• Chapitre 3: Un instructeur infâme

                Un grand homme se tenait face à moi, stoïque. Sous ses vêtements sombres, je distinguais une carrure imposante et musclée, si bien qu’il semblait avaler la pièce. Cette aura terrifiante était aussi dû à se longs cheveux lisses tombant au milieu du dos, aussi noirs que les Enfers. Je frissonnai malgré la chaleur de la journée.

    -Pardon ?

    Un sourire se dessina sur ses lèvres. Le blanc angoissant de ses dents contrasta nettement avec sa peau mate. Comme ses yeux, d’un bleu magnifique, couleur de l’océan sans fond. Il était d’une beauté incroyable. Et inquiétante.

    -Je ne me suis pas présenté : Opale Kenan, ton instructeur Yepa.

                Hein ? Je crus mal entendre : je l’attendais depuis maintenant plus de trois heures, alors qu’il patientait tranquillement en haut de cette tour, dans son confortable fauteuil ?! La colère prit le dessus et je ne pus retenir les mots qui sortirent de ma bouche.

    -Ca ne vous dérange pas de me faire poireauter depuis trois heures, assis dans ce petit fauteuil de bourge ?

                Ma bouche resta en suspens. Je me surprenais moi-même de ma révolte. D’habitude, je gardai mon calme et je me taisais, mais quelque chose chez lui m’attirait autant qu’il m’énervait. D’ailleurs, il sembla le premier surpris de ma réaction. Il éclata de rire puis avança jusque devant les marches et dit :

    -Quand tu auras fini ta crise d’adolescence, gamine, descends dans la réception.

                Je bouillonnais de rage en entendant son rire cristallin dans les escaliers.

     

                Je descendis quelques minutes plus tard, après mettre calmer. Je ne comprenais pas pourquoi il m’agaçait tant. J’étais parvenue à me détendre et j’entrai ainsi dans la pièce, les émotions sur le fil du rasoir. Rosalia émit un petit sourire compatissant quand j’ouvris la porte et mon instructeur se retourna, posant ses yeux bleus glacials sur moi.

    -Tu es prête ?

                J’hochais la tête. Nous remerciâmes Rosalia et nous sortîmes. Le soleil avait maintenant disparu, laissant place à d’immenses nuages gris. Il commença à pleuvoir et nous nous pressâmes en dehors de la cour. Il s’arrêta devant un tas de ferailles. C’était ça, sa voiture ? Je m’y faufilais rapidement et il démarra. Au bout de quelques minutes, je ne pus me retenir :

    -C’est ça votre voiture ? Une vieille Renault des années 90 ?

    -Ce n’est pas ma voiture. Je l’ai louée.

    -Vous n’avez pas de voiture ?! m’exclamai-je, nous allions sûrement devoir nous déplacer à pied partout, l’horreur !

    -Si, s’impatienta-t-il. Mais à Paris.

    -Et quel est l’intérêt d’avoir  une voiture à Paris si vous habitez à Grenoble ? demandai-je dubitativement.

    -Peut-être parce que j’habite à Paris ? sourit-il d’un air narquois.

                Je mis quelques instants à comprendre.

    -Alors on retourne à Paris ?! Vous auriez pu me donner rendez-vous là-bas ! J’ai payé un billet de train pour rien ! Vous savez combien c’est cher ?

    -Cela faisait partie du test. Es-tu capable de faire des kilomètres inutiles pour atteindre ton but ?

                Je le regardai, les yeux écarquillés. Il était tellement bizarre ! Son esprit était trop tordu pour le mien, bien plus terre-à-terre. Je pris donc soin de ne rien rajouter, et le silence s’invita. Devant mes yeux, le paysage défilait. Je découvris la belle ville sous la pluie. Un déluge s’abattait sur elle mais quand nous nous arrêtâmes devant la gare, la pluie avait cessée et le soleil revenait.

                Nous prîmes des billets, apparemment déjà réservés, puis nous nous installâmes sur deux sièges, l’un en face de l’autre. Son visage était totalement baigné de lumière, et je m’aperçus qu’il n’était pas si effrayant que ça. Ses yeux bleus foncés semblaient maintenant bien plus purs. Il était vraiment beau… Mais tellement impoli ! Il m’avait insultée de gamine ! Et lui, quel âge avait-il pour me dire ça ? En y regardant de plus près, il ne paraissait  pas être beaucoup plus âgé que moi.

    -Quel âge avez-vous M. Kenan?

    -Arrête de me vouvoyer, soupira-t-il, plongé dans son téléphone portable. Et ne m’appelles surtout pas Monsieur. Je préfèrerai Opale, je ne suis pas si âgé que ça.

    -Euh... Très bien. Alors… Quel âge as-tu ?

                Il releva ses yeux vers moi et mon cœur loupa un battement. J’eus l’impression qu’il avait entendu puisqu’il se mit à sourire. Le train se mit en route et il sembla soudain absorbé par le paysage qui défilait encore lentement. Je crus qu’il n’allait pas me répondre, mais il me posa cette question :

    -Quel âge crois-tu que j’ai ?

    -Hm… réfléchis-je. Je pense que tu as vingt-cinq ans.

    -Perdu ! sourit-il, j’ai vingt-quatre ans.

    -Oh je n’étais pas très loin, dis-je fièrement.

    -L’approximation n’est pas acceptable. Seule la perfection peut triompher.

                Je lui lançais un regard noir. Il était tout à fait sérieux. Mais pour qui se prenait-il ? Je sentais encore la colère montée en moi et me dis que l’apprentissage n’allait pas être de tout repos, surtout avec un être aussi infâme que lui.

    -Et toi, quel âge as-tu ?

    -J’ai dix-sept ans.

    -Gamine.

                Je crus que j’allais lui sauter à la gorge et il s’en aperçut. Il éclata de rire et cela me déconcerta. Boudeuse, je restais ne prononçais plus aucunes paroles et fermai les yeux, pour ne plus voir ses yeux bleus moqueurs.

     

                Nous arrivâmes à Paris. Après avoir pris mes bagages, nous allâmes au parking. Une superbe voiture luxueuse nous attendait. Brillante et noire, elle était souple et élégante, créant un peur indescriptible. Elle était la copie conforme d’Opale, son maître. Il ouvrit ma portière et je le remerciai. En passant devant lui, il murmura à mon oreille:

    -Que pensez-vous de cette berline, chère Comtesse ?

                Je rougis, autant d’embarras face à cette proximité que d’irritation. Je ne répondis rien mais claquai la porte, suffisamment pour qu’il me fiche la paix. Il s’assit de l’autre côté et roula, un rictus railleur sur ses lèvres pulpeuses.

     

                Mon professeur s’arrêta devant une vieille bâtisse délabrée, coincée entre deux immenses maisonnées. Il ouvrit un grand portail et rentra la voiture dans une immense cour. Il gara la berline sur un parking improvisé sur l’herbe verdoyante. Deux autres merveilleuses voitures y étaient posées : l’une rouge flamboyante et l’autre bleue saphir. Toutes étaient élégantes, autant que le décor. Le soleil se couchait sur la cour, bordée de pavés rosés. Je posai mes pieds sur la pelouse moelleuse. Des fleurs escaladaient les façades et s’aventuraient parmi l’herbe : des pensées, des tulipes, des jonquilles. C’était un festival de couleurs étincelantes, rehaussé par des rosiers poussant de part et d’autre de la cour.

    -C’est magnifique, chuchotai-je.

    -Je sais.

                Je me retournai vers lui : il sortait mes valises du coffre. J’en pris une mais ne sachant où m’avancer, j’attendis. En effet, il y avait trois portes d’entrée. Il me montra celle de droite et je le suivis précautionneusement. Il la déverrouilla la porte et entra dans un hall de marbre et de murs pâles. Un fauteuil bleu Prusse contrastait nettement avec la blancheur de l’entrée. Il y déposa lestement sa veste puis monta l’escalier, situé face à la porte d’entrée. C’était décoré avec goût, dans un style ancien et moderne. Des bibelots sans grande valeur côtoyaient une commode Louis XIV repeinte en gris claire. J’étais stupéfaite et je restai sans voix. Il monta un escalier et me montra une porte, au bout du couloir.

    -Ta chambre est celle de gauche. En face, c’est ma chambre. Puis il se retourna et me fusilla du regard, ce qui me fit frissonner de peur : hors de question que tu y pénètres, c’est clair ?

                Il me fit entrer ensuite dans une grande pièce. La première chose que je remarquai était le parquet ciré ancien. Dessus était posé lit baldaquin, aux tons beiges, caché par de grands rideaux volant. A ces pieds trônait une méridienne surplombée de milliers de coussins de toutes textures différentes. Je mourrais d’envie d’aller caresser un mais aussi de me jeter sur le lit qui paraissait si confortable. Mais j’enlevais prudemment mes chaussures, laissant mes pieds nus épousés le sol si lisse. Ils rencontrèrent un tapis à poils, qui me chatouilla les orteilles. Je souris béatement.

    -Je te fais visiter la maison dans dix minutes.

                Et il me laissa seule. J’entrepris donc de ranger mes affaires dans l’armoire baroque qui avalait un mur. Je vis aussi une commode entre deux fenêtres, laissée dans le noir et une petite bibliothèque dans un coin de la pièce. Tout était parfait et j’admirai quelque seconde ma nouvelle chambre. Puis je repris mon installation. J’eus à peine de temps de ranger mes jeans qu’il revint. Je le suivis alors. En face de ma chambre se trouvait donc la sienne. L’escalier se posait sur un mur de verre, coupant en deux le couloir. De l’autre côté se trouvait la salle de bain et un bureau entièrement en bois foncé. Les livres de toutes époques se pressaient les uns contre les autres ici.

                Puis nous descendîmes directement dans l’entrée. La cuisine se situait à droite. Elle paraissait très ancienne mais tout le confort moderne y était. Puis nous passèrent une porte qui donnait sur la salle à manger immense, avec bien plus de couverts possibles que de chambres disponibles. Je trouvai ceci complètement idiot mais je n’eus pas le temps d’en faire la remarque que nous entrâmes dans le salon sublime, tout de beige et de tons rosés. Nous avions fait le tour puisque la porte donnait directement de nouveau dur l’entrée, cette fois à gauche de l’escalier.

                Cette demeure ne possédait que peu de pièce mais toutes étaient d’une taille invraisemblable. Néanmoins, je savais que les autres portes que j‘avais vu dehors donnaient sur des pièces que nous n’avions pas visité. Je lui demandais ainsi :

    -Et les deux autres portes dehors, où mènent-elles ?

     

    -Chez deux autres chasseurs de vampires qu’il est temps de rencontrer !

     

    Mot de l'auteur

    J'aime beaucoup le caractère sexy et jeune adulte que je suis en train de donner à mon histoire. Après, peut-être que vous n'allez pas apprécié la tournure que prennent les choses avec Opale. Je vous arrête cependant tout  de suite: il est hors de question que je fasse un livre érotique, style 50 nuances de Grey. ^_^"


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