• Jeu n°3: Découverte des corps

                Je pris hâtivement ma carte avant de la ranger dans ma poche. Personne ne devait la voir. Je frissonnai en repensant aux conséquences que pouvait avoir ce morceau de papier. Un silence mortuaire s’était installé entre nous, seulement troublé par le vol des mouches. Maude le rompit :

    -Quelqu’un nous en veut.

    -En effet, répondit Jay, mais pourquoi ?

    -C’est flippant, chuchotai-je.

                Tous me regardèrent puis baissèrent les yeux. Mil reprit la parole, la voix tremblante :

    -Il faut qu’on sorte d’ici.

    -Oui, mais apparemment on est équipé pour rester pas mal de temps.

    -Mais peut-être que ceci n’est qu’une pièce et qu’elle a une porte ? proposa Jay.

                Il posa ses iris sombres sur moi, attendant mon approbation. J’hochai la tête, pensant que c’était une bonne idée. Alors nous repartîmes, traversant le carrelage sans fin, tantôt baigné dans du sang, tantôt grouillant de vers et d’asticots. Nous avions frôlé une étagère remplie d’insects morts. Nous avions croisé de la viande rouge en putréfaction où les larves se tortillaient de plaisir. Nous avions vu un bassin entier de larves vertes, qui émanait une odeur de mort. Plusieurs fois nous hurlâmes, notre voix aussi pâle que notre peau. La peur et le dégoût prenait le dessus sur la raison. Je ne retenais plus mes mains, démangeant mes bras avec frénésie. Les nerfs étaient tendus entre nous et Maude commença à s’énerver pour rien. Elle hurla à de nombreuses reprises sur Mil et Jay, qui ne répondaient pas, épuisés par l’effroi. Elle finit alors par s’attaquer à moi, balançant des méchancetés aussi effrayante que cette pièce. Je voulus protester mais Jay me devança et s’attaqua à elle verbalement. Je voulus les claquer pour se comporter aussi puérilement dans une situation aussi gravissime mais un grattement m’en empêcha.

    -Vous avez entendu ?

    -Quoi ? fit Mil, en se retournant vers moi.

                Les deux autres se turent enfin. La paix était revenue entre nous.

    -Le bruit : une sorte de frottement.

    -Il y en a tellement ici ! répliqua-t-il en glissant ses yeux bleus dans la pièce obscure.

    -On pourrait s’arrêter un peu ici ? demandai-je faiblement. J’ai vraiment entendu quelque chose.

    -Ok, soupira Maude en lançant son sac parterre, son calme retrouvé. De toute façon, ça fait longtemps qu’on marche, une petite pause ne serait pas de refus ! Cette pièce n’a donc pas de fin ? En faites, je m’excuse d’être aussi à fleur de peau.

                Nous nous assîmes sur le sol froid et humide, pendant que Jay fit une remarque sarcastique sur la notion de « à fleur de peau ». Un rire m’échappa et trois paires d’yeux se tournèrent vers moi. Cela me sembla tellement inapproprié que je ne pus m’arrêter. Un fou rire s’empara de moi et j’effrayai mes camarades. Je m’excusai dès que je pus retrouver la parole, essuyant les larmes qui coulaient maintenant sur mes joues. Je pleurai avidement mais silencieusement dans la pénombre.

    Une fois calmer, j’examinai les alentours, projetant ma lampe torche. Ce coin sentait l’urine et pour cause, nous nous trouvions au milieu de toilettes. Je dus me boucher le nez avec mon gilet noir, essayant de ne pas vomir. Je sentis les larmes remonter mais une tapette sur l’épaule me rassura : Jay essayer de ma consoler.

    Nous restâmes comme ceci longtemps, attendant peut-être une aide, peut-être un appel ou peut-être la mort. Chacun semblait perdu dans ses pensées. Notre vie passée, heureuse et innocente allait maintenant être bouleversée par les horreurs qui se languissaient de notre venue. Quelle allait être notre vie après ? Ponctuée de cauchemars inracontables, de frayeurs constantes et de cette incompréhension qui nous gagne ? Nos proches remarqueraient-ils que notre sourire avait disparu ? Que nous pleurions tous les soirs, seuls dans notre lit ? Cette vie paraissait terne et sans avenir. Mais il y avait pire.

    Et si nous nous en sortions pas ?

    Raclement.

    -Vous avez entendu ?! fis-je en bondissant sur mes pieds, trop heureuse d’interrompre le fil de ces pensées lugubres.

    -Oui, fit Jay, sur ses gardes. Il y a quelque chose et cela provient de là-bas, montra-t-il.

                Nous nous remîmes en route. Nous étions tellement épouvantés que personne ne faisait de bruit, nous retînmes notre respiration à plusieurs reprises. Cachée derrière les longs cheveux lisses de Maude, je n’osai bouger. Elle avait l’air de vouloir nous protéger, elle ressemblait à une guerrière antique. Même Mil restait légèrement en arrière d’elle. Son visage était défiguré par une curieuse expression que je ne sus définir.

                Planqués derrières un meuble rouillé, Maude expliqua son plan assez simple : à trois, on saute et on braque nos lumières sur le bruit. En cas de ripostes de quelques choses, nous devions être prêts à manier nos armes : des bouts de bois récupérés sur le chemin. Je trouvai ce plan basique mais efficace et nous étions tous d’accord pour le réaliser. Je m’accroupis en arrière, mon bout de bois dans les mains.

                1, mes doigts resserrèrent leur étau sur mon arme inoffensive.

                2, mes phalanges virèrent blafardes et une écharde protesta en pénétrant sous ma peau.

                3 !

    -Yaaaaah !

                Mon bond fut aussi héroïque qu’idiot. Aucun ennemi ne se tenait devant nous. Mes yeux s’écarquillèrent devant notre trouvaille : trois autres personnes se tenaient devant nous.

                Attachées.

                Mil fut le premier à régir.

    -Oh mon dieu ! s’écria-t-il.

                Il s’approcha d’abord du jeune homme puis le détacha doucement. Ses membres avaient changé de couleurs et des bleus apparaissaient sous les cordages. Nous nous réveillâmes de notre stupeur : Jay et Maude s’élancèrent vers la jeune fille tendit que je m’approchai lentement d’une petite enfant. Elle était complètement terrorisée, elle n’osait même plus parler ni pleurer. Je m’accroupis devant elle. Elle leva de grands yeux asiatiques devant moi, laissant tomber ses longs cheveux noirs dans son dos.

    -Salut, lançai-je avec un sourire, je m’appelle Claire, et toi ?

                Elle hoqueta plusieurs fois mais ne répondit rien.

    -Tu sais, je ne vais pas te faire de mal, je vais te libérer, mais je vais devoir m’approcher, tu es d’accord ?

                Elle hocha la tête doucement. Je passais donc mes mains dans son dos, rencontrant un sac à dos avec lequel elle était ligotée, avant de basculer son visage contre mon épaule. Elle se laissa faire, grelottante d’effroi. Je défis facilement le nœud et tout le monde fut libérer. Je voulus me relever, mais la petite s’accrocha à moi, d’une manière désespérée. Je la pris donc dans mes bras avant de me relever.

                J’aperçus devant moi un jeune homme grand et d’une beauté époustouflante, doté d’un sac à dos, comme nous. Il semblait avoir des origines magrébines mais ses yeux émeraude tranchaient avec la chaleur de sa peau et de ses cheveux. Il s’appelait Axel.

                Alyson était l’autre jeune fille, ayant à peu près le même âge que nous. Au premier abord, on pourrait croire qu’elle a douze ou treize ans, avec sa taille toute menue et sa blondeur candide mais ses yeux de tigresse trahissaient son âge : elle nous révéla qu’elle avait dix-sept ans.

    Après nous être présentés aussi, Maude prit la parole :

    -Nous sommes maintenant sept.

    -Et nous sommes tous jeunes, remarqua Axel.

    -Peut-être y a-t-il d’autres personnes ici ?

    -Peut-être fis-je. Mais pour le savoir, il faut partir de nouveau.

                Tous approuvèrent. Jay se plaça à mes côtés, voulant me décharger de la petite mais elle se cramponna à mon cou. Il prit donc son sac à dos. Maintenant que nous étions sept, la marche se faisait en parlant. Chacun racontait un peu sa vie, essayant de détendre l’atmosphère. Jay resta à ma hauteur et ne dit un mot, mais il me lançait quelques sourires encourageant. La petite finit par me faire confiance.

    -Haru.

    -Pardon ? chuchotai-je.

    -Je m’appelle Haru.


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