• Le Jeu

    Résumé

    Claire se réveille dans une petite pièce, avec d'autres personnes qu'elle ne connait pas. Elle ne se rappelle pas être venue ici. Puis, elle pénètre dans une autre pièce et comprend rapidement qu'ils ont été enlevé. Entre scène macabre et morts terrifiantes, arrivera-t-elle à sortir du Jeu?

     

    Cette histoire risque d'être violente et macabre. Je pense qu'il y aura beaucoup de scènes qui ne conviendront pas aux personnes sensibles et jeunes. Si vous avez moins de quatorze ans, passez votre chemin. C'est un conseil. Si vous êtes choqués, ne m'en tenez pas responsable.

     

    Note n°1

    Jeu n°1: Le réveil

    Jeu n°2: Que le jeu commence!

    Note n°2

    Jeu n°3: Découverte des corps

    Jeu n°4: Le premier drame

    Note n°3

    Jeu n°5: Le labyrinthe

    Jeu n°6: Appels stridents

  •    Je déglutis devant la plaque. Un bruit me fit sursauter : Jay venait d'ouvrir la porte de droit. Puis celle de gauche. De l’autre côté, on distinguait parfaitement deux pièces identiques à la nôtre, avec autant de portes semblables. J’entendis Raoul soupirer.

     

    -Comment allons-nous sortir d’ici ? demanda-t-il.

     

       Prise d’un élan d’espoir, je me jetais sur les possibles sorties et les inspectais.

     

    -Il y a peut-être un indice ! Dessus, ou à côté pour nous dire laquelle choisir.

     

       Tout le monde se mit au travail. Nous regardâmes à chaque endroit : sur la poignée métallique, sur les rainures du bois, sur le béton armé du mur, sur le sol carrelé. Rien. Tout était lisse. Tout était propre. Aucune indication.

     

    -Au moins, on a plus l’odeur déguelasse…

    -Alyson ! s’outra Aude, il y a une enfant ici !

    -Qu’est-ce que ça change ? la défia-t-elle. Ça se trouve, on va tous mourir ici, piégés comme des rats. Ça se trouve, il n’y a pas de sorties, on avance et rien ne se trouve au bout à part la mort. Une succession de pièces glauques sans fin…

    -On est entré ici, la coupai-je. On peut forcément en ressortir.

    -Qu’est-ce que tu en sais ? me demanda Raoul, ses yeux noirs me transperçant. Ah mais je sais ! Peut-être que c’est toi qui nous a enfermé ici.

     

       Sa suspicion me désarçonna.

     

    -Mais non ! Tu es complètement fou pour penser cela.

    -Prouve-moi alors que ce n’est pas toi.

     

       Je restai bouche bée.

     

    -Laisse-la, dis froidement Jay. On ne va quand même pas se monter les uns contre les autres alors qu’on est tous dans la même galère.

     

       Raoul me toisait avec dégoût. Son doute me choquait : comment pouvait-il penser que tout ça, toutes ces horreurs étaient le fruit de mon imagination ? Puis je me mis à sa place : nous étions tous de potentiels coupables. Peut-être était-ce moi ou peut-être lui. Ou même une personne extérieure à ce cauchemar ? Rien ne nous montrait que certaines personnes étaient plus innocentes que d’autres.

     

    -Le pourquoi du comment, on verra ça dehors, reprit Jay. Mais pour ça, on va devoir choisir. La porte de droite ou de gauche ?

     

       Se mettre d'accord n'allait pas être évident.

     

    -Et si nous votions à main levée ? proposa Axel, d’une voix apaisante.

     

       Il avait ce pouvoir, celui de balayer tous les désaccords, avec son visage d’ange et sa voix douce. Il ne pouvait inspirer que confiance. Je souris devant son idée. D’ailleurs, tout le monde se détendit.

     

    -Et si nous tombons à égalité ?

    -Alors on recommence, répondit-il en souriant. Restons unis pour l’instant. Les tensions n’amèneront rien de bon.

     

       Raoul hocha la tête en grommelant et me tendit la main pour faire la paix. Je l’acceptais volontiers, comprenant sa méfiance j'avais la même.

     

    -Alors on commence, déclara Jay. Qui vote à droite ?

     

       Quatre mains se levèrent. Nous avancions donc dans cette pièce. On s’apprêtait à choisir derechef quand une petite main tira sur mon t-shirt. Je baissai les yeux pour découvrir deux beaux yeux bridés noirs. La petite Haru. Tellement souriante, tellement innocente. Je la pris dans mes bras et la soulevai. Je la sortirai vivante d’ici. Quitte à le payer de ma vie.

     

    -Je veux voter aussi, murmura-t-elle.

    -Hum… Pourquoi pas ? répondit Alyson. De toute façon, ce n’est pas comme si ça changeait quelque chose. On ne sait quand même pas où on va.

     

       Ainsi, nous nous faufilâmes dans ce labyrinthe. A chaque fois, aucun indice ne se trouvait près d’une porte ou l’autre, nous vérifiâmes. Rien ne nous permettait de prendre la bonne issue. Alors nous laissions le hasard élire une sortie pour nous. Nous marchions depuis longtemps maintenant, à travers des murs de béton qui semblait tous identiques. Nous étions fatigués musculairement et désespérés mentalement. Nous n'avions plus aucun espoir. Alyson avait sûrement raison : il n'y avait aucune issue. Nous allions périr ici, morts de faim, de soif ou même de fatigue. Plus personne n’osait prononcer un mot. Seule Haru se démarquait par sa bonne humeur, inconsciente du danger. Elle ne semblait pas inquiète, et nous faisions tout pour qu'elle garde ce petit sourire innocent qui nous soudait tous ensemble. D'ailleurs, nous nous relayâmes souvent pour la porter mais aussi pour lui chanter des chansons.

     

    -Claire, tu peux encore chanter « une souris verte » ? me demanda-t-elle avec son sourire naïf.

    -Bien sûr.

     

       Et j’entamais la chanson pour la huitième fois. Personne ne se plaignait d’elle ni des chansons naïves que nous nous efforçâmes de répéter avec autant voir plus de gaieté que la fois précédente. Tout le monde voulait la sauver, elle était si jeune... Je pensais à ses parents, inquiets quelque part dans le monde, pleurant ces belles prunelles noires. Elle ne devait pas mourir comme Mil. Elle ne pouvait pas avoir le même sort que lui... Pourquoi emmener cette fillette si pure dans une endroit immonde comme celui-ci ? Ceci me brisa le cœur et ma voix fléchit. Je me repris en riant, pour ne pas entamer sa bonne humeur. Enfin, après quelques chatouilles de Raoul et une berceuse de Maude, elle s’endormit et Axel la porta sur son dos. Le silence régnait, seulement brisé par cette question « gauche ou droite ? ».

       Au bout d'un moment qui me sembla être l'éternité, Maude se stoppa net face à moi. Elle intima à tout le monde de se taire. Nous écoutâmes. Rien.

     

    -Qu’est-ce qu’il y a ? l’interrogeai-je.

    -J’ai cru entendre quelque chose.

     

       Nous reprîmes notre marche. Au fur et à mesure qu’on avançait, les pièces étaient de plus en plus grandes et donc de plus en plus pénibles à traverser. Nous en traversâmes encore une immense avant d'ouvrir une autre porte. Cette fois, nous ne discernions même plus les coins de la pièce. Après un long soupir, nous avançâmes de nouveau vers l'inconnu. Tout d’un coup, j’entendis un gémissement.

     

    -Il y a quelque chose ! m’écriai-je. Je l’ai entendu.

     

     

       Mais il n'y eu plus aucun bruit. Impossible de savoir où chercher. Alors nous descidâmes qu'il était temps de faire une pause. Assis par terre, tout le monde se taisait. Nous attendîmes le bruit. Le petit couinement que j'avais entendu.

    « Ghmmm... »

     

    -Ça vient de la gauche ! m'exclamai-je.

     

       Toutes les têtes se tournèrent dans la direction indiquée. Seule la chevelure blonde et filasse d’Alyson se retourna vers moi.

     

    -On doit aller là-bas ?

     

       Le mur était tellement loin que nous ne pouvions pas le voir. Je me raclais la gorge, gênée. Elle fut la première à emboîter le pas.

     

    -C’est parti ! lança-t-elle avec une fausse gaieté. De toute façon, on ne sait même pas où se trouve les issues.

     

       Personne ne protesta. Jay se cala sur mon pas et me sourit. Il me pressa l’épaule dans un signe de soutien. Sa présence me soulageait en quelques sortes. Nous marchâmes ainsi pendant ce qui me paraissait être une bonne demi-heure quand, enfin, des cris se firent entendre. Assez proche pour que tout le monde les entendent.

     

    -Il y a des gens !

     

     

       Nous nous élançâmes vers ce mur. Des personnes se trouvaient derrière, ce qui pouvait insinuer tout un tas de chose : une issue ? la fin ? de nouveaux compatriotes ? des réponses ? Raoul arriva le premier face à une unique porte en pin.

       Il l’ouvrit brutalement.


    votre commentaire
  •                 La mort de Mil avait laissé nos cœurs lourds. Seule Alyson pleurait et pourtant, le choc nous avait tous touchés. Certains tremblaient de peur, d’autres de rage. Pour ma part, mes tressaillements entrechoquaient mes dents. Je revis la scène : la chute dans le gouffre, les cris de désespoir, les os brisés. Jay vint calmer mes frémissements en posant une main affectueuse sur mon épaule. Son sourire las me réconforta quelque peu : je n’étais pas seule. Nous allions nous en sortir. Je me ressaisis, pensant à la petite Haru qui restait inconsciente du danger.

                Je n’avais pas encore dépassé la porte. De l’autre côté, le noir était complet, envahissant chaque parcelle de carrelage. Il semblait opaque et impénétrable. Je ne voyais plus que le beau visage de Jay. Ses belles prunelles noires m’invitèrent à continuer et je le suivis. Un scintillement m’arrêta : une plaque en argent était fixée sur le mur. Je m’approchai.

    -Il y a quelque chose, observai-je.

                Je m’approchai lentement. A cette distance, des lettres étaient visibles. Jay me dévisageait, interloqué.

    -Qu’est-ce que c’est ?

    -Une inscription.

                Il me rejoignit pour découvrir, incrusté dans le métal :

    La Sale

    « Lavez vos sales mains »

     

                Je restai perplexe pendant que Jay répétait la phrase à haute voix pour les autres. Que voulait  dire ceci ? Je souhaitai comprendre mais il me tira doucement sur le bras,pour m’entraîner vers notre groupe. Nous rejoignîmes alors les autres, dans le noir. Lorsque je passai la porte, elle se referma derrière moi à une vitesse surnaturelle. Nous fûmes complètement abandonnés dans cette obscurité. Maude prit la parole, brisant le silence oppressant :

    -Quelqu’un a une lampe torche ?

    -Elles sont dans les sacs et je n’arrive pas à trouver la fermeture éclair, répondit Raoul.

    -Et pour cette phrase ? demanda Alyson, entre ses sanglots.

    -Je pense que c’est le nom de la pièce que nous venons de traverser, déclarai-je. Elle était vraiment…. immonde.

    -Mais pourquoi cette réflexion, ensuite ? s’interrogea Jay.

                Un cri de Haru nous surprit tous.

    -Haru ?! criai-je en tâtonnant

    Dans ce sas, le noir était complet. Je ne voyais plus les visages de mes camarades néanmoins si proches. Je cherchais aveuglement la petite et finit par poser ma main sur sa tête. Elle cria derechef.

    -Tout va bien, c’est moi, Claire. Tu as peur du noir ?

    -Moui…murmura-t-elle.

                Je m’accroupissais et prit la fillette dans mes bras. J’entendais les autres taper sur les murs. Apparemment, d’après leurs observations, la pièce était assez petite et aucune poignée ne nous permettait de sortir. Nous attendîmes donc, épuisés par les évènements, secoués par les accidents. Enfin, un rai de lumière perça l’obscurité. Une porte coulissait, mais elle était opposée à celle que nous venions de franchir. « Une autre pièce », pensai-je. Combien y en avait-il encore à traverser ? D’autres pièges se trouveraient-ils sur nos chemins ? Le soulagement était tout de même palpable : nous ne resterons pas enfermés ici. Il y avait une sortie quelque part.

                Chacun s’échappa en silence du sas. Haru s’accrocha désespérément à ma main, encore effrayée. Raoul fut le dernier à passer le seuil et la porte se referma derrière lui. Nous étions sur la bonne voie. Je découvris, devant moi, une petite pièce aux murs gris. Aucuns insectes, aucunes odeurs. Mais deux portes semblables, en pin clair. Je fronçai les sourcils, comme le reste du groupe.

    -Je ne comprends pas, dit Axel.

    -Moi si.

                Nous nous retournâmes vers Raoul, qui pointait du doigt une autre plaque argentée. Les mots transperçaient la surface lisse. Je pouvais lire d’ici le nom de la pièce, qui me fit frissonner.

    -Le Labyrinthe.

     

    Mot de l'auteur

    Ce chapitre est assez court par rapport aux autres. Entre un et deux paragraphes de moins. Mais je pense que laisser l'histoire ici crée un peu de suspens. :)


    votre commentaire
  • Si vous aviez vu la peur sur leurs visages, la tristesse de leur cœur et la colère de leur actes, vous n’auriez pas résistés aux rires qui seraient venus vous serrez la gorge. Je suis si heureux ! Le premier mort du Jeu.

    Et ce ne sera pas le dernier.

    Maintenant, ils viennent de pénétrer dans le sas. Bientôt, ils trouveront la deuxième pièce, ses leurres, ses joies et ses dangers. L’excitation me gagne mais je dois être patient : ils sauront me divertir quand le moment sera venu.

    Mais n’oubliez pas : je surveille.


    votre commentaire
  •             Notre marche muette ressemblait à un cortège glauque. Axel brisa de nombreuses fois le silence mais il revenait toujours inlassablement, tel un pressage de malheurs. Epuisée par la peur, Haru s’était depuis longtemps endormie dans mes bras. Maude m’avait proposée gentiment de prendre le relais car mes bras s’engourdissaient. Nous avancions donc depuis maintenant ce qui paraissait être des heures, parmi de nombreuses horreurs. Je me demandais si cette pièce avait une fin, entre les étagères remplies de cafards et le sol surplombé d’eau croupissante.

                Ce fut Mil qui la repéra en premier : sa torche se faufilait dans l’obscurité. Il posa son rayon de lumière sur un point lointain tout d’un coup et se stoppa. Un sourire illumina son visage blafard et une étincelle d’espoir éclaira ses yeux bleus. Il s’exclama en sautillant :

    -Une sortie ! Là !

                Tous se retournèrent sur le mur surgit de nulle part, un peu plus loin. Mes sourcils se froncèrent et Jay s’approcha de moi, me murmurant à l’oreille :

    -Cette porte n’est pas un peu bizarre ?

                En effet, tout semblait transpirer le piège. Un éclairage brilla ce coin dangereux. Le carrelage gris habituellement dominé par des détritus, était d’une propreté incroyable. Il reflétait le plafond, tant il avait été lavé. Les murs avaient été repeins en blanc à cet endroit, essayant tant bien que mal de couvrir les nombreuses fissures et les tâches de moisissures suintantes ordinairement. Je peinais à croire que ce n’était pas un leurre. D’ailleurs, Raoul pensait comme nous :

    -Je n’ai pas trop confiance.

    -Pourquoi ? s’étonna Mil.

    -Tu ne trouves pas ce coin spécial ? intervins-je. Il est propre, repeint, etc. Alors que vu le reste de la pièce…

    -Justement, c’est peut-être pour nous dire qu’on doit aller par-là, pour accéder à la prochaine pièce.

                Alyson continua à se chamailler à ma place pour convaincre le jeune homme de ne pas y aller. Soupirant, il n’écouta pas nos conseils :

    -Si vous voulez finir comme la vache de tout à l’heure, c’est votre problème ! Moi je veux sortir et vivre une belle et longue vie, loin de ce cauchemar.

                Nous le regardions, abasourdi, s’élançant vers la sortie. Seulement plusieurs mètres nous en séparaient et pourtant, elle paraissait être inaccessible. Mon cœur battait vite et fort dans ma poitrine. Etait-ce de la peur ou de l’espérance ? Jay saisit ma main et me lança un bref sourire. Je pressai sa main autant qu’il pressa la mienne, tels deux êtres impuissants face aux évènements.

                Mil progressait maintenant lentement. Son courage et sa témérité du début s’étaient éclipsés face à la frayeur. Il se retourna vers nous, à mi-chemin : ses yeux océan transpercèrent l’obscurité. Maude l’encouragea bruyamment et son sourire revint sur cette peau de mort. Il se retourna et parcourut une courte distance.

                Alors, l’impensable se produisit : le carrelage soyeux se déroba sous Mil. Quatre plaques tombèrent dans un puit sombre sans fonds avec notre camarade, dans un cri aigüe. Aussitôt, tout le monde accourut, paniqués. Nous aperçûmes le jeune homme, au milieu de cette gueule noire ne souhaitant qu’avaler ce pauvre être humain. Il s’accrochait désespérément à une race d’arbre, trop bas pour que nous puissions lui venir en aide.

    -Mil ! Ne t’inquiètes pas, tu peux remonter, le rassura Jay.

                Mais nos visages effrayés trahissaient notre inquiétude. Réveillée par le hurlement terrifiant, Haru sanglotait maintenant, tout comme Alyson. Elles s’éloignèrent de la scène, avec Axel qui tentaient de les consoler. Seuls Raoul, Jay, Maude et moi restions près de Mil. Les deux jeunes hommes s’accroupirent près du gouffre et tendirent leurs mains vers l’adolescent perdu.

    -Allez, l’encourageai-je, essaye de monter un peu et attrape leurs mains.

                Des larmes coulaient sur le visage du condamné. Sa bouche se déformait en un rictus horrible et mon cœur se brisa. Je ravalai mes pleurs, il avait besoin de nous. Il tendit sa deuxième main vers la branche et la saisit fébrilement. Puis son pied tenta de trouver un point d’appui et il se hissa vers nous, la paume tendue.

                Mais la paroi en terre s’effrita et, quand Raoul frôla ses doigts, Mil retomba à son point de départ. Un craquement sourd se fit entendre et je ne pus réprimer un petit couinement : son épaule venait de se déboîter. Il grimaça de douleur mais tint encore bon. Nous l’incitions à gravir le mur, dans des gémissements pitoyables.

                Mais son bras le faisait souffrir, alors il gigotait pour attraper la racine de son autre bras. Elle ne résista pas et jaillit de la terre dans un éboulement qui vint flouter ses yeux. Il était maintenant beaucoup plus bas mais ses yeux luisaient dans l’obscurité. Mon cœur se déchira derechef. Je ne retins pas les gouttelettes d’eau qui jaillirent de mes prunelles bleutées. Jay fut le seul à encore y croire, même Mil avait abandonné. Alors, dans un cri de souffrance, il lâcha son point d’encrage. Jay hurla. Puis le silence revint. Avant d’entendre le bruit des os se brisant sur un sol dur.

                Quelques instants passèrent avant que Raoul, secoué, annonça :

    -Nous devons continuer.

                Il avait raison. Mil était mort. Il n’y avait plus d’espoir pour lui. Et nous devions vivre. C’est ce que j’essayais de me répéter pour clamer mes tremblements. Je venais d’assister à un décès abominable. Je fermai les yeux mais le bruit des os s’entrechoquant avec le sol revint continuellement. Axel revint avec la petite Haru qui demanda à se blottir contre moi. Je m’accroupis et la serrait fort dans mes bras, enfouissant mon visage dans sa chevelure noire. Elle rigola, sous l’effet des chatouilles que lui prodiguait mon souffle, inconsciente du danger qui nous attendait. Je me promis de tout faire pour la protéger. Puis, je me redressai après m’être quelque peu clamée, ce n’était ni l’endroit ni le moment, je devais rester forte.

                Maude traversa le carrelage avec la détermination de la colère avant de se poster devant la porte. Elle appuya sur la poignée.

                La sortie. Mil avait raison.

                Nous sortîmes tous de cette lugubre pièce, laissant le cadavre d’un jeune homme derrière nous. Je me retournai agitée vers l’immense trou qui semblait avaler nos derniers espoirs et quelque chose m’interpella. Comment Mil pouvait-il savoir qu’il y avait une autre pièce ?


    votre commentaire
  •             Je pris hâtivement ma carte avant de la ranger dans ma poche. Personne ne devait la voir. Je frissonnai en repensant aux conséquences que pouvait avoir ce morceau de papier. Un silence mortuaire s’était installé entre nous, seulement troublé par le vol des mouches. Maude le rompit :

    -Quelqu’un nous en veut.

    -En effet, répondit Jay, mais pourquoi ?

    -C’est flippant, chuchotai-je.

                Tous me regardèrent puis baissèrent les yeux. Mil reprit la parole, la voix tremblante :

    -Il faut qu’on sorte d’ici.

    -Oui, mais apparemment on est équipé pour rester pas mal de temps.

    -Mais peut-être que ceci n’est qu’une pièce et qu’elle a une porte ? proposa Jay.

                Il posa ses iris sombres sur moi, attendant mon approbation. J’hochai la tête, pensant que c’était une bonne idée. Alors nous repartîmes, traversant le carrelage sans fin, tantôt baigné dans du sang, tantôt grouillant de vers et d’asticots. Nous avions frôlé une étagère remplie d’insects morts. Nous avions croisé de la viande rouge en putréfaction où les larves se tortillaient de plaisir. Nous avions vu un bassin entier de larves vertes, qui émanait une odeur de mort. Plusieurs fois nous hurlâmes, notre voix aussi pâle que notre peau. La peur et le dégoût prenait le dessus sur la raison. Je ne retenais plus mes mains, démangeant mes bras avec frénésie. Les nerfs étaient tendus entre nous et Maude commença à s’énerver pour rien. Elle hurla à de nombreuses reprises sur Mil et Jay, qui ne répondaient pas, épuisés par l’effroi. Elle finit alors par s’attaquer à moi, balançant des méchancetés aussi effrayante que cette pièce. Je voulus protester mais Jay me devança et s’attaqua à elle verbalement. Je voulus les claquer pour se comporter aussi puérilement dans une situation aussi gravissime mais un grattement m’en empêcha.

    -Vous avez entendu ?

    -Quoi ? fit Mil, en se retournant vers moi.

                Les deux autres se turent enfin. La paix était revenue entre nous.

    -Le bruit : une sorte de frottement.

    -Il y en a tellement ici ! répliqua-t-il en glissant ses yeux bleus dans la pièce obscure.

    -On pourrait s’arrêter un peu ici ? demandai-je faiblement. J’ai vraiment entendu quelque chose.

    -Ok, soupira Maude en lançant son sac parterre, son calme retrouvé. De toute façon, ça fait longtemps qu’on marche, une petite pause ne serait pas de refus ! Cette pièce n’a donc pas de fin ? En faites, je m’excuse d’être aussi à fleur de peau.

                Nous nous assîmes sur le sol froid et humide, pendant que Jay fit une remarque sarcastique sur la notion de « à fleur de peau ». Un rire m’échappa et trois paires d’yeux se tournèrent vers moi. Cela me sembla tellement inapproprié que je ne pus m’arrêter. Un fou rire s’empara de moi et j’effrayai mes camarades. Je m’excusai dès que je pus retrouver la parole, essuyant les larmes qui coulaient maintenant sur mes joues. Je pleurai avidement mais silencieusement dans la pénombre.

    Une fois calmer, j’examinai les alentours, projetant ma lampe torche. Ce coin sentait l’urine et pour cause, nous nous trouvions au milieu de toilettes. Je dus me boucher le nez avec mon gilet noir, essayant de ne pas vomir. Je sentis les larmes remonter mais une tapette sur l’épaule me rassura : Jay essayer de ma consoler.

    Nous restâmes comme ceci longtemps, attendant peut-être une aide, peut-être un appel ou peut-être la mort. Chacun semblait perdu dans ses pensées. Notre vie passée, heureuse et innocente allait maintenant être bouleversée par les horreurs qui se languissaient de notre venue. Quelle allait être notre vie après ? Ponctuée de cauchemars inracontables, de frayeurs constantes et de cette incompréhension qui nous gagne ? Nos proches remarqueraient-ils que notre sourire avait disparu ? Que nous pleurions tous les soirs, seuls dans notre lit ? Cette vie paraissait terne et sans avenir. Mais il y avait pire.

    Et si nous nous en sortions pas ?

    Raclement.

    -Vous avez entendu ?! fis-je en bondissant sur mes pieds, trop heureuse d’interrompre le fil de ces pensées lugubres.

    -Oui, fit Jay, sur ses gardes. Il y a quelque chose et cela provient de là-bas, montra-t-il.

                Nous nous remîmes en route. Nous étions tellement épouvantés que personne ne faisait de bruit, nous retînmes notre respiration à plusieurs reprises. Cachée derrière les longs cheveux lisses de Maude, je n’osai bouger. Elle avait l’air de vouloir nous protéger, elle ressemblait à une guerrière antique. Même Mil restait légèrement en arrière d’elle. Son visage était défiguré par une curieuse expression que je ne sus définir.

                Planqués derrières un meuble rouillé, Maude expliqua son plan assez simple : à trois, on saute et on braque nos lumières sur le bruit. En cas de ripostes de quelques choses, nous devions être prêts à manier nos armes : des bouts de bois récupérés sur le chemin. Je trouvai ce plan basique mais efficace et nous étions tous d’accord pour le réaliser. Je m’accroupis en arrière, mon bout de bois dans les mains.

                1, mes doigts resserrèrent leur étau sur mon arme inoffensive.

                2, mes phalanges virèrent blafardes et une écharde protesta en pénétrant sous ma peau.

                3 !

    -Yaaaaah !

                Mon bond fut aussi héroïque qu’idiot. Aucun ennemi ne se tenait devant nous. Mes yeux s’écarquillèrent devant notre trouvaille : trois autres personnes se tenaient devant nous.

                Attachées.

                Mil fut le premier à régir.

    -Oh mon dieu ! s’écria-t-il.

                Il s’approcha d’abord du jeune homme puis le détacha doucement. Ses membres avaient changé de couleurs et des bleus apparaissaient sous les cordages. Nous nous réveillâmes de notre stupeur : Jay et Maude s’élancèrent vers la jeune fille tendit que je m’approchai lentement d’une petite enfant. Elle était complètement terrorisée, elle n’osait même plus parler ni pleurer. Je m’accroupis devant elle. Elle leva de grands yeux asiatiques devant moi, laissant tomber ses longs cheveux noirs dans son dos.

    -Salut, lançai-je avec un sourire, je m’appelle Claire, et toi ?

                Elle hoqueta plusieurs fois mais ne répondit rien.

    -Tu sais, je ne vais pas te faire de mal, je vais te libérer, mais je vais devoir m’approcher, tu es d’accord ?

                Elle hocha la tête doucement. Je passais donc mes mains dans son dos, rencontrant un sac à dos avec lequel elle était ligotée, avant de basculer son visage contre mon épaule. Elle se laissa faire, grelottante d’effroi. Je défis facilement le nœud et tout le monde fut libérer. Je voulus me relever, mais la petite s’accrocha à moi, d’une manière désespérée. Je la pris donc dans mes bras avant de me relever.

                J’aperçus devant moi un jeune homme grand et d’une beauté époustouflante, doté d’un sac à dos, comme nous. Il semblait avoir des origines magrébines mais ses yeux émeraude tranchaient avec la chaleur de sa peau et de ses cheveux. Il s’appelait Axel.

                Alyson était l’autre jeune fille, ayant à peu près le même âge que nous. Au premier abord, on pourrait croire qu’elle a douze ou treize ans, avec sa taille toute menue et sa blondeur candide mais ses yeux de tigresse trahissaient son âge : elle nous révéla qu’elle avait dix-sept ans.

    Après nous être présentés aussi, Maude prit la parole :

    -Nous sommes maintenant sept.

    -Et nous sommes tous jeunes, remarqua Axel.

    -Peut-être y a-t-il d’autres personnes ici ?

    -Peut-être fis-je. Mais pour le savoir, il faut partir de nouveau.

                Tous approuvèrent. Jay se plaça à mes côtés, voulant me décharger de la petite mais elle se cramponna à mon cou. Il prit donc son sac à dos. Maintenant que nous étions sept, la marche se faisait en parlant. Chacun racontait un peu sa vie, essayant de détendre l’atmosphère. Jay resta à ma hauteur et ne dit un mot, mais il me lançait quelques sourires encourageant. La petite finit par me faire confiance.

    -Haru.

    -Pardon ? chuchotai-je.

    -Je m’appelle Haru.


    votre commentaire
  •      Je ne me rappelle plus comment cette idée à germer dans mon esprit. Telle une petite graine, plantée dans ce grand désert aride qu’est mon cœur. Armée de courage, elle a prospérée lentement, jusqu’au point d’éclore, dans une belle rose rouge ponctuée d’épines. D’abord le sentiment d’avoir enfin trouvé le but de ma vie, puis cette haine, ces épines. Elle me fait mal parfois, puis je me rappelle de comment j’étais avant, et cela me console.

         Rien ne peut être pire que le désespoir.

         Alors je me raccroche tant bien que mal à cette idée, à ce plan. Demain, je le mets enfin en exécution ! Comme j’ai hâte. Hâte de voir tous leurs visages, d’enfin les rencontrer. Je n’aurai qu’un seul regret : ne pas voir le visage de leurs parents. Surtout quand ils découvriront la lettre que je leur ai laissé. J’y ai décrit toutes les atrocités du monde, et toutes les horreurs que j’avais vécues. Puis j’ai détaillé celles qu’allaient subir leur progéniture. Un sourire sadique se dessine sur mon visage.

     

         Oui, c’est mon seul regret.


    4 commentaires
  •      Ca y est ! Les premiers ont franchi la ligne de départ. Tel un marathon, ils devront fournir des efforts pour s’en sortir, s’ils peuvent s’en sortir. Comme moi dans le passé. Ils m’ont détruit, mais j’entraine la destruction. C’est un juste retour des choses.

         Je les observe dans l’ombre. Ils semblent ignorer le danger de ce bâtiment. Et moi, qu’est-ce que je ris ! Je les hais tellement mais je les aime affreusement. J’aime voir la peur envahir leurs petites lèvres, faire trembler leurs corps. Claire m’a vraiment rendu heureux : elle a vomi ! Devant un tel décor de théâtre, elle a été la seule à réagir ! Merci ma chère, je ferai en sorte que tu sois récompensée dans cette aventure.

     

         Vivement la suite !


    votre commentaire
  •             La porte venait de s’ouvrir sur une salle obscure. Notre joie de sortir de cet endroit confiné était gâché par l’odeur de pourriture qui émanait de cette pièce. Tout le monde émit des sons de dégoût. Jay s’avança le premier hors de la salle blanche. Ses cheveux bruns étaient devenus noirs. Il prenait un air aussi séduisant qu’inquiétant.

    -Venez.

    -Non, répondis-je. Il n’y a pas de lumière et ça pue.

    -Mais peut-être que la lumière s’allumera quand nous serons tous sortis d’ici, proposa Mil.

    -Comment ça ?

    -Eh bien, reprit-il d’un air gêné, la porte s’est ouvert peu de temps après de Claire fut réveillée. La salle semble réagir au fait que nous soyons tous réveillés. Si nous continuons sur cette théorie, l’éclairage apparaîtra quand nous serons tous dehors, non ?

                J’en restais bouche-bée. Il n’avait pas l’air à première vue, mais ce garçon était plutôt intelligent. Je n’étais d’ailleurs pas la seule à être étonnée puisque Maude lâcha un petit sifflement approbateur et sortit. Je la suivis, forcée d’avouer que cette théorie était bonne. Seul Raoul resta à l’intérieur.

    -Mil, dit-il, arrête de regarder des séries américaines.

                Et il posa un pied hors du carrelage pur.

                Le deuxième atteignit le béton sale.

                …

                Et la porte de notre minuscule pièce illuminée se ferma. Nous étions plongés dans le noir complet.

    -Et maintenant ? demandai-je. On ne va pas rester ici.

    -Tu comptes avancer dans le noir, sans savoir où tu es et où aller ? Même s’il y avait une issue quelque part, on ne pourrait pas la voir, grogna Raoul.

    -Je suis du même avis qu’elle, murmura Jay. Nous devrions avancer, peut-être qu’il y a une fenêtre ?

                Maude et Mil était aussi d’accord avec nous. Alors nous nous mîmes en fille indienne, se tenant tous la main. Jay était le premier, suivit de moi et Maude. Mil et Raoul fermaient la marche.

                Pendant quelques secondes, je fus rassurée par la paume chaude et grande de Jay qui paraissait me protéger.

     

    -Regardez ! cria Jay.

                Je regardai autour de moi avant de voir à ma gauche une ombre. Et qui dit ombre dit lumière. Nous avions trouvé quelque chose ! Tous s’élancèrent là-bas. Mais je préférais marcher plus lentement, la peur était synonyme de méfiance. Les voyant s’immobiliser, je m’approchais et jetais un coup d’œil par-dessus l’épaule de Jay.

    -Ne regarde pas !

                Mais trop tard. Je repartis dans le noir vomir une deuxième fois. Une lampe murale était accrochée au-dessus de vaches. De vaches mortes. Entaillées à la gorge, on leur avait aussi ouvert le ventre. Le sang s’était déversé sur le béton et avait séché, formant une couche brunâtre. Leurs yeux révulsés accueillaient des œufs de mouches, qui volaient au-dessus d’elles. Mais elles n’étaient pas les seules à avoir élu domicile dans ce corps en putréfaction : des vers grouillaient dans leur intestin, des asticots blancs qui gigotaient dans cette chaire marron.

                Des sacs trônaient sur elles tels quatre trophées. Cette mise en scène macabre était répugnante. Je vis du coin de l’œil Raoul qui était encore plus pâle que sa nature. Seule Maude, courageuse, récupéra les quatre sac-à-dos. Mil la dévisagea avec stupeur.

    -S’ils ont pris la peine de faire tout ceci, justifia-t-elle d’un mouvement de main, c’est que ces sacs sont importants pour la suite.

                Jay approuva cette thèse et prit deux sacs. Il m’en donna un et je fus surprise de le trouver aussi lourd. J’examinai d’abord l’objet, vérifiant que rien ne l’avait atteint, mais il était intacte, aucune bestioles y demeuraient. Je l’ouvris donc avec prudence et y découvrit de la nourriture, de l’eau, des chewing-gums, une lampe torche et des piles, ainsi qu’une enveloppe.

    -Vous aussi vous avez une enveloppe ? questionnai-je.

    -Oui, mais ne l’ouvrez pas, dit Mil. Ici, il y a un mot.

                Il me le passa et je pus lire à haute voix ce qu’il y avait écrit :

     

    Bienvenue dans le Jeu !

    Le Jeu est un nouveau concept dont le but est de sortir vivant des treize pièces qui se suivent. Il y a des règles, comme dans chaque divertissement, qui sont très simples :

    -Ne pas montrer sa carte à quelqu’un d’autre,

    -Ne pas lire sa carte aux autres,

    -Ne pas parlez du contenu de votre carte,

    -Respectez les défis,

    Toutes règles enfreintes entrainent la mort.

     

                Je frissonnais avant d’essayer de repérer un indice qui me permettrait de savoir à qui appartient ce sac. Mil y était brodé sur le devant. Je lui tendis et Maude ma passa le mien. Enfin, je pus décacheter l’enveloppe avant d’en extraire une carte plastifiée. Elle contenait mon nom et prénom, ainsi que ma date de naissance et une photo de moi. Enfin, en italique, une phrase capta mon attention : Illustre famille abandonnant ses ouvriers. Que signifiait ceci ? Je retournais la carte pour voir apparaître une chose encore plus étonnante : il y avait exactement les mêmes informations au dos.

                Mais sur mes parents.

     

    Mot de l'auteur

    Ca y est, ça commence! Le début des descriptions macabres. Si vous ne supportez pas ceci, ne lisez pas la suite. ^_^


    4 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique