• Chapitre 9: Amour Naissant

                J’entrai dans la bibliothèque : elle était semblable à une autre. Je fus déçue de découvrir cet endroit à la moquette beige et aux murs jaunis. Quelques fauteuils verts et usés trônaient au milieu de la pièce. Je m’attendais à plus d’élégance de la part des chasseurs, puisque ce lieu leur était réservé. Dépitée je restai stoïque quelques secondes avant de me reprendre : je n’étais pas venue admirée le mobilier ! J’étais plutôt investie d’une mission… Trouver des informations sur Opale. Agate serait horrifiée en voyant combien les mauvaises intentions d’Erwin déteignaient sur moi. Je pouffai discrètement en imaginant son visage.

                Assis devant un ordinateur, un homme au crâne dégarnit leva ses yeux malicieux vers moi. Je lui demandai poliment le rayon sur les chasseurs de vampire ayant existés. Il m’emmena alors dans le fond de la pièce, là où la lumière du jour ne pénétrait plus. Des néons jaunes éclairait péniblement les quelques étales. Je le remerciai et entreprit une longue recherche. Je tirai tous les livres parlant des derniers chasseurs, ceux de notre génération. Puis, j’aperçus une table vide, où j’élus domicile, et posai les cinq pavés que je portais. La matinée passa vite, mais je ne lus qu’un seul livre en entier, ne repérant aucunes informations. A midi, je reçus un message d’Erwin m’invitant à manger avec lui. Je lui répondis que ce n’était pas possible, lui expliquant mes recherches de la journée. Il se proposa de venir me rejoindre, ce que j’acceptai volontiers.

                Une demi-heure plus tard, il arriva avec deux sandwiches et nous sortîmes manger dans un parc proche à la bibliothèque. Le ciel menaçait de pleuvoir mais l’air était chaud. Une légère  brise emportait ma robe blanche. Un banc était libre, sous un immense chêne dont les feuilles commençaient déjà à chuter, entouré de rosiers magnifiques, dans les teintes blancs et rouges. Nous nous installâmes dessus, savourant la sérénité du lieu. D’ici, les bruits de la ville étaient presque imperceptibles.

    -Alors, dit Erwin en rompant le silence, tu as décidé de mettre mon plan à exécution ?

    -Il refuse de me donner des informations, alors je me suis dit que ton idée n’était pas si mauvaise.

    -S’il te plaît, me supplia-t-il théâtralement, n’en parle pas à Agate, elle risque de me trancher la gorge !

                Je ris de bon cœur et nous continuâmes à nous taquiner. Puis, sans réfléchir, je l’éclaboussai avec de l’eau tombée sur les mains. Choqué, il riposta en lançant de l’eau directement de la bouteille. Je pris ma bouteille, l’ouvrit et lançai toute l’eau qu’il y avait dedans. Trempés, nous éclatâmes de rire.

    -Attends, viens-là, dis-je à Erwin, sourire aux lèvres.

                Je m’approchai de lui et retirai une feuille qui était tombée dans ses cheveux caramel. Ils étaient incroyablement doux et étincelant, je n’avais jamais remarqué qu’ils brillaient au soleil comme s’il y avait des paillettes incrustées. Brusquement consciente de la proximité de nos visages, je baissai soudain le regard vers ses deux prunelles rivière qui me fixaient tendrement. Je rougis et m’écartai hâtivement. Embarrassée, je proposai brutalement de continuer les recherches, mais Erwin enleva sa veste avant de me la tendre, rouge de honte lui aussi.

    -Tu es mouillée…

                Je le regardai avec incompréhension avant de me rappeler que je portais une robe blanche mouillée. Je virai écarlate avant d’enfiler précipitamment : on devait voir mes sous-vêtements…

     

                Cela faisait plus de deux heures que nous étions penchés sur nos livres, oubliant l’incident de tout à l’heure. Nous en avions marre et nous avions récolté vraiment très peu de renseignements, mais il restait encore un livre à étudier. Je remerciai Erwin d’être venu m’aider et le congédiait. Il partit en m’embrassant la joue avant de faire un vague signe de la main. Je n’étais pas naïve, je voyais qu’il s’intéressait à moi. Malheureusement, il ne m’attirait pas du tout, malgré sa magnifique carrure d’athlète, son doux visage d’ange ainsi que son esprit vif, joyeux et drôle. Je le voyais plutôt comme un bon ami, et je devais me résoudre à lui dire au plus vite. Soupirant, je tournai la tête vers la feuille de notes avant de souffler derechef. Je savais maintenant qu’Opale était né le 12 décembre, qu’il avait perdu ses parents et qu’il était un chasseur de vampires extrêmement doué et connu. Plusieurs passages traitaient de ses exploits et de ses qualités, mais je ne lus aucune biographie. Même dans le dernier bouquin, rien ne mentionnait un extrait de son passé.

                Déçue, je retournai à l’arrière de la bibliothèque pour reposer les quatre livres. Là, luisant dans la nuit tombante, un bout de papier dépassait légèrement d’un livre. Indécelable le jour, il étincelait aux lumières artificielles de la bibliothèque. Ma curiosité éveillée, je le pris et le lus.

     

    Parfois elle m’énerve tellement que je pourrai lui arracher le cœur, puis son sourire revient, elle tourne ses prunelles vers les mienne et son aura rayonne autour de moi. Elle m’enveloppe de bonheur et d’amour. Je pense à ses parents, je pense à son malheur, et je me revois jeune, perdu et accablé de rage.

    Alors elle m’attendrit. Je la repousse, je la rejette. Tellement de choses nous séparent. Elle pour commencer. Je sais qu’elle m’attend, je sais qu’elle ne veut que moi. Mais quand elle me connaîtra, elle me détestera.

     

                Cette lettre n’était pas signée. Seuls ces mots témoignaient de la souffrance de l’écrivain. Posé sur un papier fin, ils semblaient suinter de douleur et de colère, et pourtant à travers quelques lignes douces, ils attestaient d’une profonde tendresse ainsi que d’une élégance rare. L’encre de chine laissait le papier gondolée à quelques endroits, ceux où l’auteur paraissait agacé. Cette lettre m’avait charmée. Retrouvant l’homme aux cheveux parsemés, je lui demandai de l’encre de chine. Il m’ordonna, par contre, de rester loin des livres. J’hochai la tête et m’isolai dans un coin. Je pris la plume légère entre mes doigts et traçai :

     

                Peut-être qu’elle comprendra. Elle s’amusera ainsi de votre sottise et de votre réticence à partager vos secrets. La parole est le secret de l’amour. Les secrets cachent toujours que déception et trahison. Ne vous laissez pas emprisonner dans ce silence.

     

                J’espérai ainsi aider un homme à être plus sincère. Ce chasseur de vampires vivra sûrement la même expérience que Bérangère, quittée pour des mensonges s’agglutinant. La vie que nous choisissons est un sacrifice. Mais c’est aussi le plus beau des métiers : la reconnaissance, la protection, l’entraide, la vengeance, nous pouvons tout obtenir.

                Après avoir rangé mon matériel et remis la lettre à sa place, je sortis de la bibliothèque. La nuit était tombée tout comme sa fraîcheur humide. Il bruinait légèrement et ma petite robe ma parut bien trop fine face au vent frais. Je frissonnai, hésitante à demander à un instructeur de venir me chercher. Je réfléchis mais je n’avais pas envie qu’ils me demandent ce que je faisais dans cet endroit confidentiel. Je me résolus donc à rentrer à pieds. Mais une belle berline noire s’arrêta devant moi. Les vitres se baissèrent et je vis les longs cheveux noirs d’Opale lorsqu’il se pencha vers moi. Je montai, quand même heureuse de la chaleur de l’habitacle. Il repartit quand je fus attachée.

    -Que faisais-tu à la bibliothèque des chasseurs ?

    -Comment savais-tu que j’y serai ? rétorquai-je.

    -Erwin me l’a dit, après un interrogatoire particulièrement difficile.

                Je fis une grimace. Pauvre Erwin, je préférai ne pas imaginer ce qu’il avait subi.

    -Et toi, reprit-il, que faisais-tu là-bas ?

    -Je ne vois aucune raison de te le dire, c’était mon jour de repos, j’ai fait ce que j’avais envie de faire.

                Ma réponse le laissa pantois. Il ne dit plus un mot et moi non plus pour le reste du trajet. Il avait voulu me faire comprendre, la semaine dernière, que notre relation serait toujours celui de l’élève et du professeur, que malgré notre petite différence d’âge il n’y aurait jamais d’amitié, seulement de l’indifférence entre nous. Je voulais lui remettre à l’esprit la phrase cinglante qu’il m’avait adressée, et qu’il n’était pas le seul à pouvoir être désagréable.

                Arrivés à la maison, il m’ouvrit la porte avant de me demander de le suivre. « Nous avons une invitée », m’a-t-il dit. Prise au dépourvue, j’essayais d’avoir l’air présentable, domptant ma crinière bouclée. Il poussa la porte d’entrée de sa maison et je découvris une sublime créature devant moi. La première chose que je remarquai fut ses seins : deux énormes melons posés sur un corps fin et sculpté. Puis sa cascade de feu luisante, surplombée par une peau de porcelaine. Elle était contrastée par deux superbes tâches kaki, encadrées par de longs cils. Ses jambes étaient interminables et fines, sans aucune imperfection. Personne ne pouvait non plus manquer ces deux petites fesses rebondies. Elle était tout simplement sublime. Je me parus bien gauche et gamine à ses côtés.

    -Enchantée, dit-elle en me baisant la joue, je m’appelle Daphnée, et toi ?

    -Moi c’est Yepa.

    -C’est… original, commenta-t-elle.

                Puis, elle fit la chose la plus improbable en cet instant : elle embrassa Opale.


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