• Une lettre pour toi

     

      Justin était habillé tout en noir. Il pleuvait ce jour-là. Le ciel pleurait aussi la mort de cette jeune innocente. Le jeune garçon se rappela ses petites bouclettes virevoltant autour d’elle, son rire cristallin, son sourire contagieux, ses frêles petites mains pâles, ses tâches de rousseur, ses… L’adolescent se trouva submergé d’émotions et de souvenirs. La tête lui tourna il se rattrapa au bras de sa mère. Il vit ses larges yeux verts, ils ressemblaient tellement à sa petite sœur ! Il la lâcha, comme si elle l’avait brûlée.

     

      Il y eut le repas après l’enterrement. Ses parents avaient commandé un traiteur : un duo de foie gras aux figues et aux noix en entrée, des cuisses de cailles sauce aux truffes parsemées de persil en viande, filet de saumon à l’oseille pour le poisson, petits légumes du jardin rissolés et moelleux aux deux chocolats cœurs à la liqueur. Tout cela accompagné de vin et de champagne.

      Justin observa les invités : au  début, ils s’étaient montrés polies et respectueux en vers sa petite sœur. Ils ne parlaient pas beaucoup et chuchotaient de temps en temps. Certains avaient sorti leurs mouchoirs et venaient se plaindre sur l’épaule des délaissés ; d’autres les fixaient avec tant de pitié que cela devenait gênant. Mais dans l’ensemble, cela se passait bien.

      Puis, l’alcool aidant, certains invités c’était mit à rire doucement. Ils commençaient à débiter des blagues déplaisantes et de mauvais goûts. Plus la soirée s’annonçait, plus les adultes étaient ivres. Un homme d’une vingtaine d’année alluma de la musique de son portable. Elles étaient calmes, douces, vibrantes d’émotions.

      Et le temps passa…

     

      Justin ne sait comment on en était tous arrivé là. Ses parents étaient souls, écroulés sur la table, entre les assiettes vides et les verres d’alcool. Les autres avaient pris ce repas d’enterrement comme une discothèque. Ils avaient été cherchés des enceintes et ils passaient les tubes de l’été pluvieux en dansant comme des damnés sur cette musique digne d’aller en enfer.

      Le jeune homme n’en pouvait plus. La colère bouillonnait en lui.  Marie était sa petite sœur, on devait la respecter. Ses douces fossettes, ses petites joues bombées, il se rappelait de tout. Comment la maladie avait pu l’emporter ? Elle était si forte…

                -Arrêtez !!! cria Justin fou de rage.

      Il traversa la salle que sa famille avait louée et décorée pour l’occasion. Il balança les enceintes, qui se retrouvèrent arrachées de leurs fils, à travers la pièce avec une telle force en poussant un hurlement guttural provenant du fond de son cœur. Il prit le téléphone ayant fourni les chansons, l’éclata par terre et l’écrasa. Justin prit la table à deux mains et la renversa. La vaisselle éclata dans un bruit sourd. Le liquide rouge s’étala par terre, il se mêla aux débris de porcelaine. Les coupes en cristal allèrent se fracasser contre les murs quand il balaya avec une force surhumaine la seconde table. Il envoya balader les fleurs qui trônaient fièrement et hautainement dans la pièce.

      Justin se retourna vers les invités : ils étaient horrifiés. Tant mieux ! Il quitta la pièce, essoufflé par l’effort.

     

      Quand il rentra chez lui, l’adolescent se rendit dans la cuisine et prit un bol de lait chaud. Il n’avait rien mangé pendant toute cette mascarade pitoyable. Il se souvint que Marie prenait entre ses frêles mains la grosse bouteille qu’elle finissait toujours par laisser tomber. Son grand frère, aux cheveux couleur paille et aux yeux aussi doux que les nuages, la rattrapait.

      Comment la maladie avait pu s’abattre sur une si petite jeune fille, d’à peine cinq ans, et tellement mignonne ? Comment cette maladie rare avait touché son délicat cœur qui battait lourdement sous sa douce peau ? Comment !

      Le grand frère fit voler la bouteille fermée dans la cuisine qui s’écroula sur les casseroles dans un fracas assourdissant. Il ne ressentait pas la douleur, juste l’énervement qui le rongeait lentement de l’intérieur.

      Il partit se coucher.

     

      Le lendemain, il se leva avec difficulté. Justin alla toquer à la porte de sa petite sœur, comme d’habitude. Il sortit deux bols : un rose et un gris, leurs couleurs préférées. Il appela son ange en versant du lait. Puis, il chercha les céréales avant de les faire glisser dans les récipients. Il cria de nouveau le prénom de Marie en allant poser le petit déjeuner sur la table. Il attendit en soupirant puis remonta à l’étage. Il ouvrit tendrement la porte et alluma la lumière. Elle diffusa une lueur blanche et glaciale sur le lit vide de la jeune demoiselle.

      Les jambes de Justin flageolèrent puis ses genoux rencontrèrent le sol et se fut au tour de son torse. Finalement, il finit effondrer par terre à pleurer, à sangloter, à souffrir, à gémir, puis à appeler. Il hurla, la chanson de son cœur n’étais plus qu’un murmure tant la torture l’étouffait. Justin toussa il toussa tellement fort que ses poumons le brûlaient. Il mourrait petit à petit. Pour un ange déchu depuis sa naissance, Marie. Son âme sœur qui avait quitté ce monde depuis quelques heures maintenant.

        Justin n’alla pas en cours ce jour-ci. Le lendemain non plus. La semaine passa ensuite le mois et le jeune homme blessé resta chez lui. Il avait coupé contact avec ses plus proches amis, ne pouvant supporter leur regard compatissant et leurs paroles miséricordieuses. Ses parents étaient toujours autant absents qu’avant. Ils travaillaient ou partaient même en vacances, sans lui, prétextant que Marie n’aurait « pas voulu qu’on s’apitoie sur son pauvre sort ». Le garçon explosa une chaise contre le mur.

      Il en avait marre de la vie et voulait en finir avec sa famille. Cette bande s’incapables égoïstes ! Justin se sentait tellement mal. Il prit un couteau aiguisé de la cuisine sur lui, pratiquement tout le temps en pensant que si la maladie venait le voir, il pourrait la tuer de ses propres mains ! Parfois, le soir, il entendait le doux rire couleur du soleil de sa sœur. Il appelait sa sœur, il finissait toujours par hurler son nom. Elle venait le voir, il en était persuader. Marie le hantait, il avait peur d’elle, il lui devait quelque chose : la vie. Il avait la vie, elle avait la mort. Justin savait qu’il l’avait tué. Il ne savait comment mais ceci, il le savait !

     Ses parents rentraient enfin ce week-end, après près de trois mois loin de lui. Il fallait juste attendre quelques heures pour fuir cette solitude pesante. Ils arrivèrent enfin, aux alentours de midi. Ils prirent le repas que leur seul enfant avait préparé pour eux autour d’une table sur laquelle Justin se rappelait apprendre à écrier à son amour. Les tourtereaux s’aimaient, s’amusaient et vivaient leur deuil en gaieté. Justin, lui, restait prostré dans sa morosité. Au milieu des rires, il lâcha :

                -Marie me parle le soir.

      Un silence s’installa suivi d’un regard noir du père et de petits sanglots de sa mère. Un sourire satisfait et démoniaque apparut sur les fines lèvres de l’adolescent. Il sortit de table et monta dans sa chambre. Il s’assit sur le parquet puis s’allongea et attendit la maladie. Il attendit longtemps cette faucheuse diabolique et tueuse. Voyant qu’elle n’arrivait pas, il se rassit et réfléchis. Cela faisait des mois qu’il n’avait pas sourit. Il avait apprécié la sensation d ses lèvres qui s’étirent, des ses joues qui se rides, de ses yeux qui se rétrécissent.

      Il se posta devant sa vitre et vit son reflet. Il en profita pour réessayer cette étrange expérience. Cela n’eut pas le même effet. Il se rendit alors dans la chambre de sa défunte sœur, s’étendit sur les tapis et embrassa le sol. C’est dans cette position que son père le retrouva. Il écarquilla d’abord les yeux puis s’assit à coter de son fils :

                -Justin, il faut qu’on parle. Ta sœur est morte il y a maintenant huit mois et demi. Son souvenir reste profondément encré en nous avec ses douces manies, sa petite bouille et sa voix aigue. Elle sera toujours là dans notre cœur. Elle nous fait d’ailleurs souffrir par son absence et notre manque. Mais malheureusement, cette injustice, qu’une créature aussi bonne et angélique sois partie, ne peut s’effacer. Marie est partie, Justin ! Elle ne reviendra pas ! Jamais !!! Tu m’entends ?! JAMAIS !

      Il hurla ces derniers mots. Justin reçut quelques postillons et contempla son géniteur avec mépris. Il proférait de telles paroles dans le sanctuaire de son cœur, de son ange, de sa douce et bien aimée tendre chère sœur. Justin sortit sans un mot.

     

      La maison c’était transformée en carnage : du sang tapissait les murs de la salle à manger, le couteau de cuise trônait sur la table, le sol était écarlate. Il faisait nuit, et froid. Le jeune homme était debout, au milieu de cette macabre scène et se mit à pouffer faiblement puis explosa de rire insensiblement. Etait-il l’auteur de ce sinistre, lugubre et mortuaire décor ? Il avait tué sa mère et son père. Mais ce n’était pas plutôt eux qui avaient insultés le supplice et la mort de Marie ?

      Il sortit, ses affaires remplies de sang. Il enfila son manteau en hâte, qu’il n’avait jamais remis pour depuis la sortie au ballet, pour aller voir sa douce Marie. L’adolescent courut jusqu'à un pont où il admira l’eau. L’eau ne meurt pas, elle vit, elle est en mouvement perpétuelle. Le garçon faisait de la buée avec sa respiration, cette nuit là. Il mit les mains dans ses poches et rencontra un bout de papier. Intrigué, il le sortit et le déplia : on voyait dessus une magnifique fille dans une robe blanche pure pailletée d’étoiles d’argent. Sa chevelure tombait en cascade sur son dos nu. Elle portait des chaussons de petit rat d’opéra. A coter d’elle demeurait un beau jeune homme : il avait de superbes yeux bleus semblables à l’océan, ses cheveux pailles se dressaient, rebelles et il portait une divine tenue de guerrier noire. Lui et Marie. Au dos, d’une écriture tremblante d’enfant qu’il reconnut de suite était écrit : « Merci, mon frère. Merci de m’avoir vengée. »

     

    Mot de l'auteur

    Cette histoire est assez sombre et spéciale. Je tiens à préciser qu'il n'y a pas d’ambiguïté dans cette relation. C'est juste une relation frère/sœur. 


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Décembre 2014 à 20:02

    Je trouve ce One shot magnifique !

    2
    Dimanche 14 Décembre 2014 à 20:11

    Merci, ça m'encourage à continuer!

    3
    Dimanche 14 Décembre 2014 à 20:12

    J'adore ta façon d'écrire et aussi les histoire "spéciale" comme celle là ^^

    4
    Dimanche 14 Décembre 2014 à 20:36

    Merci, je compte bien publier bientôt, seulement j'ai pas trop eut le temps cette semaine. Désolée!!! >_<

    Je promets de faire encore plein d'efforts pour qu'un jour, peut-être, tout soit parfait!!

    5
    Lundi 16 Février 2015 à 15:18

    Mais TOUT est parfait non ?

    6
    Lundi 16 Février 2015 à 17:26

    XD non

    7
    Lundi 16 Février 2015 à 17:28

    Ah bon ?!

    8
    Mardi 17 Février 2015 à 18:38

    Je ne suis jamais satisfaite de mon travail, et il m'arrive d'avoir honte de mes écrits. ^_^"

    9
    Mardi 17 Février 2015 à 18:39

    Ah bon ?! tu es comme moi alors mais moi c'est en dessin

    10
    Mardi 17 Février 2015 à 19:56

    Je dessine aussi, mais j'ai encore une plus piètre image de mes dessins, j'ose même pas les mettre sur Internet! XD Mais bon, tout le monde ne voit pas ce qu'on voit de nos "œuvres".

    11
    Mardi 17 Février 2015 à 20:20

    Oui. Mais tu dessine quoi en "général" ? Tu pourrais faire les portraits de tes personnages ( à moins que tu ne le fais déjà)

    12
    Mardi 17 Février 2015 à 21:32

    Je dessine plutôt des mangas, je ne sais rien faire d'autre. Mais le dessin c'est plus un passe-temps de cours qu'une passion, je ne ressens pas le besoin de les montrer, pas comme mes écrits. ^_^

    Tu dessines?

    13
    Mercredi 18 Février 2015 à 09:15

    Oui j'en ai posté quelques un sur le blog "planète mangas et blogueuse !" mais je vais bientôt en posté d'autres je dessine aussi en cours mes cahiers sont remplie de petits dessins ^^

    14
    Mercredi 18 Février 2015 à 14:54

    XD c'est pareil pour moi! Il y a même un jour où j'ai dessiné sur toute la feuille, avec mon cours de philo au milieu, et le prof est venu lire mon cours pour savoir où on en était! >_< Il a rien dit (puisque je suis la seule qui prend le cours, il me laisse tranquille). Mais j'ai eu chaud!

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