• Chasseuse de vampires

    Résumé

    Yepa est une jeune fille dont les parents sont morts lorsqu'elle était enfant, tués par des vampires. Elle rêve de pouvoir se venger et intègre des études un peu particulières après son bac: chasseuse de vampires. Mais ce n'est pas tellement ce qu'elle avait imaginé...

     

    Prologue

    Chapitre 1: Le choix de l'avenir

    Chapitre 2: Première évaluation

    Chapitre 3: Un instructeur infâme

    Chapitre 4: Chasseurs

    Chapitre 5: Cruels Enseignements

    Chapitre 6: Prisonnière de fierté

    Chapitre 7: Sortie acceptée

    Chapitre 8: Passé Secret

    Chapitre 9: Amour  Naissant

    Chapitre 10: Première enquête

    Chapitre 11: Ménage à trois

     

    A partir du chapitre 16, je ne mettrai pas la suite pour éviter le plagiat. Vous devrez donc attendre que je le publie (et puis si j'y arrive, j'aimerai que vous l'achetiez! XD). Si aucune maison d'édition l'accepte, je publierai la fin sur ce blog.

    Je voulais arrêter d'écrire au chapitre 15 mais la torture aurait été vraiment méchante, du coup je vais poster le chapitre 16 aussi. Je suis sympa, hein? :D

  •  En effet, Opale me permit de me lever tard. Je pus dormir jusqu’à dix heures, ce qui me permit de récupérer la nuit mouvementée. Au réveil, j’eus le droit à un petit déjeuner sur ma table de chevet. D’abord, je crus qu’Erwin était vraiment très amoureux de moi, puis je pensais aux excuses d’Opale de la veille. Alors pour savoir qui était l’auteur de ce fabuleux repas, j’ouvris la petite carte posée à côté des tartines beurrées, en prenant le verre de jus d’orange.

    Merci mon amour pour cette nuit fabuleuse.

    Daphnée

     

    Je recrachai le jus. Comment avait-il pu me faire ça ?! Il devait bien rire. De mauvaise humeur, je tirai brutalement les rideaux, laissant pénétrer la lumière. Dehors, couchés dans l’herbe, Opale caressait les cheveux roux de sa conquête. Ils roucoulaient tranquillement sous le soleil. Et mes cours ? Et mes entraînements ? Il se fichait pas mal de moi lorsque cette superbe créature était là. Prise d’une fulgurante rage, j’enfilai un short et un débardeur moulant noirs, remontaient mes cheveux en queue de cheval et sortit, chaussée de baskets. Je marchais tranquillement vers la sortie, quand je fus interpelée par Elias. Il entraînait les jumeaux au yoga ce qui n’était pas très beau à voir.

    -Que fais-tu? 

    -Je sors, mon instructeur est trop occupé à se galocher avec son amour.

    J’avais parlé assez fort pour qu’il entende. Erwin pouffa tout comme Caolan, tandis qu’Opale se redressa, le visage défiguré par la colère. Puis il posa son regard sur la tenue que je portais, enfin la micro tenue, qui cachait seulement quelques parcelles de ma peau. Avant qu’il ait pu riposter, j’enfilai mes écouteurs et la musique beugla dans mes oreilles. Je sortis à petite foulée, laissant le soin aux hommes d’admirer mon fessier rebondi.

    J’étais partie courir seule, préférant l’endurance à la vitesse aujourd’hui. Je parcourus un peu plus de dix kilomètres avant d’entrer dans la bibliothèque pour chasseurs. Je voulais voir si mon interlocuteur m’avait répondue. Je fonçai donc dans le recoin sombre, sous les yeux de l’homme dégarni étonné de ma courte tenue, et cherchai le livre des yeux, celui à la couverture rouge aux bords dorés. Je le pris et l’ouvris, y découvrant une nouvelle lettre. Je la lus précipitamment.

     


    Jeune fille, votre discours respire l’innocence et la naïveté. Parsemée d’espoir et d’amour, il révèle votre jeunesse.

    Ma douce vous ressemble beaucoup. Elle est pure. Elle est charmante. Et pourtant, elle est sauvage et femme. Elle est parfois lucide, comme vous.

    Pourriez-vous aimer ce que vous détestez le plus ?

    Si vous le pouvez, elle le pourra.

     


    Je relus la lettre déconcertante. Comment savait-il que j’étais jeune ? C’était sûrement dû à ma réflexion simpliste. Mais cet homme, je l’imaginai plus âgé, peut-être avec la sagesse de la quarantaine. Alors… Pouvait-il aimer une jeune fille comme moi ? Désorientée, j’allais voir le bibliothécaire chauve avec ses yeux perçants pour lui demander de l’encre de chine, et je répondus.

     


    Je ne pourrais sûrement jamais aimer ce que je déteste le plus.

    Mais entre la haine et l’amour, il n’y a qu’un pas.

    La haine est une forme d’amour.

    Alors je pourrais aimer ce que je hais le plus.

     


    Je regardai mon écriture bavant sur le papier. J’hésitai à demander l’âge de mon interlocuteur, mais à quoi cela m’amènerait ? Je n’avais pas le droit de juger cette relation. Le plus important était le bonheur de ces deux personnes. Mais pourquoi le haïrait-elle ? Tant de questions sans réponses.

     


    L’après-midi arriva trop vite. Je rentrai enfin, mais Agate vint m’informer que j’avais loupé le déjeuner.

    -Daphnée est toujours là ?

    -Euh… Oui, mais quel rapport avec le repas ?

    -Hier, elle caressait la cuisse d’Opale, répondis-je. Et ce matin, j’ai retrouvé un mot où elle affirmait avoir passé une nuit fabuleuse.

    -Oh. Mon. Dieu, dit-elle choquée.

    -Tu ne veux pas m’héberger cette nuit ?

    Elle explosa de rire.

    -Tu as peur d’entendre leurs ébats amoureux ? Ça pourrait te donner des idées… dit-elle en faisant un clin d’œil.

    -N’importe quoi !

    -Bon, aller d’accord. Fais tes valises, tu emménages ce soir.

    Elle repartit en me faisant un large sourire. Traversant le jardin et passant la porte d’entrée, je rentrai dans la cuisine, espérant profiter du calme pour me faire un petit casse-croûte détendue. Je me préparai à manger et entrai dans le salon, pour m’installer devant la télé. Je vis Opale penché sur la table basse. Des photos de la scène d’hier étaient étalées dessus. Je n’avais plus très faim maintenant.

    -Ah, te voilà, dit-il.

    -Ouais.

    M’installant devant l’écran, je regardai à la dérobé ses yeux bleu sombre perdus dans les images. Il marmonnait sans arrêt si bien que j’entendais à peine l’émission. Je coupai donc la télévision et fixai le corps de cette femme. Puis son cou. C’était la première fois que je voyais les traces de crocs dans le cou d’une femme. Un détail me marqua.

    -Opale ?

    -Oui ?

    - Tu ne trouves pas ça bizarre que le vampire lui ait tranché la gorge ? demandai-je, devant son expression perplexe, je poursuivis : un vampire, ça ne boit pas de sang, si ? Alors pourquoi s’être fatiguée à la tuer et à vider le sang par terre alors qu’il peut le boire ? Elle n’est même pas morte après s’être faite sucée le sang.

    Ses yeux s’illuminèrent et il me remercia d’une tapette sur l’épaule. Il rangea toutes ses photos avant de s’éclipser et de téléphoner. Je pus continuer mon émission, et vers quatre heures, j’eus extrêmement faim. Je repris mon plateau repas et grignotai en somnolant. Puis, mon téléphone vibra : Agate venait de m’envoyer un message pour que je vienne avant le repas. Je me levai donc et montai dans ma chambre. Je m’arrêtai sur le palier et fixai la porte face à la mienne, celle d’Opale. Je secouai la tête en pensant à toutes les scènes qui avaient dû s’y passer. Après être entrée, je pris un petit sac dans lequel je fourrai ma trousse de maquillage, ma brosse à dents et à cheveux. Je rangeai mes sous-vêtements, lorsqu’on toqua à la porte de ma chambre.

    -Oui ?

    Opale entra. Il s’arrêta devant mon lit, fixant mon sac.

    -Oui ? répétai-je.

    -La jeune femme est morte tuée par des humains, essayant de faire croire que c’était des vampires.

    -Mais c’est horrible !

    -Ce qui est horrible, reprit-il, c’est ta valise.

    -Je pars juste chez Agate, je n’arrête pas la formation. Déçu, hein ?

    -Pourquoi vas-tu chez Agate ? se renseigna-t-il, stoïque.

    -Pour ne pas vous entendre… Toute la nuit… Enfin bref, tant qu’elle est là, je vais dormir là-bas, dis-je en mettant un jean dans le sac.

    -Je ne veux pas que tu partes.

    -Moi je veux. Je n’ai pas envie de vous entendre. Et puis, je te rappelle que nous sommes juste professeur/élève. Tu n’as aucun droit sur ma vie privée. Et le sommeil, c’est privé, tentai-je d’argumenter.

    -Ce que tu peux être rancunière ! s’exclama-t-il.

    Je soupirai en m’asseyant sur le lit. Ma vie était devenue si compliquer. Pourquoi tenait-il tant à ce que je reste ? Pourquoi m’énervait-il autant ? Pourquoi voulais-je toujours son attention sur moi ? Je cachai mon visage dans mes mains quand je sentis le souffle d’Opale sur mes doigts.

    -Révèle-moi ton passé.

    -Pourquoi veux-tu tant le connaître ? s’interrogea-t-il en replaçant une de mes mèches derrière mon oreille.

    Je relevai la tête vers lui et plantai mes yeux dans ses prunelles océans.

    -Pourquoi veux-tu tant le cacher ?


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  •             Je fixai mon assiette sans appétit : cette bouillasse verte me dégoûtait. Erwin mangeait goulument à ma gauche. Il me faisait un signe compatissant de la tête et j’enfournai une cuillère dans ma bouche. Cela était moins horrible que je ne le pensais puisque cela n’avait pas de goût. Bérangère était vraiment une piètre cuisinière. Je m’installais plus confortablement sur ma chaise, la faim dissipée, et regardai le plan de table : j’étais en bout de table, avec Erwin à ma gauche et Opale à ma droite. Lui-même était assis aux côtés de sa dulcinée Daphnée et Elias tenait la chandelle à sa droite. Bérangère avait pris l’autre bout de la table et avait laissé Caolan et Agate, deux nouveaux amoureux inavoués ensemble. Je soufflai en me demandant comment on en était arrivé à faire un grand dîné pour une jeune femme qu’on ne connaissait même pas. Je soupirai encore en voyant mon assiette. En plus, j’étais épuisée par cette journée et ce brouhaha n’arrangeait rien. J’attendis néanmoins le dessert, par respect.

                Quand la tarte aux fraises surgelées arriva, je ne pus la refuser. J’adorai ça et elle n’était pas si mauvaise. Je dévorai tout, surtout que je n’avais rien mangé avant. Erwin essaya de manger sensuellement une fraise mais j’explosai de rire. Il se ridiculisa plus qu’autre chose. Je tournai la tête pour ne plus rire, mais mon regard se posa sur le couple à ma droite : Daphnée chuchotait indécemment des paroles sulfureuses en caressant la cuisse d’Opale. Mon visage se décomposa et mon instructeur le vit. Il écarta brutalement la belle jeune femme mais s’en était trop pour moi. Abasourdie, je quittai la table sans un mot.

                Je courus dans ma chambre et fermai la pièce à clé pour être tranquille. Je voulais effacer la dernière image du repas que j’avais, alors je me faufilai sous la douche. L’eau fraîche m’apaisa et, après avoir enfilé un short et un t-shirt, je me glissai sous les draps frais. Le sommeil me gagna quelques minutes plus tard, malgré les cris de joie provenant du rez-de-chaussée.

     

    -Yepa, réveille-toi.

    -Hmmm, bougonnai-je.

    -Yepa, debout ou je te verse un seau d’eau.

                Un grognement effrayant sorti de mes lèvres et j’ouvris les paupières. Opale se tenait devant moi, toujours dans son jean noir et son t-shirt blanc de la journée. Je m’étonnai qu’il sente toujours aussi bon après une journée aussi chaude.

    -Quelle heure est-il ? demandai-je en somnolant.

    -Une heure du matin.

    -Pourquoi est-ce que tu m’as réveillée ? protestai-je en remontant les couvertures sur mon visage.

    -Entrainement de terrain. Tu as dix minutes.

                Et il sortit de ma chambre. Dans une certaine torpeur, j’enfilai des sous-vêtements, un jean, un t-shirt et une veste. Je ne pris pas la peine me faire une beauté : je rêvais juste de m’enrouler dans les draps. Puis je descendis les marches. Devant la porte m’attendait mon professeur avec une tasse de café et un croissant. Je pris les deux et bus rapidement la boisson chaude. Nous sortîmes hâtivement pendant que je grignotais. Installée dans la berline noire, il m’expliqua brièvement ce que nous faisions dehors à cette heure-ci.

    -La police a retrouvé une femme morte devant chez elle. Tout indique que c’est l’œuvre d’un vampire. Alors on va vérifier.

                Je mis quelques temps à comprendre le sens de ses paroles.

    -On ? couinai-je.

    -Oui, « on ».

    -Le corps ? On va vérifier le corps ? Je crois que je ne suis pas prête Opale…

    -Personne n’est jamais prêt, répliqua-t-il amèrement.

    -Je viens de me lever et de manger, tentai-je de le convaincre, et puis ça ne fait pas longtemps que je suis là…

    -Il est grand temps que tu sois confrontée à la mort.

                Bizarrement, cette idée ne me plaisait pas.

     

                Nous arrivâmes environ un quart d’heure plus tard. Il faisait sombre et j’avais dû mal à me repérer. Opale me demandait incessamment quelle était le nom de la rue, quels magasins s’y trouvaient, les vampires résidents ici, dans un périmètre de trois rues. Mes capacités intellectuelles étaient limitées, fatiguées j’avais donc beaucoup de difficulté à lui répondre. De plus, il avançait à grande foulée et je peinais à le suivre. Puis enfin, nous vîmes des hommes tapis dans l’ombre. L’un était grand, chauve et enrobé, tandis que l’autre avait la beauté pour lui. Opale ne s’en méfia même pas et serra la main à l’un des deux hommes.

    -Bonjour, où est la victime ?

    -Ici, montra l’homme disgracieux avec sa lampe torche.

                Je n’osai m’approcher mais je me rappelai que ceci était un entraînement, que je devais l’affronter. Alors je me penchai pour regarder l’horrible scène. Un cri silencieux s’échappa de mes lèvres. La femme était à moitié dénudée, seule sa pitoyable jupe déchiquetée permettait qu’elle garde un peu de décence. Ses jambes étaient pliées en un angle impossible, baignant dans une flaque rouge. Son ventre était profondément ouvert, et on apercevait quelques-unes de ses entrailles ressortant. Sa gorge avait été tranchée, près de deux petits points rouges. Ses cheveux bruns étaient emmêlés devant son visage et certaines touffes avaient été arrachées. A travers quelques mèches, on discernait deux globules blancs, écarquillés de peur.

                Je reculai, prise de dégoût. Opale sortit un carnet de note et esquissa le spectacle. Comment pouvait-il rester de marbre devant une horreur pareille ? Mon estomac se révolta et je me penchai dans le caniveau pour cracher mon petit déjeuner. Je restai accroupie à fixer la bille s’éloigner. Fermant les yeux, je tentai de me calmer. Des frissons apparurent et des larmes roulèrent. J’essayai de me maîtriser mais je ne pus. La scène de mes parents défila devant mes yeux : leurs deux corps baignant dans leur propre sang, leurs visages trop pâles et leurs expressions terrifiées. Mes tremblements s’accentuèrent et mes pleurs redoublèrent.

                Deux mains me ramenèrent à la réalité : Opale les avait posées sur mes épaules. Je faisais les exercices de respiration qu’il m’ordonna et retrouvai mon calme. Je me redressai et revint dans cette ruelle sombre. Le policier chauve m’adressa un sourire encourageant. Cela ne devait pas être la première fois qu’il voyait cette abominable scène, et son visage bien trop pâle semblait trahir son ébranlement. Ils donnèrent quelques derniers détails : aucun bruit n’a été entendu par les voisins, pas de traces de sang autre part, le corps n’a pas l’air d’avoir été déplacé, et il y eut une tentative de la part de la victime d’évasion. Finalement, après nous avoir serrés la main, ils partirent discrètement.

                Opale me demanda de bien braquer la lampe sur le corps puis il nota encore quelques commentaires sur son calepin. Le cadavre était déjà rigide, et le sang commençait à sécher. Deux petits trous sous la gorge tranchée indiquèrent qu’un vampire avait planté ses crocs dans sa gorge blanche. Je ne dis rien, me contentai d’observer le crayon dérapant sur le papier. Le dessin était plus supportable que le cadavre réel. Puis, mon professeur appela quelqu’un pour qu’il vienne récupérer le corps.

                Une heure devait être passée depuis que nous étions face à cette femme aux membres disloqués. Enfin, mon instructeur annonça notre départ. J’en fus soulagée, même si cela ne me dégoûtait plus autant. Je prenais le problème de manière plus détaché. Je m’installai sur le siège passager, prise de nouveau de frissonnements. Opale ne dit rien et démarra. J’allais mieux après que nous nous soyons éloignés de la scène. A quelques minutes de la maison, il brisa le silence.

    -Je m’excuse pour ce que tu as vu tout à l’heure.

    -La scène d’attouchements en public ? répliquai-je acerbe.

    -Oui mais aussi pour le corps, je ne savais pas que c’était si horrible. D’habitude…

    -Non, c’est bon, le coupai-je. Je préfèrerai éviter deux cadavres dans la journée… Surtout qu’elle vient juste de commencer.

    -Que dirais-tu d’une grasse matinée pour me faire pardonner ? sourit-il.

    -Excuses acceptées.

     

    Mot de l'auteur

    Evolution dans la relation Opale / Yepa avec l'arrivée de Daphnée. :) Mais rien n'est simple dans la vie. Vous aimez cette histoire? J'ai pas de commentaires, donc je sais pas trop ce que je dois améliorer. 


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  •             J’entrai dans la bibliothèque : elle était semblable à une autre. Je fus déçue de découvrir cet endroit à la moquette beige et aux murs jaunis. Quelques fauteuils verts et usés trônaient au milieu de la pièce. Je m’attendais à plus d’élégance de la part des chasseurs, puisque ce lieu leur était réservé. Dépitée je restai stoïque quelques secondes avant de me reprendre : je n’étais pas venue admirée le mobilier ! J’étais plutôt investie d’une mission… Trouver des informations sur Opale. Agate serait horrifiée en voyant combien les mauvaises intentions d’Erwin déteignaient sur moi. Je pouffai discrètement en imaginant son visage.

                Assis devant un ordinateur, un homme au crâne dégarnit leva ses yeux malicieux vers moi. Je lui demandai poliment le rayon sur les chasseurs de vampire ayant existés. Il m’emmena alors dans le fond de la pièce, là où la lumière du jour ne pénétrait plus. Des néons jaunes éclairait péniblement les quelques étales. Je le remerciai et entreprit une longue recherche. Je tirai tous les livres parlant des derniers chasseurs, ceux de notre génération. Puis, j’aperçus une table vide, où j’élus domicile, et posai les cinq pavés que je portais. La matinée passa vite, mais je ne lus qu’un seul livre en entier, ne repérant aucunes informations. A midi, je reçus un message d’Erwin m’invitant à manger avec lui. Je lui répondis que ce n’était pas possible, lui expliquant mes recherches de la journée. Il se proposa de venir me rejoindre, ce que j’acceptai volontiers.

                Une demi-heure plus tard, il arriva avec deux sandwiches et nous sortîmes manger dans un parc proche à la bibliothèque. Le ciel menaçait de pleuvoir mais l’air était chaud. Une légère  brise emportait ma robe blanche. Un banc était libre, sous un immense chêne dont les feuilles commençaient déjà à chuter, entouré de rosiers magnifiques, dans les teintes blancs et rouges. Nous nous installâmes dessus, savourant la sérénité du lieu. D’ici, les bruits de la ville étaient presque imperceptibles.

    -Alors, dit Erwin en rompant le silence, tu as décidé de mettre mon plan à exécution ?

    -Il refuse de me donner des informations, alors je me suis dit que ton idée n’était pas si mauvaise.

    -S’il te plaît, me supplia-t-il théâtralement, n’en parle pas à Agate, elle risque de me trancher la gorge !

                Je ris de bon cœur et nous continuâmes à nous taquiner. Puis, sans réfléchir, je l’éclaboussai avec de l’eau tombée sur les mains. Choqué, il riposta en lançant de l’eau directement de la bouteille. Je pris ma bouteille, l’ouvrit et lançai toute l’eau qu’il y avait dedans. Trempés, nous éclatâmes de rire.

    -Attends, viens-là, dis-je à Erwin, sourire aux lèvres.

                Je m’approchai de lui et retirai une feuille qui était tombée dans ses cheveux caramel. Ils étaient incroyablement doux et étincelant, je n’avais jamais remarqué qu’ils brillaient au soleil comme s’il y avait des paillettes incrustées. Brusquement consciente de la proximité de nos visages, je baissai soudain le regard vers ses deux prunelles rivière qui me fixaient tendrement. Je rougis et m’écartai hâtivement. Embarrassée, je proposai brutalement de continuer les recherches, mais Erwin enleva sa veste avant de me la tendre, rouge de honte lui aussi.

    -Tu es mouillée…

                Je le regardai avec incompréhension avant de me rappeler que je portais une robe blanche mouillée. Je virai écarlate avant d’enfiler précipitamment : on devait voir mes sous-vêtements…

     

                Cela faisait plus de deux heures que nous étions penchés sur nos livres, oubliant l’incident de tout à l’heure. Nous en avions marre et nous avions récolté vraiment très peu de renseignements, mais il restait encore un livre à étudier. Je remerciai Erwin d’être venu m’aider et le congédiait. Il partit en m’embrassant la joue avant de faire un vague signe de la main. Je n’étais pas naïve, je voyais qu’il s’intéressait à moi. Malheureusement, il ne m’attirait pas du tout, malgré sa magnifique carrure d’athlète, son doux visage d’ange ainsi que son esprit vif, joyeux et drôle. Je le voyais plutôt comme un bon ami, et je devais me résoudre à lui dire au plus vite. Soupirant, je tournai la tête vers la feuille de notes avant de souffler derechef. Je savais maintenant qu’Opale était né le 12 décembre, qu’il avait perdu ses parents et qu’il était un chasseur de vampires extrêmement doué et connu. Plusieurs passages traitaient de ses exploits et de ses qualités, mais je ne lus aucune biographie. Même dans le dernier bouquin, rien ne mentionnait un extrait de son passé.

                Déçue, je retournai à l’arrière de la bibliothèque pour reposer les quatre livres. Là, luisant dans la nuit tombante, un bout de papier dépassait légèrement d’un livre. Indécelable le jour, il étincelait aux lumières artificielles de la bibliothèque. Ma curiosité éveillée, je le pris et le lus.

     

    Parfois elle m’énerve tellement que je pourrai lui arracher le cœur, puis son sourire revient, elle tourne ses prunelles vers les mienne et son aura rayonne autour de moi. Elle m’enveloppe de bonheur et d’amour. Je pense à ses parents, je pense à son malheur, et je me revois jeune, perdu et accablé de rage.

    Alors elle m’attendrit. Je la repousse, je la rejette. Tellement de choses nous séparent. Elle pour commencer. Je sais qu’elle m’attend, je sais qu’elle ne veut que moi. Mais quand elle me connaîtra, elle me détestera.

     

                Cette lettre n’était pas signée. Seuls ces mots témoignaient de la souffrance de l’écrivain. Posé sur un papier fin, ils semblaient suinter de douleur et de colère, et pourtant à travers quelques lignes douces, ils attestaient d’une profonde tendresse ainsi que d’une élégance rare. L’encre de chine laissait le papier gondolée à quelques endroits, ceux où l’auteur paraissait agacé. Cette lettre m’avait charmée. Retrouvant l’homme aux cheveux parsemés, je lui demandai de l’encre de chine. Il m’ordonna, par contre, de rester loin des livres. J’hochai la tête et m’isolai dans un coin. Je pris la plume légère entre mes doigts et traçai :

     

                Peut-être qu’elle comprendra. Elle s’amusera ainsi de votre sottise et de votre réticence à partager vos secrets. La parole est le secret de l’amour. Les secrets cachent toujours que déception et trahison. Ne vous laissez pas emprisonner dans ce silence.

     

                J’espérai ainsi aider un homme à être plus sincère. Ce chasseur de vampires vivra sûrement la même expérience que Bérangère, quittée pour des mensonges s’agglutinant. La vie que nous choisissons est un sacrifice. Mais c’est aussi le plus beau des métiers : la reconnaissance, la protection, l’entraide, la vengeance, nous pouvons tout obtenir.

                Après avoir rangé mon matériel et remis la lettre à sa place, je sortis de la bibliothèque. La nuit était tombée tout comme sa fraîcheur humide. Il bruinait légèrement et ma petite robe ma parut bien trop fine face au vent frais. Je frissonnai, hésitante à demander à un instructeur de venir me chercher. Je réfléchis mais je n’avais pas envie qu’ils me demandent ce que je faisais dans cet endroit confidentiel. Je me résolus donc à rentrer à pieds. Mais une belle berline noire s’arrêta devant moi. Les vitres se baissèrent et je vis les longs cheveux noirs d’Opale lorsqu’il se pencha vers moi. Je montai, quand même heureuse de la chaleur de l’habitacle. Il repartit quand je fus attachée.

    -Que faisais-tu à la bibliothèque des chasseurs ?

    -Comment savais-tu que j’y serai ? rétorquai-je.

    -Erwin me l’a dit, après un interrogatoire particulièrement difficile.

                Je fis une grimace. Pauvre Erwin, je préférai ne pas imaginer ce qu’il avait subi.

    -Et toi, reprit-il, que faisais-tu là-bas ?

    -Je ne vois aucune raison de te le dire, c’était mon jour de repos, j’ai fait ce que j’avais envie de faire.

                Ma réponse le laissa pantois. Il ne dit plus un mot et moi non plus pour le reste du trajet. Il avait voulu me faire comprendre, la semaine dernière, que notre relation serait toujours celui de l’élève et du professeur, que malgré notre petite différence d’âge il n’y aurait jamais d’amitié, seulement de l’indifférence entre nous. Je voulais lui remettre à l’esprit la phrase cinglante qu’il m’avait adressée, et qu’il n’était pas le seul à pouvoir être désagréable.

                Arrivés à la maison, il m’ouvrit la porte avant de me demander de le suivre. « Nous avons une invitée », m’a-t-il dit. Prise au dépourvue, j’essayais d’avoir l’air présentable, domptant ma crinière bouclée. Il poussa la porte d’entrée de sa maison et je découvris une sublime créature devant moi. La première chose que je remarquai fut ses seins : deux énormes melons posés sur un corps fin et sculpté. Puis sa cascade de feu luisante, surplombée par une peau de porcelaine. Elle était contrastée par deux superbes tâches kaki, encadrées par de longs cils. Ses jambes étaient interminables et fines, sans aucune imperfection. Personne ne pouvait non plus manquer ces deux petites fesses rebondies. Elle était tout simplement sublime. Je me parus bien gauche et gamine à ses côtés.

    -Enchantée, dit-elle en me baisant la joue, je m’appelle Daphnée, et toi ?

    -Moi c’est Yepa.

    -C’est… original, commenta-t-elle.

                Puis, elle fit la chose la plus improbable en cet instant : elle embrassa Opale.


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  •             Opale me détailla. Il ne sembla pas satisfait puisqu’il monta les marches avant d’ouvrir ma chambre et de fouiller dans mon armoire.

    -Je ne te gêne pas là ?

    -C’est chez moi, répliqua-t-il.

                Un point pour lui.

                Depuis la lettre de tout à l’heure, rien ne s’était passé. Il m’avait confié qu’il devait aller dans une boîte de nuit du quartier pour le boulot. Il en avait informé Bérangère et Elias, mais il avait décidé d’y aller seul. Enfin pas si seul que ça puisque je venais. « Entrainement de terrain » avait-il dit. Dans le village perdu où nous habitions avec Tera, il n’y avait pas ce genre d’endroit, si bien que je ne savais pas trop comment m’habiller. Mon jean troué et mon t-shirt blanc n’était pas très adapté, probablement. Opale ouvrit donc la penderie dans laquelle j’avais mis mes robes. Il en sortit plusieurs et les jeta sur mon lit, puis ajouta, avant de sortir :

    -Choisis-en une. J’ai une préférence pour la bleue, fit-il en fermant la porte.

                Je fixai mes quelques belles robes étalées sur le lit. Je pris la bleu, c’est vrai qu’elle était magnifique. Cousue dans un tissus brillant couleur nuit, elle était serrée à la taille et évasée sur les hanches. Je l’enfilai donc, ayant rarement l’occasion de la mettre. Je pris des talons argentés et quelques bijoux avant de me faire évaluer par mon professeur. Il me fixa et secoua la tête négativement.

    -Quoi encore ?

    -Arrives-tu à courir en talon ? Tant que la réponse est non, mets des ballerines.

                Deux points pour lui.

                Je fis donc ce qu’il me demanda et cette fois-ci il valida. Je descendis et attendis dans le salon qu’il se prépare. Il ressortit vêtu d’un costume entièrement noir, ses longs cheveux lisses impossibles à discerner sur cette soie obscure. Je vis néanmoins qu’il les avait ramenés en queue de cheval basse. Il était très élégant dans cette tenue et mon jean ne me paraissait plus tellement approprié.

                Ainsi nous partîmes, dans sa belle berline noire. Aucun de nous ne parlait. Je préférai respirer l’air frais d’été. J’admirai la capitale de nuit, défilant sous mes yeux. Malheureusement nous fûmes rapidement bloqués dans les embouteillages.

    -Pourquoi es-tu passé par à ? demandai-je. Si tu avais pris la rue…

    -Parce que c’est plus court, me coupa-t-il.

                Je le regardai suspicieusement. Pourquoi avait-il pris ce chemin ? Il savait bien qu’à cette heure, elle était bondée. C’était lui-même qui me l’avait appris. Voulait-il parler ? Très bien, parlons.

    -Tu ne me racontes jamais les souvenirs ton passé, lançai-je avec désinvolture.

                Un point pour bibi !

    -Parce qu’il n’y a rien d’intéressant à savoir.

    -Comment es-tu devenu chasseur ? rétroquai-je.

    -…

                Le silence qui suivit m’irrita. Pourquoi ne voulait-il rien révéler alors que les autres instructeurs parlaient sans gêne ? Avait-il quelque chose à cacher ?

    -Comment as-tu su que les vampires existaient ? insistai-je.

    -Et toi ? répliqua-t-il avec froideur.

    -Tu ne crois tout de même pas que je vais te répondre, alors que tu refuses de me le dire ?

                Le reste du trajet se fit dans une ambiance glaciale. Je ne dis plus rien et Opale resta sur ses positions. Il s’arrêta enfin devant une façade rénovée, brillante de néon, suintante de musique. Nous entrâmes, le propriétaire nous attendait. En faites, ce n’était qu’une routine idiote : il venait récupérer le nom des vampires qui étaient venus ici ce mois-ci. Je me demandai à quoi ceci servait mais je me tus, refusant de briser la glace. Oui, mon attitude était immature, et alors ?

                Nous ne partîmes pas tout de suite. Opale s’installa au comptoir et commanda deux verres d’un alcool fort. Il m’en passa un. Il me fixa, de ses prunelles océans. Je déglutis avec peine mais il ne broncha même pas. Je pris le verre entre mes mains et essayait de déceler un poison dedans. Mais il n’y avait rien. Il hocha la tête, satisfait, avec de l’engloutir d’une gorgée. Je ne pus même pas le finir, tant c’était fort. L’alcool me brûlait la gorge et je voulais rester lucide.

                Après ce petit examen, Opale décida de partir. Nous avions passé moins de vingt minutes dans la boîte de nuit, mais j’étais épuisée par les efforts du matin, et il faudrait encore se lever tôt demain. Je m’assis donc dans la berline, et il me suivit. Il démarra et murmura :

    -La tour Eiffel est magnifique de nuit. Veux-tu la voir ?

    -Hm... Pourquoi pas.

                Il m’emmena l’admirer sous ce beau ciel étoilé. Illuminée de couleurs chaudes, elle éclatait devant ce ciel noir semblable à une étoffe de soie sur lesquelles quelques étoiles scintillaient, telles des pierres précieuses. Devant ce spectacle, j’en oubliais ma mauvaise humeur et le conflit que nous avions eu. Je le remerciai pour cette petite surprise puis il repartit, afin de rentrer. Nous arrivâmes assez vite devant le portail en bois et la façade délabré. Ma main se posa sur la poignée de la porte mais fut stoppée par la voix de mon professeur :

    -Je ne pense pas que tu ailles besoin de connaître mon passé, Yepa. Je ne souhaite pas le révéler, et surtout pas à toi.

                Sa remarque me fit l’effet d’un coup de poing. Ne suis-je pas digne de confiance ? Me déteste-t-il à ce point ? Je sortis brusquement et claquai la portière. Je ne l’attendis pas. Et il ne me rattrapa pas.

     

                Je m’éveillais avec le bruit des oiseaux. Les rayons du soleil frappaient ma chambre, la rendant aveuglante. Je pensais avoir déjà vécu cette scène… Mon premier réveil ici. Mais aujourd’hui, je me roulais dans le lit, savourant une grasse matinée. C’était un jour de repos après une semaine de reprise intensive ! Je fus si heureuse que je ne pus fermer les yeux. Je me résolus donc à me lever. J’enfilais une belle robe blanche, comme j’en rêvais depuis quelques jours. Je pris le temps d’écrire une lettre à Tera, qui n’avait pas de téléphone portable et refusais d’utiliser Internet. Je lui racontais mes quelques aventures, omettant ma fuite. Une larme coula sur le papier mais je me ressaisis. N’était-ce pas ce que je désirais depuis toujours ? Même si cette formation était dure et que la maison me manquait, je devais rester forte et motivée. Alors le courage me revint et je terminai ma lettre. Puis, je descendis, heureuse de ne pas croiser mon instructeur. Je laissais un mot sur la table, avec mon enveloppe celée : je demandai à Opale de la poster pour moi.

                Ensuite, je me faufilai chez Bérangère. Elle lisait dans son salon.

    -Bonjour.

    -Ah salut ! dit-elle en posant son bouquin.

                Bizarrement, je l’imaginais mal lire, et encore moins une comédie romantique. Pourtant c’est ce qu’elle faisait. Je me rappelais des mots d’Erwin « elle a un grand cœur ». Il n’avait pas tort, en effet.

    -Que veux-tu ? demanda-t-elle, dubitative.

    -Je souhaiterai aller à la bibliothèque.

    -Et donc sortir de l’enceinte de ses bâtiments ?

    -Oui.

                Elle réfléchit et me demanda mon numéro de téléphone. Elle me donna le sien, celui d’Elias et d’Opale.

    -C’est d’accord, mais si tu as un problème, appelle-nous.

                Je sortis de sa maison, fredonnant un air joyeux.

     

    Mot de l'auteur

    Court chapitre, je sais. ^_^ Est-ce que l'histoire vous plaît toujours?


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  •             Je devais avouer que je n’étais pas très belle à voir : mon visage supportait un œil au beurre noir. Une boursouflure saignait sur ma lèvre supérieure. Je me demandai comment je pouvais bien les avoir eus puisque j’étais tombée sur le dos… D’ailleurs, est-ce qu’on pouvait encore dire que j’en avais un ? Des bleus parsemaient ma peau pâle et une immense cicatrice ruisselait le long de ma colonne vertébrale.

    Je fus consignée donc dans ma chambre pendant deux semaines. Mon corps avait beaucoup de mal à se remettre. Je ne pouvais marcher sans que mes muscles se déchirent et des cris de douleurs s’échappaient souvent de mes lèvres. Alors Agate venait parfois me voir avec Caolan. Ils m’apportaient des friandises de l’extérieur. Souvent, ils se taquinaient et ma chambre se transformait en rendez-vous amoureux.

    D’autrefois s’était Erwin qui passait. Il venait toujours le soir, lorsque le soleil se couchait dans des teintes roses-orangés. Il me rapportait alors un dessin à l’aquarelle ou un bouquet de fleurs sauvages volé dans le jardin. Puis il s’allongeait à côté de moi et me racontait des contes magiques. C’était ainsi que je m’endormais.

    Le matin, Opale reprenait son rôle d’instructeur et m’apprenait toujours la théorie. Il m’enseignait toute sorte de choses comme reconnaître les différents poisons dans une nourriture, la hiérarchie chez les vampires et les lois des chasseurs de vampires. Il exigeait de moi une concentration telle que je peinais à suivre les cours plusieurs heures d’affilées. Alors vers onze heures, il me laissait tranquille. J’en profitais pour écrire des lettres à Tera, à qui je manquais considérablement.

     Je préférai l’après-midi. Ils étaient assez calmes, loin de l’entrainement intensif dehors. Même si mes chaires étaient brisées par la fatigue et la souffrance, je pratiquais quelques activités de souplesse comme la gymnastique ainsi que le yoga. Mon enseignant m’inculquait l’art du contrôle de soi, autant émotionnellement que physiquement. J’admirai alors souvent le corps souple d’Opale, ses longs cheveux noirs virevoltant dans l’air. Je me semblais toujours gauche et disgracieuse à ses côtés.

                Puis début août, mon professeur décida que ma sentence était levée. Je me préparai posément le matin, enfilant un short en jean et un débardeur bleu ciel. Puis, je descendis les marches que depuis deux semaines je n’avais pas foulées. C’était agréable de sentir de nouveau le carrelage frais sous mes pieds, alors que la chaleur étouffait déjà l’air. M’installant dans la salle à manger, je pris enfin un petit déjeuner sur la table. Alors que je croquais dans un croissant tranquillement, j’entendis courir derrière moi et on me sauta dessus. Je manquais de m’étrangler avec un morceau de nourriture. Agate m’étreignis, sa tête posée sur mon épaule.

    -Tu vas enfin mieux !

    -Eh oui, je peux enfin sortir, souris-je.

    -Et on a une grande surprise pour toi !

    -Ah oui ? demandai-je.

                Opale entra dans la pièce, suivi des deux autres instructeurs et des deux élèves. Elias prit la parole :

    -Aujourd’hui, vous allez sur le terrain.

                …le terrain ?

    -Euh… Dehors ? demandai-je perplexe.

    -Oui, s’amusa Opale en voyant ma réaction.

                Agate était toute surexcitée et criait de bonheur dans tous les sens. Elle sautillait, et Caolan n’avait de choix que de la suivre. Erwin s’approcha de moi.

    -Sympa, non ?

                J’hochais la tête, la journée allait être belle.

     

                Les professeurs décidèrent de nous faire sortir que cet après-midi : le matin fut consacré à de l’entrainement physique. Alors, Agate bougonna mais la bonne humeur revint vite sur son doux visage lorsque Caolan l’emmena dans le jardin. Bérangère rappela l’importance de l’endurance avant que nous nous élancions sur les pavés irréguliers. Mes muscles n’acceptèrent pas de courir, si bien que j’abandonnais au bout du septième tour. Je fis quelques étirements et m’assis aux côtés d’Opale, sur un banc dans le jardin. Les autres instructeurs se tenaient debout, dans une sorte de compétition. Ils encourageaient bruyamment leurs élèves, revigorés par ces félicitations. Agate repoussa ses limites et fis dix tours, un record pour elle. Caolan et Erwin se battirent pour obtenir la première place. A vingt-cinq tours, Erwin abandonna. Caolan continua quelques mètres avant de s’effondrer aussi.

                Après avoir récupéré quelques minutes, nous eûmes comme consigne de nous entraîner à nous battre. Caolan et Agate se formaient ensemble mais Elias se fâcha : il la laissait gagner trop facilement. Ils reprirent alors avec plus de sérieux. Erwin se mit donc avec moi. Souriant, il m’annonça dans un air de défi :

    -Ne sois pas douce parce que c’est moi.

    -Je n’en avais pas l’intention, dis-je en esquissant un rictus.

                Malheureusement, un petit problème s’imposa à moi : j’ai eu beau y mettre toute ma force, je ne réussis pas à le faire même trébucher. Pourtant, j’avais bien étudié la théorie des arts martiaux et je m’étais entrainée seule dans ma chambre… Mais cela ne suffisait apparemment pas. J’entendis Bérangère soupirer plusieurs fois, Opale lui-même était désespérée.

    -Arrête, m’ordonna-t-il. Bérangère va s’occuper d’Erwin et toi tu viens avec moi.

                Il m’entraîna vers la porte de dehors. Je crus d’abord qu’il allait me jeter dehors mais il se faufila derrière les buissons qui escaladaient le mur adjacent à la rue. Cachée par les feuillages se trouvait une porte dérobée que je n’avais jamais vue, elle était impossible à déceler. Il l’ouvrit et la poussa. Il entra avant moi et alluma la lumière. Je découvris un gymnase démesuré dont je ne connaissais pas l’existence. Un petit cagibi, vers l’entrée, recelait de plusieurs outils de sport. Il en sortit un tatami qu’il déroula sur le sol. Il me fit signe d’approcher et une grimace sur mon visage me trahit.

                Je fus torturée jusqu’au repas : j’appris plusieurs prises de combat basiques, il me fit tomber, chuter, voler dans la pièce. J’avais absolument mal partout. A la fin de la séance, il déposa une bouteille d’eau et me laissa seule, couchée sur le fin matelas. J’allais avoir des bleus partout ! Mais j’étais néanmoins heureuse d’avoir un peu appris à me battre.

     

                Après le repas, Agate, Caolan, Erwin et moi attendions devant l’immense porte en bois. Nos instructeurs arrivèrent quelques secondes plus tard. Ils ouvrirent et Agate s’échappa la première. Fort de mon expérience de quelques semaines, je restais non loin des adultes. Puis leurs conversations ennuyeuses me lassa alors je rejoignis les autres. J’écoutai attentivement Caolan parler.

    -Elias nous a confié qu’il était devenu chasseur de vampires après avoir perdu son frère. Nous sommes tous un peu comme ça, la rage dans le deuil, non ?

    -Si, murmura Agate. Bérangère n’est pas trop comme ça. Elle a toujours voulu aider les gens. Très douée en sport, elle a été repérée et elle est devenue chasseuse.

    -Incroyable ! Alors n’importe qui peut être chasseur ?

    -Je ne pense pas, fis Erwin. Bérangère a vraiment quelque chose d’intimidant, de courageux et elle est sans pitié. Paradoxalement, elle a un grand cœur et sait faire preuve de bonté et gentillesse. Ce sont ces qualités réunies qui font qu’elle a été choisie.

    -En faites, vous saviez qu’elle a été mariée ?! fis Agate, les yeux pétillant. Mais son mari l’a quittée car elle n’était jamais chez elle… C’est malheureux. Moi je préférais être avec un chasseur qui puisse être dans la confidence et me comprendre, dit-elle en faisant un clin d’œil à Caolan.

                Je les écoutai parler de leur professeur, connaissant déjà quelques pans de leur vie. Ceci me frappa.

    -Moi...fis-je, Opale ne me parle jamais de son passé.

    - Jamais, jamais ? demanda Caolan.

                Je secouai négativement la tête.

    -C’est bizarre, remarqua Erwin, Elias nous révèle souvent quelques-uns de ses souvenirs.

    -C’est peut-être parce qu’il est jeune ? Alors il n’a rien à raconter !

    -Excuse minable, contra Caolan.

    -Tu devrais faire quelques recherches sur lui, murmura Erwin avec un tendre sourire machiavélique.

                Agate le tapa pour son insolence et sa mauvaise influence sur moi. Je ris de bon cœur. En me retournant, je vis Opale le regard fixé sur moi. Ses yeux semblaient me dire « n’y pense même pas ».

     

                En faites, notre balade fut bien barbante. Nous fîmes le tour du quartier en deux heures, passant dans chaque rue. Rien de bien palpitant ne se passa. Agate fut extrêmement déçue, mais Bérangère lui promit une glace. Ce fut donc tournée de cône pour tout le monde. Puis nous rentrâmes tous. Opale releva le courrier. Tous s’éloignèrent mais je remarquai l’écriture manuscrite. Ceci m’interloqua.

    -Que se passe-t-il ?

    -J’espère que tu aimes aller en boîte de nuit, sourit-il. Ce soir, on sort.


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  •  

                Ce fut la pire décision de ma vie. Déjà pace que j’eus mal aux jambes au bout d’une demi-heure, enchaînant les foulées après deux heures d’entraînement. Ensuite, la nuit commençait à tomber, le soleil plombant laissa place à un froid polaire. Je n’avais qu’un t-shirt sur moi et… pas d’argent pour rentrer, pas de téléphone, et…je m’étais perdue. Aveuglée par la rage, j’avais tourné un peu n’importe où et je ne savais pas où j’étais. Je me résolus donc à marcher et à arrêter quelques passants dans la rue : j’étais toujours dans mon quartier. Je finirai bien par retrouver ma route. Mais pas maintenant, ma fierté refusait de se taire et je ne voulais donc pas rentrer de sitôt ! J’espérai que tous s’inquiéteraient, et que Bérangère frapperai Opale pour moi.

                Je rêvai d’une vengeance digne de ce nom, sachant que le personnage odieux que j’avais pour instructeur se fichait sûrement de mon sort. Marchant avec frénésie de nouveau, je cognai un passant.

    -Pardon, je ne regardai pas où…

                Ma phrase resta en suspens. Peut-être était-ce à cause de sa peau incroyablement blafarde, de ses yeux verts luisants, ou de cette odeur à peine supportable de rouille : celle du sang. Il sourit, dévoilant des dents parfaitement blanchâtres et j’eus un frisson. Bredouillant encore des excuses, je voulus m’éloigner mais il me retint par le bras et susurra avec sa langue de serpent :

    -Tu as l’odeur des chasseurs. Conduis-moi à eux.

                C’était un vampire. Ceux de la pire espèce qui tuent sans remords. Mon cœur se mit à battre fort et si vite qu’il sembla sortir de ma poitrine. Il devait bien s’amuser.

    -Non.

    -Pardon ? me dit-il surpris. J’aime jouer au jeu du chat et de la souris, mais cela fait longtemps que je veux en tuer quelques-uns. Alors tu vas être bien gentille et rentrer chez toi.

    -Non, continuai-je avec toute la détermination que je pouvais.

                Il siffla et un autre vampire sortit des ténèbres. Puis un autre, et encore et encore. Une dizaine de vampires m’entouraient. Je sentis mon courage s’échapper. Je débitai alors ces paroles avec frayeur, espérant qu’ils abandonneraient :

    -Le problème, c’est que je me suis disputée avec mon instructeur et je me suis enfuie. Je me suis perdue, avouai-je.

    -Eh bien, ma jolie, nous allons t’aider.

                Il attrapa mes poignés dans ses mains glaciales et me les tint fermement dans le dos. Il ferma les yeux et flaira mon cou. J’eus un mouvement de dégoût et de rejet. Puis, relevant le visage, il respira l’air longuement. Il me poussa ensuite dans la direction d’où je venais. Les autres suivirent. Il tourna plusieurs fois, les rues se succédèrent et, comme par magie, le grand bâtiment délabré nous faisait face. J’écarquillai les yeux de peur. Il faisait maintenant nuit, personne ne se douterait de cette attaque et tout serait de ma faute. Je fis alors une chose aussi téméraire que brave.

    -Attention Opale ! m’époumonai-je de toutes mes forces, espérant qu’il m’entendrait, de l’autre côté. Opale !

    -Sale garce !

                Et il me projeta violemment contre une voiture. Mon crâne rencontra le pare-brise et tout devint noir.

     

    -..pa ! Yepa ! Yepa !

                Je clignai des yeux et tentai de me redresser mais une main me força à rester coucher. Je rebondis contre un matelas moelleux. J’ouvris délicatement les paupières : la lumière tamisée de la pièce ne m’agressa pas. J’essayais de tourner lentement la tête mais elle refusa de bouger. En portant une main à mon cou, je me rendis compte qu’une minerve la tenait. Mon autre main était blottit dans celle d’Agate, la seule qui se tenait à mes côtés. Elle hoquetait de temps en temps en m’appelant désespérément. Quand j’eus assez de courage, je grognai :

    -C’est bon, je suis réveillée.

    -Yepa ! J’ai eu tellement peur !

    -Je vois ça… Calme-toi, murmurai-je en lui caressant les cheveux, je vais bien. Pourquoi pleures-tu autant ? C’est le quotidien des chasseurs de vampires, tu sais ?

                Un silence s’installa, rompu par quelques sanglots.

    -Ma sœur… reprit-elle après s’être un peu calmée, ma sœur s’appelait Charlotte, c’est un joli prénom, tu ne trouves pas ? Elle était aussi belle que lui. Elle était toute fine, une petite crevette débordante d’énergie, avec de longs cheveux châtain et de grands yeux bleus. Elle souriait beaucoup. Elle ne semblait jamais triste mais elle avait pourtant une grande faiblesse, ma petite Charlotte : elle était amoureuse de l’amour.

                De grosses larmes roulèrent sur la joue d’Agate. Son regard divaguait loin de moi, vide, dans un passé aussi heureux que sombre.

    -Un jour, il est arrivé. Beau, gentil et attentionné. Il savait lui donner ce qu’elle voulait : de la reconnaissance, de l’amour. Je ne me suis pas méfiée. Elle sortait beaucoup avec lui, il l’emmenait dans des lieux branchés, j’étais un peu jalouse. Puis, elle a bien voulu le ramener à la maison pour un dîner, le présenter. Mes parents trouvaient que c’était trop rapide, mais elle était si heureuse !

                Son discours était de plus en plus décousu. Je voulus poser ma main sur son épaule, pour la réconforter. Mais je ne pus me résoudre à la sortir de cette transe.

    -Il est venu, dans un beau costume. Ses yeux noirs étaient si lumineux ! Et il avait cette odeur, celle de la rouille. J’étais la seule l’avoir remarquée. Je l’ai détesté. J’avais beau dire à ma grande sœur qu’il était méchant, je n’avais que huit ans ! Elle a cru à de la jalousie. Elle m’a haïe. Je l’ai pleurée. Souvent j’y pense. Et i j’vais été plus forte ? Et si j’en avais parlé à nos parents ? Et si…

                Sa voix s’étouffa dans un couinement. Elle ferma les yeux embués de larmes, et revint dans le monde réel. Elle était totalement traumatisée par cette expérience si jeune…

    -C’est pour ça que tu souhaites devenir chasseuse, pour te venger ?

    Elle esquissa une faible moue et me donna un baiser sur la joue.

    -Ce que je voulais te dire c’est que…sois plus prudente, ok ? J’ai eu peur quand tu es partie. Il est si facile pour eux de nous charmer et de nous tuer. J’ai eu peur…

    -Ne t’inquiète pas, la coupai-je. Moi aussi je me suis aperçue que c’était un vampire au premier coup d’œil.

    Elle paraissait rassurer, alors elle se leva puis elle appela les autres.

    -Merci.

    -Pour ? dit-elle, la porte ouverte.

    -D’avoir partagé ton passé avec moi.

                Elle me sourit et sortit.

                Les autres arrivèrent en courant. Caolan me fis un signe de la main avant de réconforter Agate. Je ris discrètement quand elle l’enlaça et enfouis sa tête au creux de son cou. Il était évident qu’il se passait quelque chose entre eux, elle serait en sécurité avec lui. Ils m’adressèrent un vague signe de la main et partirent avant tout le monde. Opale s’était penché précipitamment sur moi, je ne voyais que lui.

    -Je vais bien, marmonai-je.

    -Ca, c’est parce que tu n’as pas vu ton dos, répondit Opale.

    -Ni ta figure, ajouta Erwin.

                L’évidence refit alors surface : l’attaque. Emportée par le récit d’Agate, je n’y avais encore pensé. Je comprenais la frayeur que j’avais pu causer et la culpabilité revint.

    -Les vampires ? demandais-je.

    -Ils sont morts.

                Je soupirai, soulagée. Personne ne semblait blesser à part moi. Mon regret se dissipa un peu.

    -Je suis désolée, murmurai-je. C’est de ma faute si…

    -C’est bon, coupa Bérangère, apparemment embarrassée. Je pense que c’était juste un exercice de terrain avant l’heure.

    Après une petite pause, elle ajouta :

    -C’est bon, elle est réveillée maintenant. Elle a besoin de repos et nous aussi. Nous viendrons te voir demain.

                Erwin vint me donner un tendre baiser sur le front. Son instructeur Elias le poussa dehors suivi de l’autre professeure. Elle referma la porte derrière elle. Il ne restait qu’Opale et moi. Je m’attendais à un blâme mérité. J’attendis, penaude. Au lieu de cal, Opale me redressa et retira ma minerve.

    -Qu’est-ce que tu fais ? J’en ai besoin si elle se trouve autour de ma nuque, non ?

    -Non.

    - … ?

    -Je t’ai soignée.

    -Comment soigne-t-on cela ? demandai-je libre -je devais avouer que je pouvais bouger la tête dans tous les sens, elle allait très bien.

    -Avec du sang de vampires.

                Mon cœur s’arrêta. Pardon ? Je me levai rapidement et courus jusqu’à la salle de bain. Je me glissai habillée sous l’eau de la douche, frottant avec frénésie ma peau. Une vague de répulsion monta en moi. Mon professeur entra et soupira.

    -Ce n’est pas comme cela que tu vas enlever le sang de vampire de ton corps.

    -Comment as-tu pu me faire ça ? sanglotai-je.

                Je ne m’étais pas aperçue que des larmes coulaient. J’essayais de m’arracher la peau. Je ne pouvais pas. Cette sale race a tué mes parents ! Je pleurai de plus en plus fort. Ma poitrine se soulevait par à-coups. Opale vint éteindre l’eau et m’enroula dans une serviette. Je m’effondrai contre lui. Je pleurai mes parents et le déshonneur que je subissais, je pleurai cette nouvelle vie malheureuse, je pleurai pour la peur que j’avais ressentie, je pleurai pour les morts que j’avais presque causées. Mon instructeur ne dit rien. Il se contenta de me frotter tendrement le dos. Au bout de longues minutes, je finis par m’apaiser. J’avais un peu honte d’avoir pleuré devant lui. Je m’éloignai, rougissant de notre proximité.

    -Je m’excuse pour mon comportement, marmona-t-il. Bérangère m’a passée un bon savon quand tu es partie.

                Mes yeux s’ouvrirent comme deux soucoupes. Je voulus rire car ma vengeance s’était réalisée, mais je me tus, le moment était mal choisi.

    -En revanche, ton immaturité et ton impulsivité a mis tout le monde en danger. Je ne te disputerai pas et j’ai l’interdiction de te punir officiellement. Je prends quand même le droit de repousser la date de ta sortie sur le terrain.

                J’hochai la tête. Il sortit de la salle de bain et j’entendis, au loin dans le couloir :

    -Bonne nuit Yepa.


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  •             J’entendis d’abord le gazouillis des oiseaux. Le soleil chauffait ma peau. Je m’étirai et m’éveillais doucement. Opale se tenait au-dessus de moi, ses cheveux noirs effleurant ma peau. J’hurlais.

    -Tu m’as fait peur !

    -Ca, j’ai bien entendu, merci… Tu as dix minutes pour te préparer.

                Et il sortit.

                …                                                                                                         

                Dix minutes ?! Je m’étouffais dans la couette. Me levant rapidement, je courus partout, prenant des affaires au hasard et cavalant jusqu’à la salle de bain. Je me lavai en me brossant les dents. Vite, il ne me restait que trois minutes ! J’enfilai mes vêtements et dévalais les marches. J’étais en bas en dix minutes, mes longs cheveux bruns trempés gouttelant sur ma robe blanche. C’était quand même plus rapide à enfiler qu’un jean slim.

    -Vas te changer, dit-il en avalant sa tartine pain-beurre.

    -Pourquoi ?

    -As-tu déjà vu un t-shirt blanc mouillé ?

                Je le regardais, sourcils froncés. Puis j’écarquillais les yeux en comprenant ce qu’il voulait dire : on allait voir mes sous-vêtements. Je remontais donc et pris un jean et un t-shirt noir, imprimé collège américain. Je redescendis, penaude.

                Sur la table de la salle à manger était posée des croissants et du café. Mmm. Je pris de tout et me régalai. Puis, me remémorant les histoires de la veille, je déglutis péniblement. Sentant tout d’un coup son regard bleuté sur moi, je le regardai et dis :

    -J’ai quand même le droit de manger tranquillement quand c’est toi qui me donne la nourriture, hein ?

                Il éclata de rire et me confirma d’un signe de la tête. Il attendit que j’aie fini pour commencer son cours. Nous nous dirigeâmes ensuite dans le salon. Assise sur un joli canapé en tissus beige, j’attendis ses instructions. Il commença :

    -Voici la carte de Paris. Je veux que pour la semaine prochaine, tu m’apprennes toutes les rues de ce quartier là et de ces deux-là. Nous en sommes responsable, il est donc fondamental de les connaître par cœur. C’est seulement quand tu seras capable de me situer une rue particulière et de me dire tous les commerces s’y trouvant que je te laisserai aller sur le terrain.

                Il me donna la carte. Je pleurai mentalement, cette instruction allait être beaucoup plus dure que ce que je pensais.

    -Petite interrogation surprise, dit-il ensuite, en souriant. Qu’est-ce qu’un chasseur de vampires ?

                Euh… Ai-je l’air si idiote que ça ?

    -C’est une personne qui tue de vampires, répondis-je, dubitative.

    -Faux !

                … Faux ?

    -Qu’est-ce que c’est alors, Monsieur je-n-accepte-que-la-perfection ?

                Il n’avait pas l’air heureux de ma répartie… Il se leva dans un mouvement fluide et ferma les rideaux. La pièce fut plongée dans le noir et je n’entendis plus mon professeur.

    -Opale ? appelai-je, qu’est-ce que tu fais ?

                Aucunes réponses.

    -Opale, ce n’est pas drôle ! J’ai peur du noir, avouai-je.

                Je sentis un souffle sur ma nuque. Ses lèvres effleuraient mon cou et sa main glissait sur ma clavicule. Mon cœur battait de plus en plus fort de frayeur puisqu’il venait de passer sa main sur mon cou, comme pour m’étrangler.

    -Un chasseur de vampires est une personne faisant la loi parmi les êtres de sang-froid. Dans une situation comme celle-ci, nous devons sauver les êtres humains. Aimerais-tu que je t’étrangle parce que tu es humaine ? Que je tue n’importe qui à cause de sa race?

    -Non, chuchotai-je.

                Et il se leva dans un mouvement souple avant d’ouvrir de nouveau les rideaux. La lumière transperça la pièce si bien que je ne pus garder les yeux ouverts. Enfin, j’ouvris de nouveau les paupières : Opale avait disparu.

     

                Mon répit fut de courte durée. Il m’avait laissée peut-être une demi-heure, que j’avais évidemment exploitée : j’avais commencé à apprendre les rues. Je voulais sortir au plus vite et aller sur le terrain rapidement ! C’était ceci qui m’intéressait, pas apprendre des cartes toute ma vie. Opale entra alors dans la pièce, comme si de rien n’était. En le revoyant, mon cœur se mit à battre plus rapidement : il avait beau être mon professeur, il était aussi un chasseur et un tueur. Je ne me sentais plus tellement en sécurité avec lui.

    -Tiens, tu vas me remplir ce questionnaire pour commencer.

                Je pris la feuille et lus les questions de premier usage : ma famille et comment les joindre, mon groupe sanguin, des maladies particulières, ma date de naissance, etc. Quand il fut complet, il me donna un autre papier et dit :

    -Tu as trois heures pour faire cela. Bon courage !

                Je regardai le document : c’était des questions simples. Je finis en quelques minutes. Cela me sembla quand même étrange et je relus tout. J’avais bien fait puisqu’aucune des réponses n’étaient bonnes ! C’était un test d’observation et de réflexion. Opale voulait tester ma réflexion, ce qui pourrait s’avérer utile dans quelques situations, comme celle qu’il m’avait présentée.

                Il revint au bout de trois heures, mais je n’avais pas fini. Il me manquait une question ! A contre cœur, je lui rendis. Souriant, il m’ébouriffa les cheveux, comme à une enfant :

    -Bravo ! Si tu n’as pas fini c’est que tu as bien lu. Nous n’avons jamais assez de temps et de recul pour prendre des décisions.

                Encore une phrase énigmatique. Je commençais sincèrement à me demander si cette formation était faite pour moi.

     

                Après le repas, mon instructeur évalua ma résistance physique. Il me fit faire quinze fois le tour de la cour, ce qui était de la rigolade. Puis des pompes. Des abdos. De nouveau quinze tours. Il continua cet enchaînement dans cet ordre, mais au bout de la troisième fois, je m’écroulais par terre, à bout de souffle.

    -Bien, commenta-t-il. C’est fini pour aujourd’hui.

                Il me tendit la main pour m’aider à me relever. Je la saisis et il me tira dans un mouvement vif.  Nous traversâmes la cour en pavé. Perdue au milieu des arbres, au carrefour des chemins, se trouvait une fontaine crachant discrètement de l’eau. Un diable tenait dans ses bras une femme nue, cachant son visage dans son épaule. Son dos arborait deux immenses ailes d’ange, dont quelques plumes avaient été arrachées. Je m’arrêtai, muette devant ce chef-d’œuvre.

    -Cela nous rappelle toujours que la frontière entre le bien et le mal est mince.

    -Et toi, lançai-je brusquement, de quel côté es-tu ?

                La stupeur passa sur son visage. Il détourna le regard et reprit sa route. Je me rendis compte de ma question idiote et étrange. Embarrassée, je le suivis néanmoins, et nous rentrâmes dans la maison. J’étais épuisée par tout cet effort physique. Je m’effondrai sur une chaise, dans la salle à manger et attendit. Le repas vint à moi, et je remerciai Opale de l’avoir cuisiné. C’était un très bon poulet rôti, accompagné de tomates et pommes de terre au four. C’était exquis, mais lourd. Accompagnée de ma fatigue, je ne tardai pas à m’endormir sur ma chaise.

     

    -Tu as dix minutes, chuchota Opale dans mon oreille.

                Cela me fit l’effet d’un coup de fouet. Je courus partout, je me lavai, je ne me brossai même pas les cheveux, je me lavai les dents rapidement. Enfin, au bout de dix minutes, j’étais dans le salon, vêtue d’un jean et d’un t-shirt, ma chevelure toujours aussi trempée. Il me souriait satisfait, et hocha la tête avant de continuer son café. Je m’effondrai sur le canapé, anormalement fatiguée. Mon regard divergea vers la fenêtre. Sombre. Il faisait nuit ? Mais nous étions en plein été, le soleil se lève pourtant tôt, non ?

    -Opale, marmonai-je, quelle heure est-il ?

    -Je ne sais pas, entre deux heures et trois heures.

    -Du matin ? couinai-je en me redressant.

    -Evidemment.

                Je voulus l’étrangler ! Un gémissement plaintif sortit de ma gorge. Je m’allongeai sur le canapé et fermai les paupières. Rapidement, le sommeil me gagna, encore épuisée par la folie de la veille… Mais mon instructeur ne l’entendit pas de cette oreille. Je criai avant de réaliser que je venais de me prendre un seau d’eau glacée sur la tête.

    -Mais ça ne va pas ?!

    -Ne t’endort pas. Si tu avais une mission à cette heure-là, tu serais obligée d’être en possession de toutes tes capacités. Intellectuelles et physiques.

                Je me levai brusquement et le bousculai violement et volontairement. Il ne bougea pas d’un cil mais leva les yeux au ciel en murmurant « Gamine ».

     

                La suite de la journée ne se fit pas de meilleures conditions. La mauvaise humeur m’avait gagnée et je grognai dans tous les sens. Nous avions commencé les apprentissages avec les points faibles des vampires. Le matin était apparemment consacré à la théorie. Puis vint l’après-midi, où il décida de m’enseigner le yoga. La souplesse avant tout. Mais je n’arrêtai pas de gigoter, j’avais besoin de me défouler. Dans la position du guerrier, mes jambes tremblaient.

    -Arrête un peu de bouger.

    -Je n’y arrive pas, figure-toi.

                Il se remit debout, je fis pareil.

    -Vas-tu te calmer un peu ? Depuis ce matin, tu es exécrable.

    -Je n’aime pas trop être réveillée par un seau d’eau, rétorquai-je virulemment.

    -Tu n’avais qu’à pas te rendormir.

    -Parce que c’est de ma faute ?! hurlai-je. Depuis que je suis là, je n’ai eu le droit qu’à des petites réflexions assassines, j’ai attendu trois heures la venue de Monsieur –qui somnolait en haut d’une tour-, j’ai dormi sur une table de salle à manger -puisque mon instructeur n’a pas jugé bon me mettre dans un endroit confortable-, j’ai été réveillée par un seau d’eau glacée, j’ai failli être étranglée et j’ai été droguée ! Je pense que c’est suffisant, non ?

                Son regard fut celui qu’ont les adultes. Celui qui vous rappelle que vous n’êtes qu’une enfant immature. Celui qui ose dire « je sais mieux que toi ». Une envie violente de le claquer me prit, et je préférai m’éloigner ; je fis alors la chose la plus stupide au monde.

                Je m’enfuis.


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  •             Opale et moi sortîmes dehors. Nous toquâmes à la porte du milieu. Une femme vint ouvrir. Grande et musclée, elle avait tout d’un homme. Ses cheveux courts blonds et ses muscles saillants étaient beaucoup plus viril que les longs cheveux lisses d’Opale. Seul son visage fin montrait qu’elle était une femme. Un large sourire se dessina sur sa peau pâle.

    -Yepa, je suppose ? Enchantée, je m’appelle Bérangère, je suis instructrice comme lui. Aller, entrez ! On vous attendez.

                Sa maison semblait exactement agencée de la même manière que la précédente. Le hall était blanc épuré avec un carrelage en damier noir et blanc. C’était assez original. Puis, elle nous dirigea dans le salon beaucoup trop moderne à mon goût. Ici, les teintes étaient comprises entre le gris et le noir, avec des meubles rectilignes. Cette pièce était bien froide mais la propriétaire réchauffait l’atmosphère. Elle me fit asseoir dans un fauteuil, face à deux jeunes hommes qui devaient être jumeaux, tant leur ressemblance était frappante. Il y avait aussi une jeune fille, belle avec quelques rondeurs, qui ne devaient pas déplaire à ses messieurs. Enfin, un homme d’une quarantaine d’années était installé dans un autre siège.

    -Donc tu es la nouvelle apprentie d’Opale ? me dit-elle. Bon courage !

    -Ne lui fais pas peur, marmonna l’intéressé en prenant un biscuit sec.

                Et la conversation dégénéra sans trop savoir pourquoi. J’interrogeais du regard l’homme, qui se goinfrait de biscuits, mais il avait l’air d’avoir l’habitude. Il haussa les épaules. Bérangère lançait des remarques acerbes à Opale qui lui répondait avec froideur et amertume. Des insultes à peine voilées fusèrent dans la salle, et je crus entendre grogner l’un des deux. Une bagarre allait éclater, et je me fis petite, mais apparemment c’était une sorte de jeu entre eux puisque Bérangère laissa tomber rapidement en souriant et en ajoutant qu’il avait toujours le sang bouillant et la réplique facile.

    -Et si nous nous présentions ? murmura la jeune fille face à moi, d’un ton enjoué. Je commence –elle se leva. Je m’appelle Agate Travers, j’ai 23 ans et je suis une apprentie chasseuse de vampires.

                Je regardais ensuite les jumeaux : ils avaient la même carrure impressionnante sous cette peau mate qu’on les hommes du Sud et leurs cheveux étaient tous deux bruns coupés courts. Leur seule différence était leurs yeux : Caolan les avait noisette et Erwin les possédait couleur rivière.

                Une fois leur présentation terminée, l’homme le plus âgé se leva. Sa peau était foncée mais ses cheveux étaient ceux des occidentaux : légèrement ondulés, ils étaient noirs, plus foncés que sa peau, tout comme ses yeux. Il dégageait quelque chose de très sympathique, en tout cas autant que terrifiant. Etais-ce à la peur qu’ils engendraient que l’on reconnaissait un bon chasseur de vampires ?

    -Elias, professeur des deux jeunes hommes ici.

                Bérangère était celle d’Agate et Opale se présenta aussi. Il n’y avait plus que moi.

    -Je m’appelle Yepa et j’ai dix-sept ans. Je suis l’élève d’Opale.

                Réjouie, Bérangère apporta d’autres biscuits aux chocolats, du thé et du café et nous improvisâmes un petit goûter. Tous parlèrent, Agate mit de la musique et commencer à danser comme une folle, en plein après-midi. Je ne pus réprimer un rire et je me moquai d’elle gentiment. Outrée, elle me força à la rejoindre, mais j’étais beaucoup trop timide pour me déhancher devant des inconnus, comme elle.

                Alors que je m’efforçais de me détendre, rejointes par les jumeaux et Bérangère, je croisai le regard de mon instructeur. Caché derrière son verre d’alcool, il avait un rictus pervers dessiné sur ses lèvres dissimulées. Néanmoins, je voyais clairement son regard intense. Ou j’hallucinais. Cette pensée me frappa et je m’arrêtai de danser pour m’asseoir sur le canapé, loin d’Opale. Il me rejoignit quelques minutes après :

    -Première règle d’un bon chasseur: ne pas manger ce qu’un inconnu donne. Et seconde règle : toujours garder le contrôle.

                Je ne tenais pas l’alcool, et Bérangère en avait discrètement glissé dans nos verres. D’ailleurs, elle aussi était vite bourrée. C’est ce que j’appris à mes dépends. Elle ramena la bouteille entière et se dandina d’une manière qui se voulait lascive. Elle réussit seulement à récolter quelques bleus de ses nombreuses chutes. Les deux hommes rigolèrent, mais les jeunes applaudirent sous l’effet de l’alcool.

    Le soleil se couchait maintenant, et cela faisait plusieurs heures que je n’avais rien mangé. Pourtant, j’avais beaucoup de mal à retrouver mes esprits et la pièce bougeait de plus en plus devant moi. Des tâches noires firent leur apparition.

    -Je sors prendre l’air deux minutes.

                Je me levai et titubai comme je le pouvais jusqu’à la porte. J’atteignis la poignée mais elle s’échappait sans cesse.

    -Yepa ?

                J’avais une soudaine envie de dormir. Que m’arrivait-il ? Je glissai sur le sol. On me retint. Que m’arrivait-il ? La dernière chose que je vus, ce fut deux tâches bleus. Couleur rivière.

     

                Le lendemain, je me réveillai sous les cris. Je voulus me tourner pour me boucher les oreilles mais je tombais sur le sol.

    -Aïe !

    -Ca va ?

                Le visage d’Erwin se tenait au-dessus de moi, inquiet. Que se passait-il ? Où étais-je ? Je regardai vaguement autour de moi : j’étais encore chez Bérangère. Je dormais sur son canapé.

    -Que s’est-il passé hier ?

    -Bérangère t’a droguée.

                Gné ?

    -Hier soir était un test, dit mon instructeur en faisant son apparition dans un costume propre, ses longs cheveux attachés en queue de cheval basse. Tu t’en es aperçue et je t’en félicite mais Bérangère avait mis de la drogue dans quelques verres, à la place d’alcool.

    -Je trouvai cela plus amusant ! se défendit l’intéressée. Sans rancunes, hein ?

                Opale continua sa longue tirade mais un violent mal de tête me prit. Et je me recouchai sur le sol, sous la couverture. J’étais épuisée et complètement déroutée. Où étais-je encore tombée ? Ce n’était qu’une bande de psychopathes qui savaient bien se battre. Etait-ce à cela que ressemblaient les chasseurs de vampire ? Un groupe aussi immature que musclé ? Je ruminais sous la couette, en bruit de fond les cris de deux instructeurs.

    -Yepa… murmura Erwin. Viens, je te ramène dans ta chambre.

                Je baissais la couverture et vit sa main tendue vers moi. Je la pris et me relevai mais mes jambes ne me portaient plus. J’avais des fourmis partout. Voyant mon embarras, Erwin me prit sur son dos et me porta. Je pris les clés des mains de mon professeur qui haussa les épaules, avant de reprendre sa dispute avec Bérangère. Cela ne lui faisait rien que son élève se soit évanouie ?! Tout ce qui l’importait était sa querelle interminable et enfantine avec sa collègue !

                Nous ouvrîmes la porte et je me pris doucement le plafond dans la tête. Gloussant, j’entendis mon camarade s’excuser. Je lui dis que ce n’était plus la peine de me porter, je pouvais maintenant marcher, mais il refusait de m’entendre et demanda où se situait ma chambre. Il me déposa dedans, sur mon lit. Je le remerciai mais il se pencha, approchant son visage près du mien. Je voulus reculer mais il me retenait d’une main puissante.

    -Qu’est-ce que vous faites ?

                Nous tournâmes nos visages vers Opale, installé dans l’encadrement de la porte. Erwin caressa ma joue doucement, et j’eus un frisson.

    -Elle avait un cil sur la joue.

                Et il partit en toisant mon instructeur. Puis, il s’éloigna lui aussi en disant :

    -Demain les cours commencent, alors profite de ta dernière journée de vacances, mais si tu pouvais éviter de copuler dans ma maison…

                Le fumier !

     

    Mot de l'auteur

    L'histoire prend une tournure un peu sensuel, mais je vous rassure: ça ne sera jamais 50 nuances de Grey. ^_^" Je pense que c'est important de faire un roman pour jeunes adultes, qui aiment la romance et la sensualité.


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