• Chapitre 4: Chasseurs

                Opale et moi sortîmes dehors. Nous toquâmes à la porte du milieu. Une femme vint ouvrir. Grande et musclée, elle avait tout d’un homme. Ses cheveux courts blonds et ses muscles saillants étaient beaucoup plus viril que les longs cheveux lisses d’Opale. Seul son visage fin montrait qu’elle était une femme. Un large sourire se dessina sur sa peau pâle.

    -Yepa, je suppose ? Enchantée, je m’appelle Bérangère, je suis instructrice comme lui. Aller, entrez ! On vous attendez.

                Sa maison semblait exactement agencée de la même manière que la précédente. Le hall était blanc épuré avec un carrelage en damier noir et blanc. C’était assez original. Puis, elle nous dirigea dans le salon beaucoup trop moderne à mon goût. Ici, les teintes étaient comprises entre le gris et le noir, avec des meubles rectilignes. Cette pièce était bien froide mais la propriétaire réchauffait l’atmosphère. Elle me fit asseoir dans un fauteuil, face à deux jeunes hommes qui devaient être jumeaux, tant leur ressemblance était frappante. Il y avait aussi une jeune fille, belle avec quelques rondeurs, qui ne devaient pas déplaire à ses messieurs. Enfin, un homme d’une quarantaine d’années était installé dans un autre siège.

    -Donc tu es la nouvelle apprentie d’Opale ? me dit-elle. Bon courage !

    -Ne lui fais pas peur, marmonna l’intéressé en prenant un biscuit sec.

                Et la conversation dégénéra sans trop savoir pourquoi. J’interrogeais du regard l’homme, qui se goinfrait de biscuits, mais il avait l’air d’avoir l’habitude. Il haussa les épaules. Bérangère lançait des remarques acerbes à Opale qui lui répondait avec froideur et amertume. Des insultes à peine voilées fusèrent dans la salle, et je crus entendre grogner l’un des deux. Une bagarre allait éclater, et je me fis petite, mais apparemment c’était une sorte de jeu entre eux puisque Bérangère laissa tomber rapidement en souriant et en ajoutant qu’il avait toujours le sang bouillant et la réplique facile.

    -Et si nous nous présentions ? murmura la jeune fille face à moi, d’un ton enjoué. Je commence –elle se leva. Je m’appelle Agate Travers, j’ai 23 ans et je suis une apprentie chasseuse de vampires.

                Je regardais ensuite les jumeaux : ils avaient la même carrure impressionnante sous cette peau mate qu’on les hommes du Sud et leurs cheveux étaient tous deux bruns coupés courts. Leur seule différence était leurs yeux : Caolan les avait noisette et Erwin les possédait couleur rivière.

                Une fois leur présentation terminée, l’homme le plus âgé se leva. Sa peau était foncée mais ses cheveux étaient ceux des occidentaux : légèrement ondulés, ils étaient noirs, plus foncés que sa peau, tout comme ses yeux. Il dégageait quelque chose de très sympathique, en tout cas autant que terrifiant. Etais-ce à la peur qu’ils engendraient que l’on reconnaissait un bon chasseur de vampires ?

    -Elias, professeur des deux jeunes hommes ici.

                Bérangère était celle d’Agate et Opale se présenta aussi. Il n’y avait plus que moi.

    -Je m’appelle Yepa et j’ai dix-sept ans. Je suis l’élève d’Opale.

                Réjouie, Bérangère apporta d’autres biscuits aux chocolats, du thé et du café et nous improvisâmes un petit goûter. Tous parlèrent, Agate mit de la musique et commencer à danser comme une folle, en plein après-midi. Je ne pus réprimer un rire et je me moquai d’elle gentiment. Outrée, elle me força à la rejoindre, mais j’étais beaucoup trop timide pour me déhancher devant des inconnus, comme elle.

                Alors que je m’efforçais de me détendre, rejointes par les jumeaux et Bérangère, je croisai le regard de mon instructeur. Caché derrière son verre d’alcool, il avait un rictus pervers dessiné sur ses lèvres dissimulées. Néanmoins, je voyais clairement son regard intense. Ou j’hallucinais. Cette pensée me frappa et je m’arrêtai de danser pour m’asseoir sur le canapé, loin d’Opale. Il me rejoignit quelques minutes après :

    -Première règle d’un bon chasseur: ne pas manger ce qu’un inconnu donne. Et seconde règle : toujours garder le contrôle.

                Je ne tenais pas l’alcool, et Bérangère en avait discrètement glissé dans nos verres. D’ailleurs, elle aussi était vite bourrée. C’est ce que j’appris à mes dépends. Elle ramena la bouteille entière et se dandina d’une manière qui se voulait lascive. Elle réussit seulement à récolter quelques bleus de ses nombreuses chutes. Les deux hommes rigolèrent, mais les jeunes applaudirent sous l’effet de l’alcool.

    Le soleil se couchait maintenant, et cela faisait plusieurs heures que je n’avais rien mangé. Pourtant, j’avais beaucoup de mal à retrouver mes esprits et la pièce bougeait de plus en plus devant moi. Des tâches noires firent leur apparition.

    -Je sors prendre l’air deux minutes.

                Je me levai et titubai comme je le pouvais jusqu’à la porte. J’atteignis la poignée mais elle s’échappait sans cesse.

    -Yepa ?

                J’avais une soudaine envie de dormir. Que m’arrivait-il ? Je glissai sur le sol. On me retint. Que m’arrivait-il ? La dernière chose que je vus, ce fut deux tâches bleus. Couleur rivière.

     

                Le lendemain, je me réveillai sous les cris. Je voulus me tourner pour me boucher les oreilles mais je tombais sur le sol.

    -Aïe !

    -Ca va ?

                Le visage d’Erwin se tenait au-dessus de moi, inquiet. Que se passait-il ? Où étais-je ? Je regardai vaguement autour de moi : j’étais encore chez Bérangère. Je dormais sur son canapé.

    -Que s’est-il passé hier ?

    -Bérangère t’a droguée.

                Gné ?

    -Hier soir était un test, dit mon instructeur en faisant son apparition dans un costume propre, ses longs cheveux attachés en queue de cheval basse. Tu t’en es aperçue et je t’en félicite mais Bérangère avait mis de la drogue dans quelques verres, à la place d’alcool.

    -Je trouvai cela plus amusant ! se défendit l’intéressée. Sans rancunes, hein ?

                Opale continua sa longue tirade mais un violent mal de tête me prit. Et je me recouchai sur le sol, sous la couverture. J’étais épuisée et complètement déroutée. Où étais-je encore tombée ? Ce n’était qu’une bande de psychopathes qui savaient bien se battre. Etait-ce à cela que ressemblaient les chasseurs de vampire ? Un groupe aussi immature que musclé ? Je ruminais sous la couette, en bruit de fond les cris de deux instructeurs.

    -Yepa… murmura Erwin. Viens, je te ramène dans ta chambre.

                Je baissais la couverture et vit sa main tendue vers moi. Je la pris et me relevai mais mes jambes ne me portaient plus. J’avais des fourmis partout. Voyant mon embarras, Erwin me prit sur son dos et me porta. Je pris les clés des mains de mon professeur qui haussa les épaules, avant de reprendre sa dispute avec Bérangère. Cela ne lui faisait rien que son élève se soit évanouie ?! Tout ce qui l’importait était sa querelle interminable et enfantine avec sa collègue !

                Nous ouvrîmes la porte et je me pris doucement le plafond dans la tête. Gloussant, j’entendis mon camarade s’excuser. Je lui dis que ce n’était plus la peine de me porter, je pouvais maintenant marcher, mais il refusait de m’entendre et demanda où se situait ma chambre. Il me déposa dedans, sur mon lit. Je le remerciai mais il se pencha, approchant son visage près du mien. Je voulus reculer mais il me retenait d’une main puissante.

    -Qu’est-ce que vous faites ?

                Nous tournâmes nos visages vers Opale, installé dans l’encadrement de la porte. Erwin caressa ma joue doucement, et j’eus un frisson.

    -Elle avait un cil sur la joue.

                Et il partit en toisant mon instructeur. Puis, il s’éloigna lui aussi en disant :

    -Demain les cours commencent, alors profite de ta dernière journée de vacances, mais si tu pouvais éviter de copuler dans ma maison…

                Le fumier !

     

    Mot de l'auteur

    L'histoire prend une tournure un peu sensuel, mais je vous rassure: ça ne sera jamais 50 nuances de Grey. ^_^" Je pense que c'est important de faire un roman pour jeunes adultes, qui aiment la romance et la sensualité.


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