• Chapitre 5: Cruels Enseignements

                J’entendis d’abord le gazouillis des oiseaux. Le soleil chauffait ma peau. Je m’étirai et m’éveillais doucement. Opale se tenait au-dessus de moi, ses cheveux noirs effleurant ma peau. J’hurlais.

    -Tu m’as fait peur !

    -Ca, j’ai bien entendu, merci… Tu as dix minutes pour te préparer.

                Et il sortit.

                …                                                                                                         

                Dix minutes ?! Je m’étouffais dans la couette. Me levant rapidement, je courus partout, prenant des affaires au hasard et cavalant jusqu’à la salle de bain. Je me lavai en me brossant les dents. Vite, il ne me restait que trois minutes ! J’enfilai mes vêtements et dévalais les marches. J’étais en bas en dix minutes, mes longs cheveux bruns trempés gouttelant sur ma robe blanche. C’était quand même plus rapide à enfiler qu’un jean slim.

    -Vas te changer, dit-il en avalant sa tartine pain-beurre.

    -Pourquoi ?

    -As-tu déjà vu un t-shirt blanc mouillé ?

                Je le regardais, sourcils froncés. Puis j’écarquillais les yeux en comprenant ce qu’il voulait dire : on allait voir mes sous-vêtements. Je remontais donc et pris un jean et un t-shirt noir, imprimé collège américain. Je redescendis, penaude.

                Sur la table de la salle à manger était posée des croissants et du café. Mmm. Je pris de tout et me régalai. Puis, me remémorant les histoires de la veille, je déglutis péniblement. Sentant tout d’un coup son regard bleuté sur moi, je le regardai et dis :

    -J’ai quand même le droit de manger tranquillement quand c’est toi qui me donne la nourriture, hein ?

                Il éclata de rire et me confirma d’un signe de la tête. Il attendit que j’aie fini pour commencer son cours. Nous nous dirigeâmes ensuite dans le salon. Assise sur un joli canapé en tissus beige, j’attendis ses instructions. Il commença :

    -Voici la carte de Paris. Je veux que pour la semaine prochaine, tu m’apprennes toutes les rues de ce quartier là et de ces deux-là. Nous en sommes responsable, il est donc fondamental de les connaître par cœur. C’est seulement quand tu seras capable de me situer une rue particulière et de me dire tous les commerces s’y trouvant que je te laisserai aller sur le terrain.

                Il me donna la carte. Je pleurai mentalement, cette instruction allait être beaucoup plus dure que ce que je pensais.

    -Petite interrogation surprise, dit-il ensuite, en souriant. Qu’est-ce qu’un chasseur de vampires ?

                Euh… Ai-je l’air si idiote que ça ?

    -C’est une personne qui tue de vampires, répondis-je, dubitative.

    -Faux !

                … Faux ?

    -Qu’est-ce que c’est alors, Monsieur je-n-accepte-que-la-perfection ?

                Il n’avait pas l’air heureux de ma répartie… Il se leva dans un mouvement fluide et ferma les rideaux. La pièce fut plongée dans le noir et je n’entendis plus mon professeur.

    -Opale ? appelai-je, qu’est-ce que tu fais ?

                Aucunes réponses.

    -Opale, ce n’est pas drôle ! J’ai peur du noir, avouai-je.

                Je sentis un souffle sur ma nuque. Ses lèvres effleuraient mon cou et sa main glissait sur ma clavicule. Mon cœur battait de plus en plus fort de frayeur puisqu’il venait de passer sa main sur mon cou, comme pour m’étrangler.

    -Un chasseur de vampires est une personne faisant la loi parmi les êtres de sang-froid. Dans une situation comme celle-ci, nous devons sauver les êtres humains. Aimerais-tu que je t’étrangle parce que tu es humaine ? Que je tue n’importe qui à cause de sa race?

    -Non, chuchotai-je.

                Et il se leva dans un mouvement souple avant d’ouvrir de nouveau les rideaux. La lumière transperça la pièce si bien que je ne pus garder les yeux ouverts. Enfin, j’ouvris de nouveau les paupières : Opale avait disparu.

     

                Mon répit fut de courte durée. Il m’avait laissée peut-être une demi-heure, que j’avais évidemment exploitée : j’avais commencé à apprendre les rues. Je voulais sortir au plus vite et aller sur le terrain rapidement ! C’était ceci qui m’intéressait, pas apprendre des cartes toute ma vie. Opale entra alors dans la pièce, comme si de rien n’était. En le revoyant, mon cœur se mit à battre plus rapidement : il avait beau être mon professeur, il était aussi un chasseur et un tueur. Je ne me sentais plus tellement en sécurité avec lui.

    -Tiens, tu vas me remplir ce questionnaire pour commencer.

                Je pris la feuille et lus les questions de premier usage : ma famille et comment les joindre, mon groupe sanguin, des maladies particulières, ma date de naissance, etc. Quand il fut complet, il me donna un autre papier et dit :

    -Tu as trois heures pour faire cela. Bon courage !

                Je regardai le document : c’était des questions simples. Je finis en quelques minutes. Cela me sembla quand même étrange et je relus tout. J’avais bien fait puisqu’aucune des réponses n’étaient bonnes ! C’était un test d’observation et de réflexion. Opale voulait tester ma réflexion, ce qui pourrait s’avérer utile dans quelques situations, comme celle qu’il m’avait présentée.

                Il revint au bout de trois heures, mais je n’avais pas fini. Il me manquait une question ! A contre cœur, je lui rendis. Souriant, il m’ébouriffa les cheveux, comme à une enfant :

    -Bravo ! Si tu n’as pas fini c’est que tu as bien lu. Nous n’avons jamais assez de temps et de recul pour prendre des décisions.

                Encore une phrase énigmatique. Je commençais sincèrement à me demander si cette formation était faite pour moi.

     

                Après le repas, mon instructeur évalua ma résistance physique. Il me fit faire quinze fois le tour de la cour, ce qui était de la rigolade. Puis des pompes. Des abdos. De nouveau quinze tours. Il continua cet enchaînement dans cet ordre, mais au bout de la troisième fois, je m’écroulais par terre, à bout de souffle.

    -Bien, commenta-t-il. C’est fini pour aujourd’hui.

                Il me tendit la main pour m’aider à me relever. Je la saisis et il me tira dans un mouvement vif.  Nous traversâmes la cour en pavé. Perdue au milieu des arbres, au carrefour des chemins, se trouvait une fontaine crachant discrètement de l’eau. Un diable tenait dans ses bras une femme nue, cachant son visage dans son épaule. Son dos arborait deux immenses ailes d’ange, dont quelques plumes avaient été arrachées. Je m’arrêtai, muette devant ce chef-d’œuvre.

    -Cela nous rappelle toujours que la frontière entre le bien et le mal est mince.

    -Et toi, lançai-je brusquement, de quel côté es-tu ?

                La stupeur passa sur son visage. Il détourna le regard et reprit sa route. Je me rendis compte de ma question idiote et étrange. Embarrassée, je le suivis néanmoins, et nous rentrâmes dans la maison. J’étais épuisée par tout cet effort physique. Je m’effondrai sur une chaise, dans la salle à manger et attendit. Le repas vint à moi, et je remerciai Opale de l’avoir cuisiné. C’était un très bon poulet rôti, accompagné de tomates et pommes de terre au four. C’était exquis, mais lourd. Accompagnée de ma fatigue, je ne tardai pas à m’endormir sur ma chaise.

     

    -Tu as dix minutes, chuchota Opale dans mon oreille.

                Cela me fit l’effet d’un coup de fouet. Je courus partout, je me lavai, je ne me brossai même pas les cheveux, je me lavai les dents rapidement. Enfin, au bout de dix minutes, j’étais dans le salon, vêtue d’un jean et d’un t-shirt, ma chevelure toujours aussi trempée. Il me souriait satisfait, et hocha la tête avant de continuer son café. Je m’effondrai sur le canapé, anormalement fatiguée. Mon regard divergea vers la fenêtre. Sombre. Il faisait nuit ? Mais nous étions en plein été, le soleil se lève pourtant tôt, non ?

    -Opale, marmonai-je, quelle heure est-il ?

    -Je ne sais pas, entre deux heures et trois heures.

    -Du matin ? couinai-je en me redressant.

    -Evidemment.

                Je voulus l’étrangler ! Un gémissement plaintif sortit de ma gorge. Je m’allongeai sur le canapé et fermai les paupières. Rapidement, le sommeil me gagna, encore épuisée par la folie de la veille… Mais mon instructeur ne l’entendit pas de cette oreille. Je criai avant de réaliser que je venais de me prendre un seau d’eau glacée sur la tête.

    -Mais ça ne va pas ?!

    -Ne t’endort pas. Si tu avais une mission à cette heure-là, tu serais obligée d’être en possession de toutes tes capacités. Intellectuelles et physiques.

                Je me levai brusquement et le bousculai violement et volontairement. Il ne bougea pas d’un cil mais leva les yeux au ciel en murmurant « Gamine ».

     

                La suite de la journée ne se fit pas de meilleures conditions. La mauvaise humeur m’avait gagnée et je grognai dans tous les sens. Nous avions commencé les apprentissages avec les points faibles des vampires. Le matin était apparemment consacré à la théorie. Puis vint l’après-midi, où il décida de m’enseigner le yoga. La souplesse avant tout. Mais je n’arrêtai pas de gigoter, j’avais besoin de me défouler. Dans la position du guerrier, mes jambes tremblaient.

    -Arrête un peu de bouger.

    -Je n’y arrive pas, figure-toi.

                Il se remit debout, je fis pareil.

    -Vas-tu te calmer un peu ? Depuis ce matin, tu es exécrable.

    -Je n’aime pas trop être réveillée par un seau d’eau, rétorquai-je virulemment.

    -Tu n’avais qu’à pas te rendormir.

    -Parce que c’est de ma faute ?! hurlai-je. Depuis que je suis là, je n’ai eu le droit qu’à des petites réflexions assassines, j’ai attendu trois heures la venue de Monsieur –qui somnolait en haut d’une tour-, j’ai dormi sur une table de salle à manger -puisque mon instructeur n’a pas jugé bon me mettre dans un endroit confortable-, j’ai été réveillée par un seau d’eau glacée, j’ai failli être étranglée et j’ai été droguée ! Je pense que c’est suffisant, non ?

                Son regard fut celui qu’ont les adultes. Celui qui vous rappelle que vous n’êtes qu’une enfant immature. Celui qui ose dire « je sais mieux que toi ». Une envie violente de le claquer me prit, et je préférai m’éloigner ; je fis alors la chose la plus stupide au monde.

                Je m’enfuis.


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