• One Shot

  • Je sais que je suis encore jeune, mais après ce qu'il vient de se passer aujourd'hui, je me suis rendue compte que la vie pouvait s'arrêter à tout moment. Je rédige donc mon premier testament. Je le mettrai dans la poche intérieur de mon manteau, au fond de mon sac, coincé dans mon agenda, pour qu'il soit toujours avec moi, qu'il ne me quitte jamais. Ainsi, ce que je désire après ma mort sera exaucé et je pourrais reposer en paix.

     

    Il faut te dire que je n'ai pas peur de la mort, de toute façon je sais qu'elle arrivera à un moment impromptu, que je regretterai forcément de ne pas avoir vécu plein de choses, que je me dirai qu'il me reste beaucoup de temps à vivre. C'est à ce moment que l'on se rend compte de tout ce que l'on a pas dit à ses proches, tout ce qu'on a manqué de faire dans notre courte vie. Oui, le temps me manquera, oui j'ai peur de ne pas avoir assez de temps. Mais de la morte elle-même, je n'ai pas peur. Je l'affronterai et je me contenterai de mon sort. Et puis, depuis le jour où je t'ai parlé de Dieu, je me suis toujours demandée s'il y avait une vie après la mort. Certains diront oui, d'autres diront non. Et s'il y en a une, est-on conscient, comme aujourd'hui ? De la même manière ? Ou est-ce différent, plus une conscience léthargique, avec l'incapacité de réfléchir et d'agir ? Sommes-nous des âmes qui errent au grès de nos anciennes émotions, celles qui étaient dominantes lors de notre vie ? Peut-être même que nous intégrons une nouvelle enveloppe charnelle. Tant de questions sont sans réponses. Et je les découvrirai à ce moment précis.

     

    Si tu trouves cette lettre alors que tu n'es pas un de mes proches, je te pris de respecter mes demandes. Le mieux est de le rapporter à quelqu'un qui me connaît. Mais si cela est impossible, je te pris d'accepter mes souhaits. Ceux d'une jeune fille qui se fiche pas mal des formalités, d'une future jeune femme forte qui aimerait apporter autant de bonheur aux anciens qu'aux petits, d'une ancienne enfant qui verra ses désirs se réaliser. Savoir que je peux procurer du bonheur à ceux qui n'en ont pas m'apaise.

     

    Je veux être incinérée. JE veux que tu répandes mes cendres dans la forêt. Maman, tu sais combien j'aime la nature : l'air pur que l'on respire sous la cime des arbres, l'ombre procurée par les feuillages, les nombreux animaux survivants dans les milieux hostiles. J'aurai beaucoup aimé voyager, connaître des forêts tropicales, avec des insectes inconnus, des mammifères sauvages et des reptiles dangereux. Alors si tu pouvais me déposer en Amazonie ou en Australie... Je sais que je t'en demande beaucoup, et je te le demande à toi, amoureuse des arbres. Je sais que tu me comprendras. J'ai confiance en ça. Ainsi, je pourrais me volatiliser dans au grès du vent humide et me transformer en nymphe de l'eau. Je te protégerai depuis l'Amazone.

     

    Parlons de mon bazar, réglons la paperasse maintenant. Je sais que ma famille aura sûrement du mal à donner mes affaires. Je vous laisse quelques temps, faites votre deuil. Vous pouvez y arriver. Vous serez assez forts, et vous serez tous ensembles. Donnez mes affaires. Je ne veux pas que vous les vendiez. Mes biens ne sont pas là pour faire du profit mais ils sont là pour réconforter les familles, pour rendre le sourire aux enfants, pour apaiser les parents. Et je ne veux pas que vous les confiez à des organisations. Je n'ai pas confiance en eux. Combien d'associations ont vu leurs fonds détournés ? Je préfère que vous vous déplaciez chez les particulier, tel le Père Noël. Oui, vous serez un peu ça pour les personnes recevant gratuitement ces vêtements, mes jouets et même mes peluches. Vous serez cette petite part de bonheur que l'on a en recevant un cadeau auquel on ne s'attendait pas. Cette surprise, ce bonheur. Je veux n'être que du bonheur. Répartissez bien mes affaires: tout ne doit pas aller à une même famille et ce qu'ils voient doit leur plaire. Je sais que vous serez faire.

     

    Maman, j'ai un dernier secret à te confier : j'économise de l'argent depuis toujours, dans la petite boît en carton bleue. La première que tu m'es offerte. Il doit y avoir des centaines d'euros. Garde-les pour te faire plaisir. Ils sont à toi. Sépare-toi de mes affaires quand tu te sentiras prête. J'espère que tu respecteras mes souhaits.

     

    Je sais que ma mort ne sera pas facile, la vôtre n'aurait pas été mieux pour moi. Je pense surtout à toi Maman. Je veux que tu saches à quel point tu as été une mère merveilleuse pour moi. J'ai vu tous tes sacrifices, tout au long de ta vie. Je sais que tu m'as toujours fait passer en premier, que j'étais ton petit ange. Sans toi, je ne serai rien, je n'aurai rien été. Je ne serai pas devenue ce que j'étais. Je ne te remercie jamais assez. Je t'aime. Malgré nos petits chamailleries, malgré mes crises de colère, tu as toujours été la plus importante dans mon cœur. Et jusqu'au bout, tu auras été plus importante que moi. J'aurai tout fait pour te rendre heureuse et je suis navrée de t'abandonner ainsi. De te laisser à cette vie, avec le goût amer de l'injustice dans ta bouche. J'aurai aimé te rendre ta gaieté, te redonner le sourire que des années de malheurs ont effacé. Je suis désolée de t'avoir promis cet avenir radieux et que tu ne vois que du brouillard, de la pluie et de la grisaille actuellement.

     

    De là où je serai, je prendrai soin de toi. Même s'il n'y a pas de vie après la mort, je la créerai pour toi. Pour te protéger. Retrouve le sourire, c'est tout ce que je souhaite. Il y a une vie, une vie après moi. N'oublie pas que je t'aime.

     

    Ne m'oublie pas.


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  •   Jack était un homme. Il devait avoir la quarantaine, tout aux plus. Ses cheveux étaient grisonnants mais il aimait ça. L’âge lui avait donné une petite bedaine mais l’alcool qu’il buvait au cours de ses journées l’aidait. Les habits de Jack étaient usés, des trous et des tâches les ornaient.

      Nicolas discutait avec lui. Il trouvait son ami pitoyable car celui-ci demeurait soûl du matin au soir et du soir au matin. Nicolas, lui était bel homme. Ses cheveux noirs jais, ses yeux électriques empoisonneurs, ses muscles saillants, sa tenue toujours élégante, il était le chou de ses Dames. Il devait d’ailleurs laisser son ami pour rejoindre une amante.

      Le fiacre vint le chercher à la sortie du bar et il l’emmena au bord des quais de la Seine, dans une petite demeure bourgeoise. Mme. Flanelle l’attendait. Cette dernière était d’une vulgarité oppressante mais Nicolas aimait cela quelques fois. Elle avait des rides, mais une peau tellement douce et sensuelle, ses manières étaient sauvages et dominantes, même ses cheveux bruns tombant en cascade dans son dos lui donnait l’allure fatale. Flanelle portait, pour tout vêtement, un voile en soie japonais brodé d’oiseaux bleus qui fut rapidement retiré. Cette nuit là, il l’aima comme jamais il ne le fit.

      Minuit arrivant, le séducteur quitta la femme d’une quarantaine d’années pour rejoindre une jeune demoiselle qu’il retrouvait une fois par semaine au théâtre. Il faisait toujours la cour à celle-là en espérant l’épouser. Sa dot serait importante, en conséquent du statue de sa famille. Ils pourraient alors vivre aisément sans se soucier de ces préoccupations là. Il regarda de haute en bas Mlle. De Pontoise : toute fraîche et petite, ses habits la rendaient précieuse, le blond de ses cheveux illuminaient des yeux d’un noir aussi puissants que la nuit.

      Il se réveilla tard, ayant passé une courte nuit. Nicolas n’avait pas d’obligations ce matin. Il rejoignit donc Jack, son ami. Ce dernier avait déjà vidé la bouteille de whisky et en commandait une autre. Nicolas prit un bock. Ils discutèrent de tout et de rien : du mauvais temps qui s’étirait, des demeures royales de Paris, des femmes. Surtout des femmes.

                -Moi, j’ai perdu ma femme il y a quelques années, raconta Jack en faisant tourner  l’alcool au fond du verre. Tu l’aurais vue, tu en serais tombé amoureux du premier regard ! Elle avait une physionomie parfaite : elle possédait des fesses bien rebondies et des seins  aussi gros que cette bouteille. Ses cheveux s’effondraient le long de sa nuque en petits amas de bouclettes rousses, des tâches de rousseurs parsemaient ses pommettes hautes et sa peau pâle. N’oublions pas sa bouche charnue toujours de cette couleur rosée, brillante comme le soleil sur l’eau. Elle était magnifique ma petite Sophie, s’extasiait Jack perdu dans ses profondes pensées. Et ses qualités, elle en détenait des vraiment exceptionnelles : sa générosité surprenait toujours la gente, sa tendresse et sa gentillesse étaient débordantes. Elle était courtoise, élégante, gracieuse et bien élevée !

      Nicolas buvait chacune de ses paroles et rêvait de ce sublime ange qui aurait pu exister quelque part.

                -Je l’ai rencontrée dans un bal que donnait un ami à moi. Je suis issu de la noblesse, je suis neveu d’un duc, le savais-tu ? Je m’étais habillé avec mon plus bel habit : je portais un chapeau digne et un costume élégant. Quand je l’ai vu, mon monde s’est écroulé. Ma toilette était ridicule comparée à la sienne. Elle s’était parée d’une longue robe remplie de dentelle et de froufrous en coton. Elle était d’une pauvresse incroyable ! Et pourtant, cette parure bleue nuit la rendait vraiment fabuleuse. Nous nous sommes aimés aux premiers regards, aux premières paroles, aux premiers gestes.

      Jack s’arrêta quelques secondes pour vides deux verres d’un coup. Nicolas attendait patiemment, hypnotisé par le récit.

                -On s’adorait, notre passion était folle et interdite. On s’aimait avec ardeur et ferveur. De ces amours déments, déraisonnables, irrationnels et illogiques. On riait, Sophie était heureuse, je la cajolais, elle me choyait, j’étais bienheureux. Que je regrette cette vie ! Où les nuits étaient trop courtes et les journées trop éphémères pour combler notre manque. C’était parfait….

      Nicolas vit une larme, une perle coulée le long de la joue vieille et ridée de son ami. Une tristesse infinie le remplit et il eut une haine folle envers cette femme.

                -Mais malheureusement, le destin nous maudissait. Une journée chaude d’été où nous étions partis chez des amis proches en province, ma chère Sophie, ma tendre Sophie voulut faire un tour vers le lac dans les bois. Mais comme je souffrais de cette chaleur abominable, je refusais. Elle décida de partir toute seule. Elle me sourit avec son ombrelle blanche et sa robe en vichy jaune. Tellement élégante, tellement charmante… Elle est partie dans ce bois affreux. Elle y est rentrée et elle n’est jamais revenue…

      Nicolas le regarda, abasourdi, n’osant prononcée une malencontreuse parole.

                -Le soleil tapait fort ce jour-là, reprit Jack. Je partis faire un petit somme, épuisé par tant de chaleur, la peau dégoulinant de sueur. Ce n’est qu’en fin d’après midi où le soleil se couchait, imperturbable, que je vis mes chers amis rentrés, absolument affolés et choqués. On appela de suite la police. Je suis allé sur les lieux, son chapeau remplit de fine broderie flottait sur l’eau attendant que le courant l’emporte au-delà de la vie et au-delà de la mort.

      Jack commanda une bière, las et fatigué par une telle histoire. Nicolas ne sut quoi dire : il éprouvait tant d’émotions qu’il n’avait jamais ressentit au cours de sa pathétique et pitoyable vie.

      Il finit par quitter Jack.

     

      Le bourreau des cœurs ne vit pas son tendre ami pendant une semaine. Son travail lui prenait beaucoup de temps : il allait passer directeur d’hôtel d’ici quelques jours. Nicolas pensa tout de même à la solitude que le vieillard devait éprouver. Il se promit d’aller le voir au bar avant la fin du mois…

     

      Nicolas ne put tenir sa promesse. Sa promotion avait pris plus de temps que prévu et, par conséquent, le temps d’adaptation avait aussi augmenté. C’est au bout de plusieurs semaines qu’il alla retrouver Jack. Il se rendit au bar, prit un bock et le chercha du regard. Il ne le trouva pas. Il attendit plusieurs heures et finit par prendre des cafés pour rester assez lucide.

      A la fin de l’après-midi, il attrapa un serveur et le questionna :

                -Savez-vous où se trouve Jack ?

                -Je ne peux répondre, la vie des clients doit rester confidentielle, annonça-t-il en s’éloignant.

                - Répondez-moi ! cria le beau jeune homme en se lançant à la poursuite du serveur qui partait loin.

      Tout le monde le regardait, éberlué. Qu’en avait-il à faire ? Jack passait toutes ses journées ici depuis maintenant six ou sept ans et le voilà qu’il disparait, du jour au lendemain, sans aucunes explications ?

                -Monsieur est prié de se rasseoir à sa table en attendant que je vienne le servir, indiqua le garçon de table avec un éclair menaçant passant dans son regard orageux.

      Il croyait quoi, ce jeune insolent ? Qu’il allait se laisse faire ? C’était mal le connaitre. Le séducteur alla se positionner au comptoir, sous l’œil ébloui du barman aux longs cils encadrant de magnifiques yeux couleur herbe des champs tachetés de fleurs roses et bleues, et au décolleté trop plongeant pour être encore pure.

                -J’te serre quoi, jeune ténébreux ? demanda-t-elle d’une voix râpeuse qui sortit d’une bouche large et rouge.

                -Appelle-moi le directeur déesse, susurra Nicolas en passant son doigt sur la naissance de sa poitrine. Elle frissonna et s’exécuta. Lui, il soupira avec nonchalance.

     

      Le jeune homme sortit du café, enragé. Comment ce vieil ivrogne pouvait se permettre de planter son meilleur ami sans explications ?! Jack avait décidé de partir en laissant juste à peine un mot remplit d’excuses. Il rentra chez lui tard ce soir et complètement ivre. La lune était pleine et lumineuse, le ciel noir parsemé de lumière semblait narguer Nicolas. Il annula tous ces rendez –vous galants de la semaine sans aucuns remords malgré les nombreux soupirs éreintés de ces demoiselles accusant son absence.

      Ce soir-là, le jeune abandonné s’endormit avec grand mal.

     

      Il décida de s’asseoir à un autre café, un nouveau de son quartier qui venait d’ouvrir. A l’intérieur, il y avait une odeur de peinture fraîche et quelques poussières de travaux persistaient, il s’assit donc dehors. L’air frais de printemps était vivifiant aujourd’hui. Il  prit le journal et le feuilleta distraitement en buvant son café sucré. Jack l’inquiétait beaucoup. Il leva le nez de son bout papier car une femme criait sur son enfant de bien se tenir en publique. C’est elle qui se tenait mal à piailler au milieu d’une terrasse.

      Nicolas se rendit compte qu’il avait tourné plusieurs pages sans les lire. Il recommença donc le journal là où il l’avait arrêté, à la page « faits divers ». Il vit sur la première page« un homme tue son voisin à coup de couteau ». Le titre était écrit en gros, gras, imposant et oppressant comme s’il hurlait « Lisez-moi ! Lisez-moi ! ». Nicolas soupira et pris son café dans ses pâles mains. Il la porta près de sa bouche fine rosée mais se paralysa en voyant un autre titre, beaucoup plus petit qui devait murmurer « je ne mérite pas votre attention ». Néanmoins, le jeune homme lit l’article en écarquillant les yeux :

    Un amoureux retrouvé noyé dans un lac

      Un homme d’une quarantaine d’année aux cheveux grisonnants s’appelant Amiral Jack, a été retrouvé ce matin, mort dans un lac privé. Drôle de coïncidence car, en effet il y a maintenant dix ans jour pour jour, une jeune femme se noya également dans ce lac, y laissant sa vie et un futur mari. D’après certaines sources, il s’agissait de son fiancé, décédé aujourd’hui. Alors meurtre, accident ou suicide ? Une tragédie digne de Roméo et Juliette !

     

      Et c’est tout. A peine quelques lignes. Et un sarcasme à la fin. Nicolas en resta stupéfait. Il appela un garçon, paya et sortit de cet endroit lugubre.

      Son café avait pris un goût amer.

     

    Mot de l'auteur

    J'aime bien la fin, je la trouve mignonne et touchante, malgré le dram. Et vous, qu'en pensez-vous?


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  •             Elle était arrivée de nulle part, l’une de ses journées d’hiver où le ciel est aussi noir que les Enfers. Les flocons de neiges emprisonnaient le bitume de neige. Parmi ce contraste, David regardait le soleil interrompant son cours de danse. Maladroite et frivole, une beauté latine souriait malgré ses joues rouges, perdue à travers cette crinière brune. Il la laissa entrer, puis reprit son cours jusqu’à en perdre haleine. Il dansa, répétant plusieurs fois les mêmes gestes. Il préparait secrètement un nouveau ballet, et il devrait bientôt élire les participantes. Alors il les forçait à travailler plusieurs heures d’affilées, pour repérer la plus gracieuse dans le temps et la plus passionnée. Il resta concentrer deux ou trois heures, sous le regard perçant de la jeune fille étincelante, encore emmitouflée dans son gros manteau. Elle observa avec des yeux illuminés les corps somptueux et gracieux volant sur le parquet brut. Leurs pieds ne semblaient plus le toucher. Admirative, elle se laissa emporter par l’ambiance légère du lieu.

                David finit par libérer les jeunes demoiselles, abattue de fatigue, leur peau pâle perlée de sueur. Elles toisaient avec envie cette belle déesse pulpeuse, sortie du néant. Toutes auraient voulu ses formes voluptueuses, sa peau caramel et ses yeux en amande, dont elles n’arrivaient pas à reconnaître la couleur. Ils paraissent tantôt verts, tantôt bleus. L’une s’exaspérait devant sa poitrine généreuse et une autre s’étonnait de son allure sensuelle. Elles chuchotèrent quelles vulgarités à son égard, pouffant derrière leurs yeux de diablesses.

    Le beau David s’approcha de l’adolescente perdue. Encore trempé, ses cheveux noirs collaient sa peau noisette. Lui aussi avaient de superbes yeux verts, la couleur de l’herbe en automne, chatoyante. Quelques danseuses voulurent se rassurer, en pensant que c’était sa sœur, mais le professeur n’avait jamais vu cette beauté. Alors elles n’eurent plus aucune compassion pour ce nez rougie de froid. L’envie et la jalousie transperçaient de leur corps.

    -Qui es-tu ? lui demanda doucement David.

                La jeune fille plongea son regard dans ses prunelles sortie de la nature. Son cœur eut un raté. C’est le bon, se dit-elle, perdue entre les battements frénétiques de son cœur, et la peur tordant son estomac.

    -Je m’appelle Salomé et je suis danseuse.

                Des ricanements se firent entendre. Comment pouvait-elle avoir l’élégance d’une danseuse avec autant de kilos et cette maladresse poisseuse ? David lui-même douta de sa franchise. Alors, dans un air de défi, il lui répondit :

    -Montre-moi, Salomé.

                Ses yeux s’écarquillèrent autant de surprise que de peur.

    -Maintenant ?

    -Oui, répliqua-t-il avec aplomb.

                Elle se leva, tremblotante. Elle demanda les vestiaires et s’éclipsa. Les autres jeunes filles, avec leur venin de convoitise, gloussèrent quand elles la virent disparaître. Elles savaient que c’était du bluff et qu’elle s’était enfuie ! Les murmures allèrent de bon train mais se turent de stupeur quand elles l’aperçurent revenir.

                Sous son long manteau gris, Salomé ne portait qu’une courte robe feu en soie. Elle était brodée de fins cristaux en or et en dimant, entourant le contour de ses courbes généreuses. Virevoltante, elle laissait beaucoup trop entrevoir sa cuisse d’une manière assez indécente. Tout comme sa poitrine, moulée et oppressée dans un tissu trop fin. Un décolleté de paillettes plongeait jusqu’à la naissance de ses seins, laissant apercevoir un grain de beauté érotique.

    Dans la lumière tamisée du gymnase, Salomé prenait un air sauvage.

                Puis elle leur tourna le dos. D’abord, ils ne virent qu’une longue cascade d’eau noire, cette chevelure qui semblait ruisselée de plaisir. Ses boucles noires hypnotisaient telles des ronces de roses rouges, flamboyantes. Puis Salomé écarta cette tentation soyeuse et épineuse pour laisser admirer la courbe de ses reins. L’ébauche de son fessier frustrait les voyeurs : la robe était découpée de telle sorte que l’on avait envie de l’arracher.

    La jeune fille descendait du soleil, lumineuse, flamboyante, brûlante, sensuelle.

    Puis elle commença sa danse macabre. Torride et animale, elle abandonnait ses courbes au rythme de la musique, transportant l’assemblée dans un tourbillon d’émotions. Elle remua son corps, tantôt dans une lenteur insatisfaisante, tantôt dans une ardeur inassouvissable. Captivante et envoûtante, Salomé se déhanchait sous les paires d’yeux, sans aucune honte ni gêne. David pensa qu’elle serait parfaite pour son nouveau rôle. Puis la musique se stoppa net, tout comme la déesse de l’érotisme. David se rendit compte que de la sueur venait d’apparaître dans sa nuque.

                Essoufflée, elle ouvrit une bouteille d’eau et but goulûment. Un mince filet coula sur sa poitrine, pour une dernière touche de jouissance. David eut beaucoup de mal à se contenir. Elle traversa la pièce, avec l’assurance d’une divinité, prit son manteau et partit sans un mot.

                Le gymnase fut silencieux longtemps, chacun essayant de reprendre ses esprits. Les danseuses partirent les première, laissant le jeune homme seul, écroulé sur le parquet. Il regretta de ne pas l’avoir retenue, mais c’était ce qui se passait à chaque fois, avec Salomé. Et à chaque fois, elle laissait tomber un bout de papier. David la ramassa, comme tous ceux avant lui.

                Une heure.

                Un jour.

                Un lieu.

                David avait rendez-vous avec elle.

     

                Le jeune homme l’attendait, fébrile, dans un bar délabré. Il sirotait un sirop, préférant oublier l’alcool. Il était complètement charmé devant cette femme et il voulait garder tous ses moyens, pour la séduire comme il le faut. Peut-être même accepterait-elle de venir dans sa troupe, d’apporter cette touche qui lui manquait tant ? La folie. L’amour charnel.

                Elle entra vêtue d’une longue robe noire. Elle était d’une élégance inappropriée. David se sentit gauche, tout comme devait l’être le bar. S’installant sur un tabouret défoncé, elle commanda un alcool fort. Puis elle le salua et tous deux discutèrent longtemps. De la vie, du passé et de l’avenir. Il lui parla de son enfance désastreuse, avec un père violent et une mère trop aimante, il lui parla de sa passion pour la danse, de son exutoire. Puis il lui révéla ses échecs en amour. Alors il se contentait d’être célibataire, de monter des projets.

    -En ce moment, je recrute des danseuses pour un ballet.

    -Un ballet ? s’étonna-t-elle.

    -Oui et… hésita-t-il, j’aimerai que tu en fasses parti.

                Salomé fut surprise. Elle réfléchit quelques minutes à la proposition.

    -Et si nous allions chez toi pour en parler ? J’aimerai connaître l’histoire et mon rôle.

                David paya puis sortit le premier. Derrière lui, Salomé esquissait un rictus.

     

                Ils arrivèrent dans un petit loft de la capitale. David avait peu d’espace mais le loyer était convenable, alors il restait dans cette chambre, sous les toits, admirant les étoiles parfois. Il invita justement Salomé à le rejoindre. L’air frais de la nuit les fouetta tendrement, mais il abaissait l’ardeur du jeune homme. Sous cette lune brillante, ils échangèrent leur premier baiser. Puis un deuxième. Salomé lui mordit doucement la lèvre. Il tenta de caresser son dos, dans la chaleur du baiser. Elle lui arracha sa chemise. Il l’entraina vers le lit. Elle le poussa dessus avant de s’asseoir à califourchon. Il éjecta ses escarpins.

                A moitié nu, dans la ferveur de la nuit, il ne l’avait pas senti. Il continuait à l’embrasser, à étreindre cet ange déchu, cette belle déesse transformée en diablesse pour la soirée. Mais ce n’était pas sa faute : elle l’avait envoûtée telle une sorcière maléfique. Ses doux filets sensuels s’étaient renfermés sur lui, comme une araignée et sa proie.

                Les beaux yeux bleus de David s’écarquillèrent. Sa tête vola. Son corps resta sous Salomé.

     

    Mot de l'auteur

    Je me suis inspirée d'une nouvelle que j'avais lue (elle-même inspirée d'un mythe de la Bible). Si vous avez aimé, lisez Trois Contes, de Flaubert. ^_^ La dernière nouvelle.


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  • Cambria se regarda dans le miroir qu’elle nettoyait. Issue d’une famille pauvre, de parents sans grand luxe corporel, elle avait gagné d’un côté absolument inconnu de grands yeux verts et des cheveux paille. Mme. Bernant, sa maîtresse, la complimentait souvent sur sa beauté rayonnante.

    Cambria secoua la tête. Ce n’était pas son genre de rêvasser au lieu de travailler. Elle passa énergiquement le balai dans la pièce. Il lui en restait deux et elle avait fini. Après elle pourrait partir manger et elle se mettrait au service de sa Dame pour l’après-midi. Mme. Bernant avait décidé d’augmenter la jeune femme au niveau de gouvernante. Elle serait vraiment très honorée car gouvernante est un grand prestige qui n’est attribuée à très peu de jeunes filles ou femmes. Elles sont alors reconnues dans le pays entier et leur nom est connu de tous. Cambria était déjà très populaire dans sa région. Mais ce serait au niveau national, si elle parvenait à obtenir ce titre. La jeune femme redoubla d’efforts, enthousiasmée.

    Quand elle eut mangé, elle s’arrêta quelques minutes devant une fenêtre. Sa Dame vint la rejoindre et s’assit sur un fauteuil, face à elle. Dans son petit village, l’hiver était très rude. Aussi la Maîtresse l’autorisait-elle à boire le thé autour du feu avec elle. Mme. Bernant, de son prénom Berthe, était une femme sans enfant la trentaine passée. Elle était une magnifique femme pour son âge. Elle était pourtant d’une banalité surprenante mais son assurance se voyait sur sa peau. Elle en avait d’ailleurs une d’une pâleur extrême-que Cambria enviait- et ses cheveux contrastaient énormément, d’une couleur semblable à l’encre sur le papier. Ses yeux, eux aussi, étaient noir comme les corbeaux qui volent au-dessus d’un cimetière. Mme. Bernant pouvait faire extrêmement peur.

    Mme. Bernant était une femme excentrique. Cambria n’a jamais vraiment compris pourquoi elle lui faisait toujours faire des choses improbables. Elle demandait souvent à à la jeune femme de partir faire des courses dans un autre pays tout ça pour aller acheter des poireaux. Mais que pouvait bien faire Mme. Bernant pendant les trois semaines qui les séparaient de la frontière allemande ? Cambria se le demandait souvent mais elle devait rester discrète : c’était une bonne domestique.

    Le soir vint et la demoiselle était épuisée. Sa journée avait été dure et épuisante. Maintenant, Cambria voulait prendre un bon bain. Elle n’y avait le droit que deux fois par semaine et elle voulait qu’il est lieu le soir, juste avant de dormir, pour se détendre. Elle allait, après, se coucher.

        -Cambria ! Peux-tu venir ici, s’il te plait ?

    Cambria retint un soupir. Ce n’était pas bien, elle était payée et logée ainsi que nourrie pour ce travail. Et puis la Maîtresse était aimable et gentille comparée à d’autres patrons que Mme. Bernant avait eu pour amant.

        -Que puis-je faire pour vous ? questionna-t-elle d’une voix fatiguée.

        -Excuse-moi de t’importuner mais arrête déjà de parler si formellement. Je veux te faire passer au rang de gouvernante. Dans une semaine, il y aura la cérémonie. Tu n’auras plus qu’à accepter, sourit-elle. Je voulais te prévenir. Pour que tu puisses t’acheter une tenue. Je voulais aussi t’annoncer mon mariage avec le Comte Gaël. Il possède de nombreuses demeures, des châteaux et même certaines parties du pays. Je compte sur toi pour être agréable avec lui. Il viendra te chercher demain et tu partiras pour la semaine. Tu ne reviendras que lors de la cérémonie.

    Cambria ne put retenir plusieurs exclamation et certains mouvements qui fit sourire la Maîtresse, et bientôt Comtesse ! Mais Mme. Bernant n’avait pas fini avec les surprises. Après tout, elle était bien anormale !

        -Mon mariage aura lieu le même jour que ta cérémonie. Il y aura donc ta famille mais aussi la mienne, toutes mes connaissances, mes amis et mes ex-amants. Tu dois faire bonne figure.

        -Pourquoi, s’étrangla-t-elle avant de se reprendre. Pourquoi dois-je aller chez M. le Comte ?

    Berthe rit. De bon cœur, elle était heureuse et amoureuse.

        -Mais, enfin, pour te trouver une robe !

     

    Cambria avait sorti sa plus belle parure sous les ordres de Berthe. Elle pouvait désormais l’appeler par son prénom. Elle attendait par se froid glacial soutenu par le vent gelé, le Comte. La Maîtresse était aussi voir plus impatiente qu’elle qu’il arrive. Cambria était curieuse, voulant donc voir à quoi il ressemble, et Berthe était amoureuse, voulant lui sautée dans les bras.

    Enfin, après ce qui parut une éternité, un carrosse arriva. Des rideaux sombres et épais cachaient l’intérieur. Elle ne pouvait rien distinguer. Puis, il s’arrêta. Elle vit d’abord une chaussure élégante qui devait surement coûtée plus chère que le moyen de transport lui-même. Il était surplombé d’un pantalon noir. Suivi une main blafarde ainsi qu’une manche sombre et l’homme sorti. Cambria crut vomir. Cet homme et cette femme ?! Berthe et le Comte Gaël ?! Tout de suite, Cambria n’approuva pas ce mariage. Elle voulait le bonheur de sa Maîtresse et le sien.

    Dans les trois têtes présentes, leurs pensées se mirent à s’actionner rapidement. Ils ne leur restaient qu’une semaine après tout…

     

    La maison du Comte était magnifique. Elle était remplie de bois sombre mais cher, de tissus chics, de meubles élégants et imposants. Elle était parfaite. L’extérieur n’avait rien à redire. Il était aussi improbable que pouvait l’être l’intérieur. Mais Cambria s’y était attendu, vu les habits que portaient Monsieur.

    Berthe avait dit d’être aussi au service du Comte, qui n’avait personne. Il faisait tout lui-même. Cambria trouvait cela révoltant. Tout compte fait, Berthe n’était peut-être pas la plus anormale du monde.

     

        -Monsieur veut un peu de thé ? Je vais m’en faire. Si vous voulez je peux tout aussi…

    Cambria s’interrompit de peur de troubler l’instant. Il faisait nuit dehors à cause de l’hiver bien avancé déjà. Le Compte Gaël avait donc allumé les bougies qui créaient une atmosphère douce qui rendaient les émotions de la jeune fille confuses. Elles plongeaient la pièce toute couverte de tissus noirs et de meubles foncés d’un bois venu de l’étranger dont La demoiselle ne savait rien, dans une pression inhabituelle. Bientôt, la charmante demoiselle se mit à suffoquer à tel point qu’elle ne respirait plus normalement. Le regard de Gaël était lourd si bien qu’elle finit par s’écrouler à terre. Mais au lieu de se conduire en parfait gentlemen, le Maître disparu derrière une porte d’ombre.

     

    Le lendemain matin, Cambria n’en revenait toujours pas. Que s’était-il passé ? Pourquoi diable n’était-il pas venu lui apporter un verre d’eau ? Elle avait passé une nuit à ressasser les incidents de la veille sans parvenir à comprendre. Tout c’était passé si vite sans aucune raison.

    La journée passa rapidement. Le Comte sortit pour les affaires et elle resta se reposer. Elle eut le loisir de visiter entièrement la demeure de Monsieur. Elle fit le ménage dans certaines pièces et prépara un bon repas. Ne trouvant plus rien à faire, elle se rendit dans l’immense bibliothèque qu’elle avait découverte. Elle parcourue les étagères des yeux. Tous ces livres ainsi empilés donnaient au lieu une allure étrange, presque surnaturel. Cambria repensa aux évènements de la vieille. Les pesantes prunelles bleues électriques. La fine bouche droite rosée. Sa peau aussi pâle que la neige…

    Elle n’eut pas le temps de parvenir jusqu’à sa chambre noire. Elle s’écroula devant la porte écrasante du salon. Les flammes des bougies qui dansaient devant ses yeux verts s’effacèrent subtilement.

     

    La première réaction de Cambria consista à se redresser brusquement. Des mèches paille lui collaient le front, des larmes de sueur coulaient le long de sa nuque pour aller se nicher dans le creux de ses reins. Elle releva ses pupilles indéfinissables vers des yeux électriquement inquiets. Leur respiration se fit plus lourde.

        -Je vais servir le repas Monsieur mais laisser moi le temps de faire une légère toilette, annonça-t-elle en repoussant les draps.

        -Non ! cria-t-il avec un infime mouvement en avant.

    Cambria compris trop tard. Elle fixa ses jambes nues et ses sous-vêtements négligés. Elle tira la couverture énergiquement vers son corps à demi-nu ne sachant plus quoi penser. Elle courut alors vers la salle d’eau et s’enferma dedans.

        -Cambria ! S’il te plait, ouvre-cette porte.

        -Vous m’avez arraché mes vêtements ! hurla-t-elle en tremblant. J’étais dévêtue avec vous Gaël, à mon chevet !

    Son souffle se fit plus douloureux, plus pénible pour elle. La demoiselle attendait une réponse de son charmant ravisseur. Il n’y en eut aucune. Elle l’appela à plusieurs reprises. Il ne répondit pas. Sa démarche était si vaporeuse qu’il aurait très bien pu repartir qu’elle ne l’aurait pas entendue. La gouvernante entrepris donc sa toilette.

    Le Comte revint frapper à petits coups inaudibles.

        -Tu devrais avoir besoin d’une tenue, déclara-t-il timidement.

    Il lui tendit un tissus bleu Prusse. Cambria regarda la robe remplit de dentelles couteuses, de froufrous faits d’une main experte. Elle le remercia et l’enfila rapidement mais avec prudence : Berthe ne pourrait jamais repayer une robe aussi chers.

     

    Voilà maintenant cinq jours que Cambria était chez le Comte. Elle avait oublié le temps et ne pouvait plus se passer de Gaël. Elle comprenait la Maîtresse : un tel homme faisait naître passion et frénésie. Elle avait eu le temps de percer sa carapace et elle voyait très bien en dessous un mari peu stable, à la conquête de femmes. Dans la rue, il s’arrêtait à chaque demoiselle pour l’asphyxier de compliments qu’elle ne pouvait plus supporter. La servante remarquait aussi les petits sourires en coin et les clins d’œil passant des dames aux bras d’hommes tous plus riches les uns que les autres.  Elle apercevait également son mépris pour les classes inférieures.

    Cambria discernait tout cela. C’était la véritable apparence du Comte Gaël. Enfin, c’est ce qu’elle essayait de se persuader…

        -Voulez-vous du thé Monsieur ? se renseigna le demoiselle avec délicatesse.

        -Sais-tu que demain nous devons partir pour le mariage ? Cela ne te fait-il aucun effet ?

        -Non Monsieur, j’ai du respect pour vous et j’approuve le mariage de Madame. Pourquoi cela devrait-il me faire le moindre effet ?

    L’homme se leva de son fauteuil en soie rouge sang. Il s’approcha de Cambria à tel point que celle-ci préféra reculer. Il s’en aperçut et continua à avancer jusqu’à que sa prisonnière se retrouve bloquée dans le coin sombre du salon. Elle fit basculer la petite table sur laquelle reposait un vase en marbre noir. Les débris vinrent s’écraser sur sa botte en cuir bleu que Monsieur avait achetée pour elle. Son haleine se répercutait sur la poitrine de Gaël. La servante pouvait ressentir l’odeur de son supérieur : l’odeur des cendres.

        -Te souviens-tu que tu m’aies dénommé « Gaël » ? Mon prénom, ma Chère, est destiné à ma douce et bien-aimée. Te rappelles-tu ton malaise ? Songeais-tu à moi, impitoyable séductrice ? Ma voix vous trouble-t-elle jusque dans les profondeurs de votre âme ? Mes yeux vous distrait-il au point de non-retour ? Mon odeur te griserait-elle dès qu’elle parvint à votre cœur exquis ? Cruelle demoiselle, insatisfaite enfant ! Comme je vous envie, vous et ton amour passionné. La vie n’est pas si simple comme vous devez le penser. Je n’ai pas eu le choix, que Dieu pardonne ma tentation et mon égoïsme mais qu’il excuse également votre attraction et votre infidélité. Toi, la gouvernante parfaite ? Laisse-moi rire ! Cambria, jeune beauté, parfait éclat, magnificence et somptuosité, vous venez de voler un bien de votre Maîtresse. Délicat cannibale, monstre raffiné ton visage m’a charmé, ta voix m’a ensorcelé, ton parfum m’a envouté. Je n’ose parler de vos cheveux lumineux qui ont emprisonné le soleil ainsi que de votre corps sublime qui nourrit les fantasmes des hommes, de peur de finir en enfer à cause du péché de la luxure. Mes sentiments et mes émotions dénoncent l’appétit abominable qui m’envahit. J’ai honte de moi, j’ai honte pour vous. Mais que me voulez-vous ! Qu’ai-je donc fait pour que vous apparaissiez, semblable à l’ange de la mort, sous mes yeux éberlués ? Vénus m’a poignardée de sa flèche. Je ne peux rien contre elle. Le diable est entré en toi : il t’a donnée l’harmonie mortelle. Tu ne peux rien contre lui. J’ai tellement peur de  ces sensations si confuses ! Je vous veux mais je te hais. J’avais promis mon cœur à votre Maîtresse, mais vous me l’avez arrachée. Cambria, vous m’avez ôtée la solitude et pourtant je ne veux point de vous. Je voulais épouser cette femme riche à l’allure impitoyable et insensible. Mais, tel un mal incontrôlable, désir brûlant et affection incendiaire se sont rencontrés en toi, devant mes pauvres prunelles égarées. Que vais-je faire maintenant que tu as déserté mon miséreux amour ?

    Cambria resta sans voix devant cette longue tirade de Monsieur. Son discours était confus, il mélangeait le vouvoiement et le tutoiement. Il semblait se battre avec lui-même. Elle s’appuya contre le mur en tissus. Tant pis si elle l’abîmait. De toute façon, s’en était finie d’elle. Le comte Gaël irait tout avouer à Berthe. Son métier, sa chance d’être connu, sa gloire. Tout, absolument tout était terminé. Elle glissa jusqu’à que sa jupe pourpre rencontre le parquet en bois. Des perles coulèrent le long de ses joues rosies par le discours de Gaël. Ce dernier la laissa seule avec ses remords, ses angoisses et ses rêves perdus.

     

    Cambria ouvrit sa porte. Son pied se déposa sur les terres connues de son pays. Elle vit sa Maîtresse et ne put s’empêcher de faire une révérence. « Cruelle demoiselle » : Gaël l’avait appelé comme cela et il avait bien raison. Berthe, cette femme si belle et si gentille, avec sa générosité à toute épreuve et son rire qui raisonnait si souvent dans l’enceinte de la maison. Cette femme qui l’envoyait faire des commissions de trois semaines, qui l’interdisait de venir la voir à certain moment, qui était beaucoup plus qu’anormale mais c’était cela son petit charme ! Voilà que la servante allait la trahir.

    Cambria avait signé le papier. Elle appartenait dorénavant  à Monsieur le Comte Gaël. Mme. Bernant Berthe n’était plus rien pour elle, elle n’avait plus aucune autorité dessus. Enfin si la Dame signait le dernier papier. Le dernier papier. Elle ne savait plus quoi penser. Gaël manipulait les gens avec aisance. Et s’il l’utilisait, elle aussi ? Elle ne pouvait pas y penser, pas après le discours d’hier. C’est elle qui le dominait, pas elle qui était dominée.

    La gouvernante préféra attendre dehors. L’entretien serait trop atroce. Elle vit Gaël prendre le bras de Berthe. Il se retourna discrètement pour lui adresser un clin d’œil secret.

     

    Cambria était rentrée dans le carrosse le temps de l’entretien. Il devait avoir duré une bonne heure. Le jour déclinait dans le ciel gris noirâtre. Dehors le vent glacial fouettait les cheveux noirs de Mme. Bernant. Elle le retenait par le bras. Ses larmes roulaient sur ses pommettes. Cambria lui trouva un air changé : plus terne, plus vieille. Le Comte l’embrassa sur la joue puis sa maîtresse s’écroula sur le sol. Cambria émit un petit couinement, telle une souris prise au piège du chat. Elle cria au carrosse de s’élancer, mais le valet n’écoutait rien : il semblait hypnotisé. Elle était tombée amoureuse du diable. Effrayée, se larmes roulaient bruyamment sur ses pâles joues rosies, attendant elles aussi, qu’il vienne prendre possession de son corps

    Puis Cambria vit une fumée sombre sortir des lèvres de Mme. Bernant. Abasourdie, elle ne savait que penser, jusqu’à ce qu’elle entende un hurlement strident retentir dans la campagne glaciale. Gaël s’éloigna du corps inerte de Berthe avant d’ouvrir lentement la portière.

        -Qu’êtes-vous ? murmura-t-elle.

    Il lui sourit tendrement.

        -Un serviteur des anges ?

                Puis il prit son visage entre ses larges mains d’homme et l’embrassa amoureusement, avant d’ajouter plus sérieusement :

        -Acceptez-vous de combattre les démons à mes côtés, cruelle demoiselle ?

     

    Mot de l'auteur

    Je trouve cette histoire légèrement érotique, même s'il ne s'y passe pas grand chose de sexuel. Je trouve que j'ai créé une atmosphère oppressante qui chamboule les émotions. Qu'en pensez-vous?


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  • Jour 1

                Je suis dehors. Je ne sais pas pourquoi, mais je danse sous la pluie. Je suis heureuse. La fille la plus heureuse au monde ! Et puis, tout d’un coup, on me tire le bras. Je rentre chez moi. Dans ma nouvelle maison. Celle que mes parents viennent d’acheter. Je ne suis plus très heureuse mais contrariée. C’est un homme. Je ne le connais pas. Et il me frappe. Il crie, mais je ne sais pas ce qu’il crie. Je le hais. Je le HAIS ! Il me pousse violemment, ma tête se cogne contre un coin et…

                C’est mon hurlement qui me réveille. Ma mère vient me voir, elle est inquiète. Elle ne comprend pas pourquoi je n’arrête pas de faire des cauchemars dans cette chambre, ma nouvelle maison. Et moi non plus, je ne comprends pas. Je fais toujours ce même rêve.

                Elle part se recoucher, inquiète. Moi je ne me rendors pas, j’ai trop peur. Peur de mourir. Encore une fois. Alors je prends un livre, ou j’étudie en attendant. C’est de plus en plus dur. Aujourd’hui, j’en ai marre de ce rêve. Alors je prends mon ordinateur et je tape « rêve répétitif ». Je tombe sur tout un tas de forum et d’interprétations folles.

                Et je trouve ce que je cherche.

    « Il arrive parfois, lorsque vous venez d’emménager dans une maison, que vous fassiez un rêve précis, plusieurs fois. Il peut être heureux, ou affreux. Dans les deux cas, il faut absolument s’en débarrasser. C’est sûrement un esprit contrarié qui essaye d’établir une connexion. Peut-être êtes-vous plus réceptif que les autres. Mais il vous a choisi et rien ne pourra le faire partir, sauf réalisez son souhait. S’il essaye de vous parler, c’est qu’il a quelque chose à accomplir dans le monde des vivants. »

                Je ris. C’est tellement absurde ! Et pourtant, rien n’est plus vrai que ce qui est dit ici. Je prends peur. Comme contacter un esprit ? Je vois tout un tas de rituel macabre, avec des sacrifices et tout et tout. Du coup, je prends la décision de faire un pentacle en sel autour de mon lit, ce soir, et de le laisser venir. Après tout, c’est lui qui veut quelque chose, pas moi ! Moi je veux juste dormir…

     

                J’attends que tout le monde dorme. Je suis épuisée. Il doit être 23 heures lorsque je me faufile hors de ma chambre et que je descends. Je prends le sel et les clés de ma chambre. Je pourrais difficilement expliquer à ma mère pourquoi je hurle dans mon lit, avec du sel autour…

                Puis je remonte. Je m’enferme et trace mon cercle. J’ai appris une ou deux phrases qu’il faut dire lorsqu’on forme les pointes de l’étoile. Je marmonne et éteins la lumière avant de me faufiler sous la couette. Je me dis qu’avec la peur qui me ronge, je ne dormirai jamais. Et pourtant, à peine les paupières fermées que je sombre dans un lourd sommeil…

     

      -Roxane !

                On m’appelle. Je me retourne partout et cherche la voix. Je suis dehors. Il pleut. Puis je le vois. Je cours vers lui, il est abrité sous un arbre. La première chose que je vois, c’est son collier. Tout en émeraude et or, il est assez neutre pour être porté par un jeune homme. Ce sont de petites  gouttelettes qui ont l’air de couler sur sa peau.

    -Je m’appelle Gabriel, précise-t-il.

    -J’aime ton collier.

                Il sourit. Je remarque enfin ses yeux caramel et sa peau de même couleur. C’est joli. D’avoir une couleur. Il a l’air chaleureux. Même avec ses cheveux jais.

    -J’ai besoin de toi, dit-il sérieusement.

                Il n’est pas trop habillé à la mode. On dirait une chemise que pourrait porter mon grand-père sur une photo de jeunesse.

    -Tu dois m’aider.

                Je regarde l’eau couleur dehors. Pourquoi je n’ai pas froid ? Je porte seulement une robe légère. Ah ! C’est parce que je ne suis pas mouillée…

    -Tu dois tuer quelqu’un Roxane.

                Mais j’étais sous la pluie, non ?

     

                Je me réveille en sueur. Je n’avais pas crié. Je regarde l’heure : 4 heures 34. Il ne me reste qu’à nettoyer tout ce sel. Quelque chose pourtant me trouble : je ne me rappelle de rien, mis à part un collier émeraude. Un magnifique collier aux gouttelettes perlant sur sa peau caramel…

     

    Jour 2

                Je continue mes recherches ce soir. C’est un fantôme, j’en suis sûre maintenant ! Mais je ne connais pas la mission qu’il m’a confiée. Je ne me rappelle de rien ! Et je suis toujours aussi fatiguée. Alors que je fixe mon écran, je me sens glisser dans mes rêves. Il est là. Sous un arbre. Il s’abrite. Je suis sous la pluie.

    -Roxane !

                Je cours vers lui et je remarque tout de suite le collier d’émeraude. Il a la forme de la pluie qui tombe. C’est beau.

    -Il est joli ton collier.

    -Tu me l’as déjà dit Roxane, rit-il.

    -Je suis déjà venue ici ?

    -Tu ne te rappelles rien ? Je t’ai pourtant confiée une mission.

                Pourquoi n’ai-je pas froid ? Il pleut et j’étais sous la pluie pourtant.

    -Tu dois tuer cet homme, Roxane. Je te fais confiance.

                Il me tend une photo que je prends. Tiens, je ne suis pas mouillée. Mais j’étais sous la pluie, non ?

                Je me réveille en sursaut. Je n’ai pas hurlé. Je regarde l’heure : 4 heures 34. Comme hier. Tout est comme hier. Je me rappelle de rien, seulement d’un magnifique collier. Mais aujourd’hui une donne à changer : je tiens la photo d’un homme dans ma main. Et es souvenirs semblent revenir peu à peu…

     

    Jour 3

    -Roxane !

                Comme les fois d’avant, il est sous l’arbre. Abrité. Et je le rejoins.

    -Je me rappelle Léon.

                Il est surpris.

    -Comment connais-tu mon nom ?

    -Vois-tu, dans mon monde, il existe quelque chose qui s’appelle Internet. On peut avoir plein d’informations grâce à ça. Et j’ai eu plein d’informations sur toi.

    -Je sais, sourit-il. Je t’écoute.

    Léon Tanberry, né le 7 juillet 1953. Il est le quatrième de sa famille. Il grandit entouré de six filles et deux garçons. Père violent et mère résignée, il ne connaît que les coups comme mots d’amour. Puis le jour où tout bascule. Eté 1972, il a dix-neuf ans depuis peu. Il a passé sa journée à draguer une jolie jeune fille dehors. Elle est très amoureuse de lui et rêve de s’enfuir à Paris pour construire un avenir ensemble. Il lui répond qu’il veut la même chose. Mais il se met à pleuvoir. Alors ils se quittent rapidement et se donne rendez-vous dans la nuit, sur la place du village. Rapide baiser. Ils ne se reverront jamais.

    Il danse sous la pluie, heureux. Sa mère l’appelle depuis la maison. Il est trempé mais c’est le plus beau jour de sa vie. Il rentre. Son père est là. Il voit le sourire sur le visage de Léon. Et ceci lui déplaît. Il se lève et lance son poing dans la figure du jeune homme. Qui titube et tombe. La tête sur un coin de table. La vie de Léon est finie.

    -Léon, je ne peux pas tuer ton père.

                Je le vois se refermer sur lui-même. Il est en colère. Jamais il ne sera apaisé. C’était le plus beau jour de sa vie.

    -Léon… Ton père est mort depuis longtemps. L’été 1954. Un an après ta mort. La maladie l’a emporté. Il a sûrement dû être rongé par la culpabilité.

                L’étonnement se lit sur son visage.

                Et la pluie cesse. Je vois Léon regarder au loin. Fixer un point derrière moi et je me retourne : l’amour de sa vie est là. Jeune et belle, elle lui tend la main. Des larmes roulent sur les joues de Léon. Les mêmes larmes que celle de son collier. Il me regarde et le détache.

    -Merci Roxane.

     

                Je me réveille quelque peu étonnée. Je regarde l’heure : 4 heures 34. Je soupire. Mais maintenant mes rêves devraient cesser. J’allume la lumière : pas de sel. Le pentacle que j’avais créé à disparu. Je me lève d’un bond quand une couleur inhabituelle attire mon œil.

                Là, sur ma table de nuit, est posé le collier d’émeraude. Trempé.

     

    Mot de l'auteur

    J'ai récrit cette histoire. Je le trouvai mal écrite et trop ressemblante avec une histoire que j'ai lu il y a longtemps. J'espère que ça vous a plu. ^_^


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  •     -Harry ! Tu es déjà enivré ?questionna Claire.

        -Peut-être, soupira le dénommé Harry.

      Sacha ne se sentait pas à sa place. Il balayait la salle d’un regard transperçant et continuai d’écouter la conversation lointaine presque couverte malgré sa faculté entre la fille qu’il avait accompagné et un homme qu’elle connaissait.

        -Il est à peine vingt-trois heures, la fête vient de commencer ! Elle n’a pas encore atteint son apogée mais toi tu es déjà ivre à en faire tondre les moutons !

      Quel drôle d’expression ! « ivre à en faire tondre les moutons », mais où trouve-t-elle tout cela. Encore tout à l’heure elle avait sorti « Tu es habillée comme un arbre qui vient de sortir de l’automne ! ».  Cette façon polie qu’elle avait de tout critiqué sans être vulgaire.  Sacha l’admirai pour cela. Il n’empêchait pas qu’il ne connaissait personne ici.  Il avait rencontré Claire dans la rue quelques heures plus tôt. Elle l’avait vu et l’avait immédiatement trouvé beau. Pour le récompenser-il ne savait pas de quoi, être beau ou moche s’était de nature et cela dépendait des personnes- elle l’avait emmené dans cette fête où les adolescents le dévisageaient méchamment car il prenait tous les regards les plus convoités pour lui. Pourtant, Sacha haïssait ça.

      Un jeune homme le bouscula puis s’excusa. Sacha s’éloigna de la foule, remarquant que beaucoup -trop- d’individus lui avaient dit pardon pour l’avoir poussé. Il s’aperçut seulement qu’il était près de la scène et que la musique lui brutalisait les tympans. Il alla donc dans la cuisine se chercher une bière. Ensuite, il se concentra en scellant ses paupières et visualisa la voix de Claire avant de la repérer au milieu de la foule vers une sorte de couloir géant. Elle partait…dans une chambre. Un homme l’accompagnait. Sacha rouvrit les yeux, ne préférant pas imaginer Claire…avec autrui de sexe opposé.

      Sacha secoua la tête et se concentra sur sa boisson. Depuis quelques temps déjà, le jeune homme avait vu ses cinq sens se développer comme jamais. Ses yeux voyaient parfaitement bien dans la nuit la plus obscure possible, son odorat pouvait sentir l’odeur d’un mortel à plusieurs rues de différences, ses écoutilles entendaient tout sur plusieurs mètres. Quant à son toucher et son palais, il préférait ne pas y penser.

      C’est un cri qui l‘extirpa de ses réflexions. A sa suite, il y eu un bruit retentissant. Sacha ne se pressa pas mais alla comme même voir, il préférait ne pas avoir la police sur le dos. Il arriva enfin dans le salon –qui ne semblait plus vraiment avoir cette fonction- et vit un adolescent inconscient allongé par terre. Il souffla et le mit sur ses épaules. Le grand garçon porta son semblable dans le couloir. Il savait parfaitement où ils se trouvaient grâce à Claire. Il franchit la porte qui les séparait de la cogitation du calme absolu. Enfin pas si absolu que ça car il y retentissait des petites invitations sensuelles. Sacha ne put s’empêcher de se demander si c’était Claire ou bien une autre fille. Il réfléchit deux minutes et se rendit compte qu’il accordait trop d’importance à cette adolescentes. Après tout, il ne savait rien d’elle.

      Il finit par entrer dans une pièce luxueuse, décorée richement. Elle était garnie de meubles d’un bois très cher beige, de mur paré de tapisseries d’une délicatesse surprenante, rose pâle et de moquette, d’une douceur incroyable, blanche. Tout cet argent qui ressortait par la pièce donna le tournis à Sacha.

      Il déposa le garçonnet sur le lit et s’apprêta à sortir mais quelque chose l’arrêta. Il y a vit une femme dans la salle de bain. Il écouta un peu plus et reconnut Claire avec l’autre, l’homme. Il s’empressa d’aller chercher l’adolescent ivre, mais voici la demoiselle qui sort, nu, enrubannée d’une pauvre serviette beaucoup trop courte et d’un jeune qui n’était vêtu que d’un caleçon rouge et noir trempé-surement par l’eau d’une douche ou d’un bain.

      Sacha secoua la tête et s’excusa mais Claire le retenu. Que voulait-elle ? Sacha était énervé, il en avait marre de toute cette mascarade. Il allait porter le fardeau dans une chambre voisine, occupée ou non, il s’en fichait. Puis, il emprunterait deux ou trois bières qu’il engouffrerait sur le chemin du retour avant de s’effondrer dans son lit pour dormir tout habillé. Sacha sourit à cette idée mais l’idiot beugla, on ne sait pourquoi. Claire fit sortir celui qui gênait, avec son inconscient sur l’épaule et retourna à ses préoccupations, considérablement plus importantes.

      Sacha laissa échapper un signe sur ses lèvres, figure de l’amusement et du bonheur. Il ne se fatigua même pas à chercher un lit pour le demeuré, il l’abandonna dans le couloir. Il descendit avec hâte les marches, se pressa jusqu’au frigo, en extirpa les deux canettes alors il évacua lui-même la maison maudite.

      Son lit l’attendait comme prévu…

     

      Il était parti se laver quand il reçu le coup de téléphone. Personne à part son patron n’avait son numéro. Il n’avait pas d’amis, pas de famille, rien qui le retenait ici à part le bar qu’il fréquentait tous les jours pour lequel il s’était pris d’affection. Sacha était capable de ressentir ces émotions comme l’amitié, l’amour, le bonheur. Enfin, avant. Car aujourd’hui il se contentait de ne ressentir que l’amusement, l’énervement et parfois la haine.

      Il répondit au téléphone, mais quelle bonne surprise il eut ! Léa…

      Alors que Léa lui parlait de ses mésaventures, il se contentait de hocher la tête en marmonnant de « Mm ».  Comment diable avait-elle pu avoir ce téléphone ?!  La colère l’envahit d’un coup l’empêchant de respirer. Il suffoquait tellement que la jeune fille au  bout du fil s’affola. Il lui hurla dessus et raccrocha. Elle ne rappellera plus. D’où se permettait-elle d’appeler pour geindre alors que Sacha ne l’avait pas vu depuis plus d’un mois ? D’accord il était sorti ensemble mais il avait bien changé.

      Le plus bizarre c’est que Sacha n’a jamais eu d’élément déclencheur. Il n’a pas perdu de proches, ni son travaille ou tous autres choses importantes. Il n’avait pas commencé à boire ni à fumer. Il ne touchait pas tant à ces pourritures là. Seulement le soir depuis qu’il avait emménagé dans ce quartier de Paris. Il n’était pas tombé amoureux. Il avait juste acheté un studio dans un immeuble délabré d’une rue isolée où les SDF  venaient dormir la nuit. Il avait décidé de ne vivre que comme un vagabond. Il en avait marre de sourire tout le temps. Il voulait une autre vie, une autre identité que les habitants de Londres, ses anciens amis, ne connaissaient pas.

      Il ne vérifia qu’à 23h30 sa boîte aux lettres, quand il partit faire son travail. Il devait nettoyer deux tours de dix étages. Mais ils étaient plusieurs. Alors le travaille ne prenait pas plus de deux heures, ce qui lui laissait largement le temps pour faire des « activités en dehors ».

      Quand il vit une lettre rose, parsemée de rouge à lèvres rouge avec des cœurs dessinés à la main, il s’étouffa avec son chewing-gum à la menthe. Il la prit tout de même et l’emporta au travail.

     

      Alors qu’il ouvrait enfin la lettre, il s’attendit à un roman d’amour écrit d’une main à  l’écriture ronde avec des centaines de mots mielleux. S’il avait pu, il aurait été surpris. Mais il ne ressentait plus cela. Il ne découvrit qu’un papier et quelques mots d’une plume sanglante tout simplement banalement noire. Un rendez-vous…

     

      Sacha patientait dans la chaleur étranglée par un vent frais. Ses cheveux bruns volaient autour de ses yeux gris. Il avait remarqué que ses vaisseaux sanguins, qui entouraient ses iris électriques, étaient de plus en plus voyant. Il ne portait qu’un tee-shirt et des baskets noires ainsi qu’un jean foncé. Tout ce qu’il y a de plus basique.

      Il devait maintenant être aux alentours de trois heures du matin. Les familles raisonnables dormaient d’un profond sommeil depuis bien longtemps, les jeunes enfiévrés des discothèques ne sortiraient pas avant deux heures et les vieux ivres étaient encore dans les pubs.

      Sacha était vraiment au bon endroit à la bonne heure. Il était assis dans l’herbe, fixant le ciel où les étoiles le narguaient de leur liberté. Les nuages venaient, surement gênés, cacher ce spectacle. Oui, Sacha enviait le ciel de son pouvoir, de sa domination sur le monde. Il est géant et invincible, magnifique et trompeur, joueur et indomptable. Il fait la loi sur Terre. Il décide du temps, de la longueur d’une journée. Il commande, ordonne, exige.

      Alors que Sacha était perdu dans sa contemplation du ciel, un couteau s’abattit sur son omoplate et tout devint noir dans une marre de sang.

     

      On ne retrouva Sacha que le lendemain matin. Comme un appel du ciel, la neige était tombée par ce mois de juillet. Comme c’était extraordinaire ! Le ciel pleurait des larmes glacées tant la plaie était béante. Il avait préféré tué un homme plutôt que de livrer son corps et son âme au diable.

      Claire était très dessus. Elle fixa les nuages couleur gris. Elle hurla toutes les insultes possibles, tout ce qu’elle put. Elle laissa exprimer ça colère. Puis elle retomba dans une nuée pâle pour déposer quelques larmes qui roulaient le long de ses joues.

      Elle, le ciel ne l’avait pas sauvé ! Il l’avait lâchement abandonné, écarté, isolé, délaissé, négligé. Elle n’avait pas eu le choix ! Elle voulait tellement ressentir autre chose que la haine, le désespoir, la colère ou même l’avarice. Elle voulait manger du chocolat et des fraises, boire de l’eau et de la bière, tomber amoureuse et être rembarré ou même aller au travail et s’ennuyer. Elle voulait être humaine, vivre, respirer ! Elle voulait se voir dans un miroir, pouvoir se prélassé au soleil, avoir des enfants ! Elle se sentait abondamment seule. Mais elle l’était.

      Car les anges lui avaient volé celui que Claire voulait depuis plus de quelques millions d’années. Car Claire était la femme du diable.

     

    Mot de l'auteur

    J'aime beaucoup beaucoup beaucoup cette histoire. Je l'avais faite lire en cours, et tout le monde l'avait aimé. J'espère que vous l'apprécierez aussi énormément. Laissez des commentaires!


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  •             Il était une fois, trois jeunes sœurs qui se prénommaient Paprine d’une petite taille filoute, Encrine aux boucles d’or et Lettrine à la peau de porcelaine. Ces trois filles étaient belles comme la lune, rayonnantes comme le soleil et très intelligentes. Elles vivaient dans le pays des Livres où les nuages avaient une forme de lettres, les maisons pouvaient être en papier et où les habitants se passionnaient pour la lecture. Le père et la mère des trois belles demoiselles s’étaient rencontrés dans leur tendre jeunesse et s’étaient aimés dès le premier jour. Ils avaient emménagé dans une magnifique maison de pierre et avaient mis au jour trois belles enfants. Malheureusement, leur tendre père qu’elles aimaient très fort était mort de maladie et elles ne vivaient plus qu’avec leur mère. Elle était bossue et avait de courts cheveux gris d’un aspect paille, avec de petits yeux malsain marron, un gros bouton sur le nez, surement un fertilisant pour poils et des oreilles pointues comme le bec d’un corbeau. Au début, cette dernière s’était révélée à l’écoute et prévenante, puis le manque d’argent avait modifié son comportement : leur marâtre en voulait toujours plus. Elle leur interdisait l’entrée au grenier que les sœurs appelaient « le grenier interdit ». Maintenant, ses propres filles étaient traitées comme de pauvres souillons à faire le ménage, la cuisine, la vaisselle, la quête de l’eau dans le puits au bout du village, et encore bien d’autre chose. Leurs mains en étaient abîmées, leur pieds étaient écorchés par le port de sabots trop petits et leur robes étaient défraichies et trouées.

                Un beau jour, alors que Lettrine cirait le parquet et Paprine lavait les vitres, Encrine entendit toquer à la porte de chez elles. Elle partit ouvrir et découvrit un vieil homme portant une barbe blanche aux yeux de chouette. Elle appela sa marâtre qui accourut et le reçut dans le petit salon. Les trois sœurs écoutèrent quelques minutes : ils parlaient d’une potion verdâtre qui pourrait être utilisée sur tout le pays. Ennuyées par la conversation, les demoiselles partirent ensuite nettoyer l’étage supérieur. Elles aperçurent alors la porte du grenier interdit ouverte ! Cette pièce qui était condamnée où leur mère passait des journées entières enfermée. Piquées par la curiosité, elles gravirent les quelques marches du dernier palier et entrèrent dans cette pièce qu’elles n’avaient jamais découverte. La pièce très sombre avait une odeur de soufre, elles durent se cacher le nez pour éviter de tousser. Les trois jeunes filles aperçurent des livres par milliers entassés autour d’un chaudron couleur cuivre. Elles en prirent un et remarquèrent que les pages étaient vides. Ne comprenant pas ce qui se passait, Lettrine, Paprine et Encrine décidèrent de surveiller leur mère pour savoir ce que devenaient les lettres des pages.

                Le soir même, c’est Lettrine qui entrouvrit la porte pour observer la sorcière. Elle était montée sur la pointe des pieds, en retenant son souffle. Elle vit que sa méchante mère jetait des livres dans une potion verdâtre du chaudron puis les ressortait et les ouvrait. Lettrine  vit alors que la marâtre effaçait les lettres des pages ! Et plus surprenant encore, la mère invoqua un mauvais sort qui fit fondre le livre puis il s’évapora dans un étrange nuage noir à l’odeur de soufre. Lettrine hoqueta de surprise et descendit le plus rapidement possible les marches pour rejoindre ses sœurs. Elle leur parla de cette découverte macabre et prirent peur pour l’avenir du pays des Livres ! C’est Paprine qui trouva la solution : elles allaient faire croire à leur marâtre qu’elles devaient aller chercher du papier dans la ville voisine ; mais en faites elles iraient parler de toute cette histoire au roi du pays des Livres ! Il était en danger ! Elles devaient le sauver !

                Dès le lendemain, les trois jeunes demoiselles simulèrent des adieux déchirants, puis elles partirent précipitamment. Elles rejoignirent le château du roi en trois jours : elles avaient marché jour et nuit, sous la pluie et sous un soleil éblouissant. Paprine, Lettrine et Encrine étaient extenuées. Quand elles arrivèrent enfin dans la demeure, elles admirèrent les jardins luxuriants de plantes en tout genre, des roses s’épanouissaient sous les yeux de la cour, des maisons en papier de couleurs vertes, bleus, jaunes et même oranges avaient poussé autour de l’immense château en ardoise gris clair et un petit ruisseau scintillait sous le soleil éclatant. Des enfants couraient en riant dans la rue, et leur mère papotait ; les chats se bagarraient contre les chiens et leur maître les disputait de temps en temps ; tous étaient inconscients du danger pour le pays.

                Encrine, Lettrine et Paprine prolongèrent leur chemin jusqu’à la porte en bois massif du château. Elles demandèrent une audience au roi et expliquèrent pourquoi. Elles furent amenées dans la salle du trône. Cette pièce était décorée de tissus rouges et dorés avec un sol en marbre clair. Des peintures, représentant les exploits des rois passés, demeuraient dans la pièce lourde d’histoire et d’élégance. Pendant que les trois sœurs parlaient d’une tapisserie montrant un jardin de fleurs roses et blanches avec une femme gracieuse de dos, le roi entra. Sa couronne était bien ancrée sur sa tête et sa longue cape rouge traînait sur le marbre. Il était suivi de trois jeunes hommes beaux, grands et forts qui portaient avec eux trois boites incrustées de rubis, de diamants, d’onyx et d’émeraude. Tous s’assirent sur des trônes en sapin.

    « -Alors, jeunes demoiselles, qu’est-ce qui vous amène dans notre château ? questionna le roi.

    -Majesté ! s’exclama Encrine avec effroi. Notre mère est en train d’anéantir les pays des Livres ! »

    Elle tremblait de peur. Lettrine la prit alors dans ses bras et continua.

    « -Notre mère est une sorcière : elle utilise un chaudron pour fabriquer une potion verdâtre. Ensuite elle plonge les livres dedans et ils ressortent sans écritures. Ensuite, elle invoque un mauvais sort qui fait fondre les livres !

    -De plus, reprit Paprine, un homme âgé aux yeux sombres est venu à la maison et ils parlaient tous les deux d’étaler cette potion sur tout notre pays ! Nous sommes en danger ! 

    -Calmez-vous, frêles jeunes filles ! J’ai une idée. Dans ces boîtes se trouvent trois fées : l’une a le pouvoir de l’encre, l’autre celui du papier et la dernière le pourvoir des lettres. Elles vous aideront à combattre votre mère. Je vous confie les fées et l’avenir de notre pays des Livres. »

                Sur ces paroles, les trois jeunes filles furent congédiées. Elles devaient vaincre la marâtre et sauver leur royaume. Les trois belles sœurs avaient une idée : elles allaient créer un livre damné magique dans lequel elles enfermeraient l’abominable mère.

                Elles rentrèrent alors chez elles, avec du papier acheté en chemin pour créer le livre maudit. Les jeunes filles arrivèrent trois jours plus tard. Elles durent laver la maison, faire la cuisine, et d’autres tâches que la mauvaise mère avaient laissé pour le retour des belles demoiselles. Le soir, Paprine ouvrit en premier sa boîte : elle contenait une petite fée en papier. Encrine ouvrit sa boîte en deuxième : elle contenait une fée en encre aux boucles folles. Puis Lettrine ouvrit sa boîte : elle contenait une fée en lettres à la peau de porcelaine. Les trois jeunes filles étaient à la fois surprises, émerveillées et terrifiées. Une des fées dit :

    «  -Je suis la fée du Papier.

    -Je suis la fée de l’Encre.

    -Je suis la fée des Lettres ; que voulez-vous de nous ?

    -Créez-nous un livre maudit dans lequel nous pourrons enfermer notre marâtre. »

                Les fées se mirent au travail toute la nuit. Les trois jeunes filles finirent par s’endormir en observant les fées travaillées.

                Le lendemain matin, la vieille s’enfermât dans grenier interdit, comme tous les jours. Les courageuses sœurs passèrent à l’acte. Elles entrèrent en trombe dans la pièce, faisant sursauter la sorcière qui laissa échapper une goutte d’eau du liquide verdâtre sur le plancher. Elle poussa un cri d’effroi et menaça avec une voix tranchante :

    « -Vous, petites traitresses, sales menteuses, je sais que vous êtes parties révéler mon secret au roi. Je ne vais pas me laisser faire ! »

                Sur ces mots, elle jeta une fiole de fumée bleue dans la pièce. Le verre explosa contre le mur et les filles se retrouvèrent aveuglées par cette fumée et elles crièrent comme des petits oisillons pris au piège. La marâtre ricana et poursuivit avec un sort invoqué qui paralysa Encrine et Lettrine. Mais Paprine réagit et elle ouvrit la boîte où sa petite fée sortit en tournicotant élégamment et claironna :

     « -Je suis la fée du Papier ; que veux-tu de moi ?

    -Vole à mon secours, immobilise la méchante sorcière ! »

                La petite fée prononça une formule magique et agita sa baguette magique. Des petites étincelles surgirent au bout et la vilaine sorcière se retrouva les mains ligotées par des feuilles ainsi que les jambes encombrés par des boulettes de papier. La vieille hurla pendant que Lettrine retrouvait la vue. Elle ouvrit elle aussi sa boîte ornée de pierre. Une fée couleur porcelaine en sortit et elle dit:

    «  -Je suis la fée des Lettres ; que veux-tu de moi ?

    -Vole à mon secours, étouffe la vilaine sorcière ! »

                La fée couleur porcelaine énuméra des lettres féeriques et de sa baguette magique sortit des lettres qui rentrèrent dans le gosier de la vieille qui s’étouffa en attrapant son cou comme pour faire sortir les lettres de son corps. Ce fut alors au tour d’Encrine qui ôta le couvercle de la boîte. Une fée d’encre aux boucles sortit et annonça :

    «  -Je suis la fée de l’Encre ; que veux-tu de moi ?

    -Vole à mon secours, aveugle l’ignoble sorcière ! »

                La fée d’encre aux boucles formula à l’aide de sa baguette magique des mots fantastiques et de l’encre jaillit vers les yeux de l’affreuse mère qui hurla de douleur. Elle se mit à reculer. Le livre maudit était ouvert sur une page vierge et la vieille sorcière laide bascula dedans. Les trois sœurs se précipitèrent sur le livre et le fermèrent hâtivement ! Aucune ne voulait revivre cette tragédie ! Toutes furent épuiser et s’endormir à même le palier, sous le poids d’émotions fortes.

                Le lendemain, elles se préparèrent et partirent en direction du château. Elles mirent encore trois jours pour arriver au château. La vie y était toujours aussi paisible et douce. Les filles se sentirent apaisées. Elles demandèrent à voir le roi derechef. Il accepta et accourut quelques minutes plus tard suivit de ses trois fils. Paprine, Lettrine et Encrine racontèrent leur mésaventure et rendirent les trois fées dans leur écrin. Le roi s’exclama de soulagement :

    « -Ah ! Que suis-je heureux de cette nouvelle ! Je voudrais vous récompensez. Voyez-vous, les trois jeunes hommes à ma droite sont tombés sous votre charme mortel : le premier se pavanait devant les boucles dorées d’Encrine ; le second adulait la peau de porcelaine de Lettrine et le dernier admirait la petite taille filoute de Paprine. Je vous demande, chères demoiselles, d’accorder votre main à mes fils. »

                Les trois filles réfléchirent quelques jours puis acceptèrent de se marier. Trois beaux mariages furent célébrer avec des décorations somptueuses de fleurs nacrées, de sucreries en tout genre, de tapisseries et de nappes rosées. Les robes reflétaient la richesse, l’élégance et la gracieuseté des trois jeunes sœurs, maintenant comblées de bonheur dans le pays des Livres.

     

    Mot de l'auteur:

    C'est un conte que j'ai écrit pour les TPE, en première L. Les trois personnes sont deux de mes amies et moi. ^_^ J'espère que, si un jour elles découvrent ce blog, elles sourient en repensant à ça et qu'elles seront contentes de voir que je n'y ai pas touché.


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  •  

      Justin était habillé tout en noir. Il pleuvait ce jour-là. Le ciel pleurait aussi la mort de cette jeune innocente. Le jeune garçon se rappela ses petites bouclettes virevoltant autour d’elle, son rire cristallin, son sourire contagieux, ses frêles petites mains pâles, ses tâches de rousseur, ses… L’adolescent se trouva submergé d’émotions et de souvenirs. La tête lui tourna il se rattrapa au bras de sa mère. Il vit ses larges yeux verts, ils ressemblaient tellement à sa petite sœur ! Il la lâcha, comme si elle l’avait brûlée.

     

      Il y eut le repas après l’enterrement. Ses parents avaient commandé un traiteur : un duo de foie gras aux figues et aux noix en entrée, des cuisses de cailles sauce aux truffes parsemées de persil en viande, filet de saumon à l’oseille pour le poisson, petits légumes du jardin rissolés et moelleux aux deux chocolats cœurs à la liqueur. Tout cela accompagné de vin et de champagne.

      Justin observa les invités : au  début, ils s’étaient montrés polies et respectueux en vers sa petite sœur. Ils ne parlaient pas beaucoup et chuchotaient de temps en temps. Certains avaient sorti leurs mouchoirs et venaient se plaindre sur l’épaule des délaissés ; d’autres les fixaient avec tant de pitié que cela devenait gênant. Mais dans l’ensemble, cela se passait bien.

      Puis, l’alcool aidant, certains invités c’était mit à rire doucement. Ils commençaient à débiter des blagues déplaisantes et de mauvais goûts. Plus la soirée s’annonçait, plus les adultes étaient ivres. Un homme d’une vingtaine d’année alluma de la musique de son portable. Elles étaient calmes, douces, vibrantes d’émotions.

      Et le temps passa…

     

      Justin ne sait comment on en était tous arrivé là. Ses parents étaient souls, écroulés sur la table, entre les assiettes vides et les verres d’alcool. Les autres avaient pris ce repas d’enterrement comme une discothèque. Ils avaient été cherchés des enceintes et ils passaient les tubes de l’été pluvieux en dansant comme des damnés sur cette musique digne d’aller en enfer.

      Le jeune homme n’en pouvait plus. La colère bouillonnait en lui.  Marie était sa petite sœur, on devait la respecter. Ses douces fossettes, ses petites joues bombées, il se rappelait de tout. Comment la maladie avait pu l’emporter ? Elle était si forte…

                -Arrêtez !!! cria Justin fou de rage.

      Il traversa la salle que sa famille avait louée et décorée pour l’occasion. Il balança les enceintes, qui se retrouvèrent arrachées de leurs fils, à travers la pièce avec une telle force en poussant un hurlement guttural provenant du fond de son cœur. Il prit le téléphone ayant fourni les chansons, l’éclata par terre et l’écrasa. Justin prit la table à deux mains et la renversa. La vaisselle éclata dans un bruit sourd. Le liquide rouge s’étala par terre, il se mêla aux débris de porcelaine. Les coupes en cristal allèrent se fracasser contre les murs quand il balaya avec une force surhumaine la seconde table. Il envoya balader les fleurs qui trônaient fièrement et hautainement dans la pièce.

      Justin se retourna vers les invités : ils étaient horrifiés. Tant mieux ! Il quitta la pièce, essoufflé par l’effort.

     

      Quand il rentra chez lui, l’adolescent se rendit dans la cuisine et prit un bol de lait chaud. Il n’avait rien mangé pendant toute cette mascarade pitoyable. Il se souvint que Marie prenait entre ses frêles mains la grosse bouteille qu’elle finissait toujours par laisser tomber. Son grand frère, aux cheveux couleur paille et aux yeux aussi doux que les nuages, la rattrapait.

      Comment la maladie avait pu s’abattre sur une si petite jeune fille, d’à peine cinq ans, et tellement mignonne ? Comment cette maladie rare avait touché son délicat cœur qui battait lourdement sous sa douce peau ? Comment !

      Le grand frère fit voler la bouteille fermée dans la cuisine qui s’écroula sur les casseroles dans un fracas assourdissant. Il ne ressentait pas la douleur, juste l’énervement qui le rongeait lentement de l’intérieur.

      Il partit se coucher.

     

      Le lendemain, il se leva avec difficulté. Justin alla toquer à la porte de sa petite sœur, comme d’habitude. Il sortit deux bols : un rose et un gris, leurs couleurs préférées. Il appela son ange en versant du lait. Puis, il chercha les céréales avant de les faire glisser dans les récipients. Il cria de nouveau le prénom de Marie en allant poser le petit déjeuner sur la table. Il attendit en soupirant puis remonta à l’étage. Il ouvrit tendrement la porte et alluma la lumière. Elle diffusa une lueur blanche et glaciale sur le lit vide de la jeune demoiselle.

      Les jambes de Justin flageolèrent puis ses genoux rencontrèrent le sol et se fut au tour de son torse. Finalement, il finit effondrer par terre à pleurer, à sangloter, à souffrir, à gémir, puis à appeler. Il hurla, la chanson de son cœur n’étais plus qu’un murmure tant la torture l’étouffait. Justin toussa il toussa tellement fort que ses poumons le brûlaient. Il mourrait petit à petit. Pour un ange déchu depuis sa naissance, Marie. Son âme sœur qui avait quitté ce monde depuis quelques heures maintenant.

        Justin n’alla pas en cours ce jour-ci. Le lendemain non plus. La semaine passa ensuite le mois et le jeune homme blessé resta chez lui. Il avait coupé contact avec ses plus proches amis, ne pouvant supporter leur regard compatissant et leurs paroles miséricordieuses. Ses parents étaient toujours autant absents qu’avant. Ils travaillaient ou partaient même en vacances, sans lui, prétextant que Marie n’aurait « pas voulu qu’on s’apitoie sur son pauvre sort ». Le garçon explosa une chaise contre le mur.

      Il en avait marre de la vie et voulait en finir avec sa famille. Cette bande s’incapables égoïstes ! Justin se sentait tellement mal. Il prit un couteau aiguisé de la cuisine sur lui, pratiquement tout le temps en pensant que si la maladie venait le voir, il pourrait la tuer de ses propres mains ! Parfois, le soir, il entendait le doux rire couleur du soleil de sa sœur. Il appelait sa sœur, il finissait toujours par hurler son nom. Elle venait le voir, il en était persuader. Marie le hantait, il avait peur d’elle, il lui devait quelque chose : la vie. Il avait la vie, elle avait la mort. Justin savait qu’il l’avait tué. Il ne savait comment mais ceci, il le savait !

     Ses parents rentraient enfin ce week-end, après près de trois mois loin de lui. Il fallait juste attendre quelques heures pour fuir cette solitude pesante. Ils arrivèrent enfin, aux alentours de midi. Ils prirent le repas que leur seul enfant avait préparé pour eux autour d’une table sur laquelle Justin se rappelait apprendre à écrier à son amour. Les tourtereaux s’aimaient, s’amusaient et vivaient leur deuil en gaieté. Justin, lui, restait prostré dans sa morosité. Au milieu des rires, il lâcha :

                -Marie me parle le soir.

      Un silence s’installa suivi d’un regard noir du père et de petits sanglots de sa mère. Un sourire satisfait et démoniaque apparut sur les fines lèvres de l’adolescent. Il sortit de table et monta dans sa chambre. Il s’assit sur le parquet puis s’allongea et attendit la maladie. Il attendit longtemps cette faucheuse diabolique et tueuse. Voyant qu’elle n’arrivait pas, il se rassit et réfléchis. Cela faisait des mois qu’il n’avait pas sourit. Il avait apprécié la sensation d ses lèvres qui s’étirent, des ses joues qui se rides, de ses yeux qui se rétrécissent.

      Il se posta devant sa vitre et vit son reflet. Il en profita pour réessayer cette étrange expérience. Cela n’eut pas le même effet. Il se rendit alors dans la chambre de sa défunte sœur, s’étendit sur les tapis et embrassa le sol. C’est dans cette position que son père le retrouva. Il écarquilla d’abord les yeux puis s’assit à coter de son fils :

                -Justin, il faut qu’on parle. Ta sœur est morte il y a maintenant huit mois et demi. Son souvenir reste profondément encré en nous avec ses douces manies, sa petite bouille et sa voix aigue. Elle sera toujours là dans notre cœur. Elle nous fait d’ailleurs souffrir par son absence et notre manque. Mais malheureusement, cette injustice, qu’une créature aussi bonne et angélique sois partie, ne peut s’effacer. Marie est partie, Justin ! Elle ne reviendra pas ! Jamais !!! Tu m’entends ?! JAMAIS !

      Il hurla ces derniers mots. Justin reçut quelques postillons et contempla son géniteur avec mépris. Il proférait de telles paroles dans le sanctuaire de son cœur, de son ange, de sa douce et bien aimée tendre chère sœur. Justin sortit sans un mot.

     

      La maison c’était transformée en carnage : du sang tapissait les murs de la salle à manger, le couteau de cuise trônait sur la table, le sol était écarlate. Il faisait nuit, et froid. Le jeune homme était debout, au milieu de cette macabre scène et se mit à pouffer faiblement puis explosa de rire insensiblement. Etait-il l’auteur de ce sinistre, lugubre et mortuaire décor ? Il avait tué sa mère et son père. Mais ce n’était pas plutôt eux qui avaient insultés le supplice et la mort de Marie ?

      Il sortit, ses affaires remplies de sang. Il enfila son manteau en hâte, qu’il n’avait jamais remis pour depuis la sortie au ballet, pour aller voir sa douce Marie. L’adolescent courut jusqu'à un pont où il admira l’eau. L’eau ne meurt pas, elle vit, elle est en mouvement perpétuelle. Le garçon faisait de la buée avec sa respiration, cette nuit là. Il mit les mains dans ses poches et rencontra un bout de papier. Intrigué, il le sortit et le déplia : on voyait dessus une magnifique fille dans une robe blanche pure pailletée d’étoiles d’argent. Sa chevelure tombait en cascade sur son dos nu. Elle portait des chaussons de petit rat d’opéra. A coter d’elle demeurait un beau jeune homme : il avait de superbes yeux bleus semblables à l’océan, ses cheveux pailles se dressaient, rebelles et il portait une divine tenue de guerrier noire. Lui et Marie. Au dos, d’une écriture tremblante d’enfant qu’il reconnut de suite était écrit : « Merci, mon frère. Merci de m’avoir vengée. »

     

    Mot de l'auteur

    Cette histoire est assez sombre et spéciale. Je tiens à préciser qu'il n'y a pas d’ambiguïté dans cette relation. C'est juste une relation frère/sœur. 


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