• Chapitre 7: Sortie acceptée

                Je devais avouer que je n’étais pas très belle à voir : mon visage supportait un œil au beurre noir. Une boursouflure saignait sur ma lèvre supérieure. Je me demandai comment je pouvais bien les avoir eus puisque j’étais tombée sur le dos… D’ailleurs, est-ce qu’on pouvait encore dire que j’en avais un ? Des bleus parsemaient ma peau pâle et une immense cicatrice ruisselait le long de ma colonne vertébrale.

    Je fus consignée donc dans ma chambre pendant deux semaines. Mon corps avait beaucoup de mal à se remettre. Je ne pouvais marcher sans que mes muscles se déchirent et des cris de douleurs s’échappaient souvent de mes lèvres. Alors Agate venait parfois me voir avec Caolan. Ils m’apportaient des friandises de l’extérieur. Souvent, ils se taquinaient et ma chambre se transformait en rendez-vous amoureux.

    D’autrefois s’était Erwin qui passait. Il venait toujours le soir, lorsque le soleil se couchait dans des teintes roses-orangés. Il me rapportait alors un dessin à l’aquarelle ou un bouquet de fleurs sauvages volé dans le jardin. Puis il s’allongeait à côté de moi et me racontait des contes magiques. C’était ainsi que je m’endormais.

    Le matin, Opale reprenait son rôle d’instructeur et m’apprenait toujours la théorie. Il m’enseignait toute sorte de choses comme reconnaître les différents poisons dans une nourriture, la hiérarchie chez les vampires et les lois des chasseurs de vampires. Il exigeait de moi une concentration telle que je peinais à suivre les cours plusieurs heures d’affilées. Alors vers onze heures, il me laissait tranquille. J’en profitais pour écrire des lettres à Tera, à qui je manquais considérablement.

     Je préférai l’après-midi. Ils étaient assez calmes, loin de l’entrainement intensif dehors. Même si mes chaires étaient brisées par la fatigue et la souffrance, je pratiquais quelques activités de souplesse comme la gymnastique ainsi que le yoga. Mon enseignant m’inculquait l’art du contrôle de soi, autant émotionnellement que physiquement. J’admirai alors souvent le corps souple d’Opale, ses longs cheveux noirs virevoltant dans l’air. Je me semblais toujours gauche et disgracieuse à ses côtés.

                Puis début août, mon professeur décida que ma sentence était levée. Je me préparai posément le matin, enfilant un short en jean et un débardeur bleu ciel. Puis, je descendis les marches que depuis deux semaines je n’avais pas foulées. C’était agréable de sentir de nouveau le carrelage frais sous mes pieds, alors que la chaleur étouffait déjà l’air. M’installant dans la salle à manger, je pris enfin un petit déjeuner sur la table. Alors que je croquais dans un croissant tranquillement, j’entendis courir derrière moi et on me sauta dessus. Je manquais de m’étrangler avec un morceau de nourriture. Agate m’étreignis, sa tête posée sur mon épaule.

    -Tu vas enfin mieux !

    -Eh oui, je peux enfin sortir, souris-je.

    -Et on a une grande surprise pour toi !

    -Ah oui ? demandai-je.

                Opale entra dans la pièce, suivi des deux autres instructeurs et des deux élèves. Elias prit la parole :

    -Aujourd’hui, vous allez sur le terrain.

                …le terrain ?

    -Euh… Dehors ? demandai-je perplexe.

    -Oui, s’amusa Opale en voyant ma réaction.

                Agate était toute surexcitée et criait de bonheur dans tous les sens. Elle sautillait, et Caolan n’avait de choix que de la suivre. Erwin s’approcha de moi.

    -Sympa, non ?

                J’hochais la tête, la journée allait être belle.

     

                Les professeurs décidèrent de nous faire sortir que cet après-midi : le matin fut consacré à de l’entrainement physique. Alors, Agate bougonna mais la bonne humeur revint vite sur son doux visage lorsque Caolan l’emmena dans le jardin. Bérangère rappela l’importance de l’endurance avant que nous nous élancions sur les pavés irréguliers. Mes muscles n’acceptèrent pas de courir, si bien que j’abandonnais au bout du septième tour. Je fis quelques étirements et m’assis aux côtés d’Opale, sur un banc dans le jardin. Les autres instructeurs se tenaient debout, dans une sorte de compétition. Ils encourageaient bruyamment leurs élèves, revigorés par ces félicitations. Agate repoussa ses limites et fis dix tours, un record pour elle. Caolan et Erwin se battirent pour obtenir la première place. A vingt-cinq tours, Erwin abandonna. Caolan continua quelques mètres avant de s’effondrer aussi.

                Après avoir récupéré quelques minutes, nous eûmes comme consigne de nous entraîner à nous battre. Caolan et Agate se formaient ensemble mais Elias se fâcha : il la laissait gagner trop facilement. Ils reprirent alors avec plus de sérieux. Erwin se mit donc avec moi. Souriant, il m’annonça dans un air de défi :

    -Ne sois pas douce parce que c’est moi.

    -Je n’en avais pas l’intention, dis-je en esquissant un rictus.

                Malheureusement, un petit problème s’imposa à moi : j’ai eu beau y mettre toute ma force, je ne réussis pas à le faire même trébucher. Pourtant, j’avais bien étudié la théorie des arts martiaux et je m’étais entrainée seule dans ma chambre… Mais cela ne suffisait apparemment pas. J’entendis Bérangère soupirer plusieurs fois, Opale lui-même était désespérée.

    -Arrête, m’ordonna-t-il. Bérangère va s’occuper d’Erwin et toi tu viens avec moi.

                Il m’entraîna vers la porte de dehors. Je crus d’abord qu’il allait me jeter dehors mais il se faufila derrière les buissons qui escaladaient le mur adjacent à la rue. Cachée par les feuillages se trouvait une porte dérobée que je n’avais jamais vue, elle était impossible à déceler. Il l’ouvrit et la poussa. Il entra avant moi et alluma la lumière. Je découvris un gymnase démesuré dont je ne connaissais pas l’existence. Un petit cagibi, vers l’entrée, recelait de plusieurs outils de sport. Il en sortit un tatami qu’il déroula sur le sol. Il me fit signe d’approcher et une grimace sur mon visage me trahit.

                Je fus torturée jusqu’au repas : j’appris plusieurs prises de combat basiques, il me fit tomber, chuter, voler dans la pièce. J’avais absolument mal partout. A la fin de la séance, il déposa une bouteille d’eau et me laissa seule, couchée sur le fin matelas. J’allais avoir des bleus partout ! Mais j’étais néanmoins heureuse d’avoir un peu appris à me battre.

     

                Après le repas, Agate, Caolan, Erwin et moi attendions devant l’immense porte en bois. Nos instructeurs arrivèrent quelques secondes plus tard. Ils ouvrirent et Agate s’échappa la première. Fort de mon expérience de quelques semaines, je restais non loin des adultes. Puis leurs conversations ennuyeuses me lassa alors je rejoignis les autres. J’écoutai attentivement Caolan parler.

    -Elias nous a confié qu’il était devenu chasseur de vampires après avoir perdu son frère. Nous sommes tous un peu comme ça, la rage dans le deuil, non ?

    -Si, murmura Agate. Bérangère n’est pas trop comme ça. Elle a toujours voulu aider les gens. Très douée en sport, elle a été repérée et elle est devenue chasseuse.

    -Incroyable ! Alors n’importe qui peut être chasseur ?

    -Je ne pense pas, fis Erwin. Bérangère a vraiment quelque chose d’intimidant, de courageux et elle est sans pitié. Paradoxalement, elle a un grand cœur et sait faire preuve de bonté et gentillesse. Ce sont ces qualités réunies qui font qu’elle a été choisie.

    -En faites, vous saviez qu’elle a été mariée ?! fis Agate, les yeux pétillant. Mais son mari l’a quittée car elle n’était jamais chez elle… C’est malheureux. Moi je préférais être avec un chasseur qui puisse être dans la confidence et me comprendre, dit-elle en faisant un clin d’œil à Caolan.

                Je les écoutai parler de leur professeur, connaissant déjà quelques pans de leur vie. Ceci me frappa.

    -Moi...fis-je, Opale ne me parle jamais de son passé.

    - Jamais, jamais ? demanda Caolan.

                Je secouai négativement la tête.

    -C’est bizarre, remarqua Erwin, Elias nous révèle souvent quelques-uns de ses souvenirs.

    -C’est peut-être parce qu’il est jeune ? Alors il n’a rien à raconter !

    -Excuse minable, contra Caolan.

    -Tu devrais faire quelques recherches sur lui, murmura Erwin avec un tendre sourire machiavélique.

                Agate le tapa pour son insolence et sa mauvaise influence sur moi. Je ris de bon cœur. En me retournant, je vis Opale le regard fixé sur moi. Ses yeux semblaient me dire « n’y pense même pas ».

     

                En faites, notre balade fut bien barbante. Nous fîmes le tour du quartier en deux heures, passant dans chaque rue. Rien de bien palpitant ne se passa. Agate fut extrêmement déçue, mais Bérangère lui promit une glace. Ce fut donc tournée de cône pour tout le monde. Puis nous rentrâmes tous. Opale releva le courrier. Tous s’éloignèrent mais je remarquai l’écriture manuscrite. Ceci m’interloqua.

    -Que se passe-t-il ?

    -J’espère que tu aimes aller en boîte de nuit, sourit-il. Ce soir, on sort.


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