train démarra et son image s’éloigna de moi. Je repris une place normale et ravala mes larmes.

     

                J’atterris dans la capitale rapidement. Il était 22 heures 15. J’étais épuisée et tellement heureuse d’accéder à mon rêve. Il me fallut encore rejoindre un hôtel où passer la nuit. Une vieille femme m’accueillit. Elle me conduisit dans une pièce minuscule, où la lumière était hésitante. Dans la nuit, je distinguai néanmoins le papier peint jauni et fleuri ainsi que la moquette miteuse. De toute façon, j’aurai pu dormir n’importe où. Epuisée, je fis abstraction de l’odeur poussiéreuse de la chambre et m’effondrai sur le matelas. Le sommeil me gagna rapidement.

                Mon réveil sonna trop tôt à mon goût. 5 heures. J’avais une heure pour émergée et rejoindre mon train. Je me préparai lentement et malgré ma volonté mes yeux se fermaient tous seuls. Je pris le temps d’être présentable : une légère touche de maquillage, des vêtements élégants et confortables, une coiffure belle et simple. Je me regardai dans le miroir tâché de dentifrice. La première chose que l’on voyait chez moi était mes longs cheveux bruns bouclés. Contrastant avec ma peau pâle, ils m’assombrissaient et pourtant, mon visage n’était pas obscurci. Peut-être était-ce mes yeux noisette qui donnaient une chaleur et une âme au milieu de toute cette dissemblance.

                Sortant de ma torpeur, je me rendis compte que j’avais passé trop de temps à m’endormir devant la glace. Je me mis à tout faire en hâte. Vite ! Courant jusqu’à la gare, je dus trouver mon train. Enfin, je le vis et j’eus juste le temps de sauter dedans avant que les portes ne se referment. Essoufflée, je repérai ma place et m’effondrai dessus. Fatiguée, je m’endormis de suite, la tête appuyée contre la vitre.

                C’est le sifflement des freins qui me réveilla. Je m’étirai et fus heureuse d’avoir profité de cette demi-heure pour me reposer. J’étais maintenant en pleine forme et l’agitation de la veille ne tarda pas à me reprendre. Enfin, je perçus le quai de Grenoble, qui s’élevait devant moi. Il était maintenant 8 heures 30 et je devais prendre hâtivement le premier bus pour espérer être à l’heure. Je bondis hors de la gare et décampai vers l’arrêt. J’attendis donc jusqu’à apercevoir mon transport. 8 heures 38. Il m’amena ensuite loin, dans une grande rue. JE devais encore marcher quelques minutes. 8 heures 47. Nous avions imprimé le plan, pour pas que je me perde. Je déambulai donc précipitamment dans les ruelles. 8 heures 55. Et trouvai la bâtisse. Et pensai m’être trompée. Une immense muraille de pierre se hissait devant moi. La porte en bois était tout aussi grande et austère. Un frisson me parcourut. Je sonnai néanmoins.

    -Qui est-ce ? demanda une voix masculine.

    -Je m’appelle Yepa De Castan.

    -Entrez.

                Ah non, je ne m’étais pas égarée. Alors qu’un petit déclique se fit entendre, je tirai sur la porte. Tout ce que j’avais imaginé fut balayé en quelques secondes. La cour baignait dans une lumière quasi mystique, entre les ombres des vieux chênes. Un chemin de pierres argentées conduisait à une demeure aussi vieille que belle. Dans les tons taupe, elle s’ouvrait à l’aide de fenêtres éblouissantes à carreaux, encadrés elles-mêmes par de beaux briques rouges sangs. Je fus subjuguée…

                Jusqu’à ce que je me rappelle pourquoi j’étais là. La panique ma gagna : j’allais être en retard ! Me pressant, j’arrivai enfin à la porte. Je toquai de nouveau et une belle femme vint m’ouvrir. Grande, fine et élancée, sa peau noire faisait magnifiquement ressortir sa robe bleue Prusse. De longs cheveux noirs légèrement plus clairs que sa peau tombaient le long de son dos dénudé, d’une manière incroyablement sensuelle. Enfin, ses yeux bleus étaient fortement maquillés mai élégants. Malgré son absence de forme, elle était sublime. Je me paraissais tellement enfantine et gauche dans mon short en jean.

    -Bonjour Yepa, sourit-elle, je m’appelle Rosalia Heartin, c’est moi qui est répondu à votre lettre.

                Elle m’invita à entrer dans le long couloir blanc et noir. Etrangement, il s’y mélangeait incroyablement bien des meubles modernes et l’âme ancienne de la maison. Elle me conduisit dans une salle qui donnait sur la cour. Les teintes ocres de la pièce se mariaient bien avec le blanc pur des murs. Le parquet grinça sous les pieds et je fus surprise de le voir authentique, car, posés sur lui, les meubles faisaient une guerre de siècle. Entre boudoir et table basse en plexiglas, je ne savais plus trop quoi penser.  

    -Je suis désolée, mais ton instructeur n’est pas encore arrivé, s’excusa-t-elle. Vois-tu, il est toujours en retard, je pense que c’est un de ses plus gros défauts. Mais il est très gentil, tu verras. Il a formé les meilleurs chasseurs, je suis sûr que vous vous entendrez bien. Il est perfectionniste et drôle. Aimes-tu les blagues, Yepa ? Parce qu’il en fait tellement ! Enfin, à moi, il en fait beaucoup. Il a toujours une attention particulière pour chacun de nous. Il est très attentionné. C’est une bonne qualité. Il a beaucoup de qualité. Comme sa musculature, il est très sportif. Tous les matins, il court pendant une heure. Cela lui permet d’avoir une forme physique exemplaire ! Mais je suis sûr que tu as la même. Tes jambes sont tellement musclées ! Je trouve cela très beau. Comme tes longs cheveux. Ne les coupe jamais, ils sont magnifiques…

                Je ne l’écoutai plus, elle me fatiguait. Elle était très sympathique mais parlait beaucoup trop. Sa tirade fut quelque fois ponctuée de mes onomatopées. Grâce à elle, je n’eus pas trop à me dévoiler et elle sut me mettre à l’aise de suite. J’esquissai un sourire de temps en temps et elle semblait heureuse de m’avoir. Elle me proposa ensuite du thé, après une demi-heure d’attente. J’acceptai avec plaisir.

                Le temps s’écoula. Je m’ennuyai. Beaucoup. Et Rosalia avait épuisé les mots de la langue française. Elle était maintenant vraiment gênée et fut soulagée d’entendre mon ventre gargouillé.

    -Veux-tu un biscuit ?

    -Oui, merci beaucoup Mlle. Heartin.

    -Oh, appelle-moi Rosalia, dit-elle gentiment.

                Puis l’attente reprit. Le silence pesait entre nous. Je décidai donc d’aller faire un tour. Il y avait beaucoup de pièces, certaines cachées dans les murs. Elles dissimulaient parfois des pièces ou des escaliers secrets. Puis, je poussai une porte et aperçus un escalier tournant sur lui-même, tel un serpent. Il m’intrigua, alors je décidai de grimper, de toute façon, je n’avais rien de mieux à faire. Lorsque j’atteignis le sommet, je découvris une petite pièce ronde, située sous le toit, elle était dépouillée et minuscule. Seulement un fauteuil beige trônait au milieu, tourné vers la fenêtre et dos à l’escalier. Installé face à la cour, on apercevait tout d’ici. La vue était magnifique et je me serai bien approchée pour admirer le paysage. On surplombait Grenoble, illuminé sous un soleil de plomb.

                Mais quelque chose m’arrêta. Ou plutôt quelqu’un. Assis dans ce fauteuil. Il avait pu me voir arriver et il n’avait pas dédaigné venir me saluer. Moi qui croyais que Rosalia était seule occupante de ce lieu, je me trompai. Mais pourquoi n’était-il pas venu alors ?

                Puis il se leva. La peur me gagna et je voulus repartir. Mais il se tourna vers moi et dit :

    -Bravo, tu as passé le premier test !


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